Baccalauréat en contrôle continu : une commission d’harmonisation des notes encore floue

Chaque année les notes du baccalauréat passent par une commission d’harmonisation pour éventuellement repêcher les candidats proches de la moyenne ou du 8/20 fatidique permettant d'accéder à la session de rattrapage.
Comment faire avec le contrôle continu ?
 

L'oral de français, dernière épreuve du bac annulée
L'oral de français, dernière épreuve du bac annulée © DR
L'oral de français, ultime épreuve du bac qui restait maintenue, est donc abandonné au profit du contrôle continu.
Le Ministre de l'Education aura finalement entendu les demandes pressantes, celles des enseignants notamment.
Voilà qui pose en cascade la question de la commission d'harmonisation des notes.

Cette machine complexe pour le commun des mortels a pour but d'éviter le repêchage aux candidats qui flirtent avec la moyenne, ou bien de leur permettre d'y accéder s'ils s'approchent du 8 sur 20.


Pas encore d'information dans l'académie


Le Ministre a finalement renoncé à l'oral, "mais on n'a pas encore d'information dans l'Académie sur l'harmonisation du français", indique Mathieu Mahéo, enseignant de français au lycée Anita Conti de Bruz (35) et Secrétaire Académique du SNES-FSU Bretagne.

Le Rectorat que nous avons contacté indique d'ailleurs attendre la circulaire qui mettra en musique le discours de Jean-Michel Blanquer.
L'harmonisation concerne aussi, et avant tout, les notes de terminale.

Mathieu Mahéo a l'habitude de participer à ces jurys d'harmonisation et pense comme beaucoup de ses collègues que cela ressemblera cette année à ce qui se pratique habituellement, au moins dans le principe.

Les jurys (composés des enseignants-correcteurs, présidés par un des enseignants et sous la responsabilité d’un inspecteur qui supervise plusieurs jurys) travaillent par bassins géographiques : "huit sous-jurys en Bretagne" (2 par département), précise l'enseignant. "Cela regroupe les établissements publics et privés.


 

L'idée, c'est de voir s'il n'y a pas trop d'écart entre les établissements. On regarde aussi si un correcteur est très éloigné de la moyenne des notes attribuées par le jury auquel il appartenait quand il a reçu ses copies à corriger. S’il y a un écart important, on réajuste.



Là, on recourt aux livrets scolaires.
Ca, évidemment, c'est quand les examens ont eu lieu.
Mais cette année, comment procéder sur la base du contrôle continu ?


Recours au livret scolaire


Gwenaël Le Paih, Secrétaire général académique du SNES-FSU Bretagne, attend aussi les consignes officielles, mais la réflexion est engagée dans plusieurs académies.

"Les jurys d'harmonisation devraient transformer les notes du livret scolaire en note d'examen."

Le livret, c'est la mémoire des évaluations de contrôle continu de première et de terminale.
Au final, la moyenne des moyennes trimestrielles dans chaque matière est arrondie à l'entier supérieur (ex. 10,1/20 donne en réalité 11/20) puis est assortie de son coefficient afin de déterminer la note globale du bac.
 

Pour les premières, c'est un livret sur seulement deux trimestres, "mais il faudra une harmonisation", réclame Gwenaël Le Paih, en précisant qu'il "n'y a pas en première d'enjeu immédiat. Cela pourrait même se faire l'an prochain".

La question se posera également pour les E3C, nouvelles épreuves anticipées du bac pour les premières depuis la réforme Blanquer.

 

Emma croise les doigts


Elève en terminale S à Rennes, Emma attend la réponse d'une université de Manchester où elle a postulé pour un bachelor.
"Il faut 16 de moyenne et j'ai calculé que j'arrive à 15,7. J’ai peur que l’harmonsation concerne seulement les élèves en difficulté. Même les profs ne savent pas, on est vraiment dans le flou jusqu'aux résultats le 7 juillet".


Corriger les inégalités entre établissements


Au delà de la mathématique, reste à savoir si la note ainsi établie est juste.

Onze sur 20 dans tel établissement réputé pour ses notations sévères est peut-être plus difficile à décrocher que dans tel autre plus magnanime. C'est pourquoi la commission devrait regarder les performances des élèves à l'examen l'année précédente pour chaque lycée.
Cela permet de mesurer l'éventuel écart entre les notes en cours d'année et les notes à l'examen.

Ce qui peut rassurer toutefois, c'est que "de plus en plus, les profs notent au cours de l’année selon les critères de l’examen, remarque Mathieu Mahéo. En majorité il ne devrait donc pas y avoir de souci."

Toutefois, au cas par cas, le jury d'harmonisation peut revaloriser un 9,2 en 10 par exemple pour éviter le repêchage.
Il en va de même pour l'attribution des mentions.

"L'objectif est d'être au plus près de la photographie de l’année précédente pour chaque établissement", précise Gwenaël Le Paih.

Au passage, certains lycées dits "prestigieux" habitués à noter durement en contrôle continu, redouteraient cette année une chute de leur taux de réussite. 


Les jurys auront-ils suffisamment de temps ?


Habituellement les jurys n'allaient chercher les livrets scolaires que pour les cas tangents.
Cette année, il va falloir tous les examiner puisque cela devient la seule trace de l'évaluation.
Gwenaël Le Paih s'interroge : "Est-ce que les jurys auront le temps de viser tous les dossiers ?"


Des nouveautés


Le jury académique (qui valide les recommandations des sous-jurys) pourra inscrire un élève recalé d’emblée (moins de 8 de moyenne) à la session de septembre.
C’est une première et cela évitera des redoublements qui ne seraient pas une bonne chose, selon le Secrétaire Général académique du SNES-FSU,  car "l’élève de terminale redoublant se retrouverait à refaire une année avec un programme nouveau du fait de la réforme" intervenue cette année.

Autre assurance pour les candidats au rattrapage, "on va vers les oraux habituels mais uniquement sur la partie du programme traitée avant le confinement".

Les élèves concernés vont être encouragés à revenir lors de la réouverture pour préparer ces oraux. Sûrement l'une des dernières motivations à retourner en classe.

Les élèves assurés de décrocher leur diplôme ne seront sans doute pas nombreux à se presser au jour de la réouverture de leur établissement. Idem pour les premières.
Pourtant, il reste des choses à faire, selon Mathieu Mahéo, qui espère utiliser ces dernières semaines pour aider ses élèves à préparer le grand oral de terminale, nouvelle épreuve née de la réforme du lycée.

"J’ai classe virtuelle tout à l'heure, lâche-t-il au moment de cet entretien, combien vont revenir maintenant ? Je vais voir. Je vais leur proposer de travailler là-dessus".

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