Le Vatican modifie le “Notre père”

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Dans la nouvelle traduction du "Notre Père", validée par le Vatican, la supplique "ne nous soumets pas à la tentation", datant de 1966 et donnant à penser que Dieu tentait le fidèle pour l'éprouver, deviendra "ne nous laisse pas entrer en tentation".

Par Sylvaine Salliou

La raison de la correction introduite dans le Notre Père -"prière figurant au coeur des Evangiles, eux-mêmes au coeur de la Bible, prière centrale des catholiques récitée dès le baptême des enfants"- est double, selon Mgr Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France. "C'est la prière qu'a faite Jésus au désert, lorsqu'il a demandé à son Père d'éloigner de lui la tentation. Quant à Saint Jacques, n'affirmait-il pas, dès les premiers temps du christianisme: +personne ne peut dire que la tentation vient de Dieu+?"

'Dieu veut le bien de ses enfants'

La correction du Notre Père, si elle ne dépasse pas une ligne, est d'une importance majeure pour les catholiques. Depuis près de 50 ans, la formule "ne nous soumets pas à la tentation" apparaissait "non pas défectueuse, mais confuse", selon le porte-parole épiscopal. Pour les Chrétiens, Dieu est "infiniment bon et source de toute bonté". La possibilité qu'il puisse soumettre, donc entraîner, mettre sur la voie, appâter, tenter l'Homme par le mal, apparaissait comme passablement pervers. Pire: pour les croyants, ce rôle est dévolu au démon tentateur, à Satan. En outre, Dieu laisse à l'homme la liberté de décider. Autrement dit, Il est censé être neutre et n'influer ni dans un sens, ni dans l'autre. Enfin, soumettre à la tentation une créature qui sera par la suite contrainte de Le supplier pour se racheter, est assez paradoxal. Pour Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême et académicien, "Dieu veut le bien de ses enfants, Il est donc celui qui enlève les obstacles qui se dressent sur son chemin. Il nous empêche d'être détruits par la tentation, quelle que soit la drogue, douce ou dure".


La prière la plus récitée

Notre Père est la prière la plus récitée par l'ensemble des Chrétiens dans le monde. Elle figure dans les Evangiles selon Saint Matthieu et Saint Luc et sa première version a été écrite en grec ancien. Adoptée après un compromis oecuménique passé en 1966, après la fin du concile Vatican II, avec les orthodoxes et les protestants, la dernière version du Notre Père est restée sujette à débat. Certains orthodoxes ont renoncé en 2004 à la traduction oecuménique et certains protestants ont adopté dès 1965 la nuance "ne nous laisse pas entrer en tentation". Sans que l'on en connaisse exactement le nombre de fidèles, la planète compte 220 millions de francophones répartis dans plus de 75 pays.
Dans la nouvelle traduction, validée par le Vatican, la supplique "ne nous soumets pas à la tentation", datant de 1966 et donnant à penser que Dieu tentait le fidèle pour l'éprouver, deviendra "ne nous laisse pas entrer en tentation".

Il faudra attendre deux ans pour que la prière du "Notre Père" soit rectifiée dans les missels francophones, faisant du Créateur un Dieu davantage protecteur que tentateur mais son annonce fait déjà date.

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