La C6, c'est fini...

© PSA
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Les dernières C6 sortiront de la Janais, aujourd'hui. La C6 était héritière des belles Citroën de papa, comme la DS ou la CX. Mais la limousine a fait un flop. A qui la faute ? Voici l'avis d'un expert, Bruno Sobezyk-Molina.

Par Gilles Le Morvan

PSA a décidé de stopper la fabrication du véhicule haut de gamme fabriqué depuis 2005 à Rennes. La dernière C6 sortira de l'usine de Rennes ce 19 décembre pour rejoindre le conservatoire de la marque Citroën. La soixantaine de salariés qui travaillait à la fabrication du modèle, seront réaffectés sur la C5 et 508.

Bruno Sobezyk-Molina est collectionneur et animateur de l'Amicale des Grandes Citroen hydrauliques. Il estime que la C6 était une très belle voiture et regrette qu'elle ait fait un flop. Il explique cet échec, notamment par le "conditionnement des esprits" par rapport aux voitures françaises. 

Qu'a représenté la C6 dans le paysage automobile ?

C'était un véhicule à la fois aérien et aquatique. Un hommage au glorieux passé d'abord, un hommage à la DS (proportions du bloc avant, phares directionnels, vitres sans montant) et à la CX (profil à trois vitres, avec décroché très caractéristique concluant la troisième vitre et bien sûr la fameuse lunette arrière concave). Ajoutons que l'extrême douceur de l'ensemble, participe bien sûr à l'élégance de la voiture, avec les phares presque vivants et magnifiquement sculptés, se terminant avec une paupière striée, et les feux arrière de type boomerang, qui rendent la C6 si reconnaissable sur route de nuit. Ajoutons aussi la précision de conduite remarquable. Et la qualité des composants employés pour le montage de la voiture à La Janais. Il n'est pas excessif d'écrire que le cahier des charges de la C6, à la production, est probablement celui qui aura fixé la barre le plus haut depuis la première Citroën, en 1919. Au final, elle aura su faire très plaisir aux inconditionnels des hauts de gamme historiques de la marque, tout en affichant les qualités réputées spécifiques aux voitures allemandes (fiabilité et qualité des composants et d'assemblage). Autrement dit, en optant pour la C6, il n'y avait pas à choisir entre l'originalité et la fiabilité, ni entre une voiture à forte personnalité et une voiture solide et rassurante. Un des points forts de la C6 est qu'elle offre tout ça.

Mais elle ne s'est pas vendue. 23384 exemplaires en 7 ans ! A qui la faute ?

Au conditionnement des esprits. Combien de fois ai-je entendu "55 000 euros pour une Citroën, ça n'a pas de sens" et "elle n'a qu'un défaut : elle est française". Alors que cela ne choquait personne de consacrer 220 000 francs en 1988 à l'achat d'une CX 25 Prestige Turbo. On voit la lente évolution, qui rend aujourd'hui marginal d'acheter une belle Française, et qui a fait passer au statut de norme le fait d'opter pour une Allemande, du moins à ce niveau de budget. La principale raison de la diffusion très limitée est là, mais il y en a d'autres.

Lors de la commercialisation de la C6, il a été estimé que la clientèle historique des XM (et CX auparavant) reviendrait de facto vers Citroën. C'était en partie une erreur, à cause de l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre la dernière XM, fin 2000, et la présentation de la C6, en mars 2005. La clientèle est bien moins fidèle qu'il y a quarante ans, et c'est encore plus vrai dans le cas de la clientèle des voitures de haut de gamme. Le constructeur a sans doute sous-estimé le travail de reconquête de clientèle sur cette frange du marché. Une frange difficile à reconquérir, c'est vrai. Mais les qualités de la C6 l'auraient pourtant permis. A l'aide des fichiers de clients potentiels et dans le cadre d'opérations de présentation et promotion en zones bien ciblées, faire un travail pour caser des rendez-vous avec essai de la voiture était impératif, en France et dans les principaux pays d'exportation et pendant toute la durée de vie de la voiture. La C6 est une voiture plaisir, qui se vend donc en mettant le prospect devant et en lui faisant faire une longue promenade, bien sûr à son volant. Ce travail a été fait, mais sans doute pas suffisamment et pas assez longtemps.

Le blocus des sociétés de financement des véhicules entreprises, qui ont fait un vrai barrage contre la C6, de par sa décote un peu plus rapide que pour ses concurrentes. L'alternative pour le client potentiel intéressé par la C6 en tant que véhicule de société financé avec son employeur était simple : reprendre une Allemande et garder ainsi le contrat et les abattements fiscaux, ou bien acheter la C6 à ses frais (comme un particulier) et perdre les avantages fiscaux. Sans surprise, la première alternative l'a emporté le plus souvent, c'est un euphémisme. Or sur ce segment du marché, les voitures de fonction représentent une part élevée des ventes.
 

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