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Bretagne à cinq : le combat continue

© I. Rettig - France 3 Bretagne
© I. Rettig - France 3 Bretagne

2019 sera-t-elle l’année du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne ? Rien n’est moins sûr mais les partisans de la Bretagne à cinq veulent toujours y croire et fondent désormais l’espoir d’un referendum. Mais le combat est encore loin d’être gagné.
 

Par Isabelle Rettig

Depuis 1956, la Bretagne est privée d’une partie de son ADN. Cette année-là,  Nantes et sa région qui depuis 851 et le règne de Nominoë étaient rattachées à la Bretagne ont dû, par décision de l’Etat, rejoindre la nouvelle région des Pays de la Loire. Par décision de l’Etat… mais pas par celle de ses habitants qui, depuis plus de 60 ans, ne digèrent toujours pas la séparation forcée.
 

Un combat sans résultat


La réforme territoriale de 2014 avait donc suscité l’espoir d’un retour à la Bretagne historique mais finalement, sans concertation publique, elle  rien n’a changé et ici le status quo demeure.

À Nantes, comme à Rennes, les manifestations pour réclamer la réunification n’ont jamais cessé. Mais jusqu’à présent, elles n’ont pas permis d’obtenir gain de cause. Si la plupart des élus bretons sont favorables au rattachement –le Conseil Régional notamment a voté une motion pour le rattachement de la Loire-Atlantique-, du côté des Pays de la Loire, on traine davantage des pieds. Le Conseil Régional notamment refuse l’idée de perdre sa capitale au risque de voir se disloquer la région toute entière. L’automne dernier, une pétition à l’initiative de Bretagne Réunie a recueilli 100 000 signatures d’habitants de Loire-Atlantique. Objectif : obtenir une consultation sur le rattachement du département à la Bretagne.

Comme la loi l’y oblige, le Conseil départemental de Loire-Atlantique a inscrit la question à son ordre du jour. Mais le 17 décembre dernier, ses membres ont rejeté le rapprochement (30 voix contre, 13 pour et 15 abstentions) tout en demandant au président de la République d’organiser un référendum (55 votes pour). Gêné aux entournures, son président, Philippe Grosvalet, a préféré « louvoyer », comme l’a écrit le magazine l’Express, « lui qui pendant des années a refusé de débattre du sujet ».  Il savait aussi que la Région des Pays de la Loire n’aurait jamais donné son approbation à une consultation. Refiler la patate chaude au chef de l’Etat, une idée lumineuse qu’il s’est donc empressé de faire adopter par son assemblée. 

De son côté, l’Association Bretagne Réunie a estimé qu’il s’agissait là d’un véritable déni de démocratie. Elle pourrait saisir le Tribunal Administratif.
 
Bretagne à cinq : le combat continue
Un reportage de I. Rettig, JM. Piron, E. Duplay, T. Poirier, P. Nau / avec Bertrand Nicolas, président de l'association Breizh 5/5 - Guy Cadoret, maire de Bourbriac (22) - Yannick Le Goff, maire de Grâces (22) - Philippe Grosvalet, Président du Conseil départemental de Loire-Atlantique -Ewan Thébaud, Membre du collectif Coordination Démocratique de Bretagne - Michel Priziac, habitant de Grâces et Président de l'Association des Ecrivains
 

Breizh 5 /5 : afficher ses convictions


La question n’a donc semble-t-il pas fini d’agiter le landerneau. D’autant que les partisans de la Bretagne à cinq n’entendent pas rendre les armes. Au côté de Bretagne Réunie, de nombreuses associations et collectifs militent pour le retour de la Loire-Atlantique en Bretagne.

C’est le cas de l’Association Breizh 5/5, née dans le Trégor en 2015. Son objectif : mettre sur la voie publique la volonté des Bretons », explique son président, Bertrand Nicolas et cela grâce à des panneaux installés à l’entrée des communes qui rejoignent l’association. Elles sont aujourd’hui 59 dans les cinq départements historiques bretons, auxquelles s’ajoutent des acteurs culturels-une douzaine de maisons de la culture-, économiques –Produit en Bretagne ou Tradisel, qui regroupe une soixantaine de paludiers du secteur de Batz-sur-Mer-, voire même des collectivités et des particuliers.

Parmi ces communes, Bourbriac et Grâces, deux communes proches de Guingamp qui comptent à elles deux près de 5000 habitants. Pour leurs maires, c’est un bon moyen de clamer aux yeux de tous, l’attachement à la Bretagne historique.

"On en parlait depuis 2014" , explique Yannick Le Goff, le maire de Grâces, "on a déjà signé la charte Ya d’ar Brezhoneg (1) et on a envie que les cins départements se réunissent. Sans ce 5 eme département, on est malheureux, on nous a coupé quelque chose."

Pour Guy Cadoret, le maire de Bourbriac, la décision a fait consensus dans la commune. "Géographiquement, quand on regarde une carte, sans la Loire-Atlantique, la Bretagne ne ressemble à rien ! Et puis le Château des Ducs de Bretagne est bien à Nantes".  Pour autant, n’est-ce pas là, un combat d’arrière-garde ? "Pas du tout", rétorque l’élu avec conviction, "Je ne pense pas que pour les Bretons, les vrais, ça le soit", dit-il. Mais certains en dehors, ont peur que la Bretagne devienne trop puissante. Touristiquement et économiquement, cela rajouterait un secteur important."

Michel Priziac est un Grâcieux engagé lui aussi. Le président de qui regroupe 270 membres,  parle breton depuis le berceau : "La Bretagne pour moi c’est extrêmement fort, puissant. Je ne peux pas l’imaginer tronquée. Au quotidien, il convient de la défendre et d’agir pour elle. Moi, je suis attaché à tout ce qui est littérature et je vois mal quelqu’un parler de la Bretagne sans inclure la Loire-Atlantique."

Déçu par la Réforme Territoriale de 2014-2015, Il croit toujours en la réunification et il est favorable au referendum : "c’est une bonne solution de demander leur avis mais ce serait terrible de faire un referendum avec un non au bout. Bien sûr, ça peut prendre du temps mais on a des nouvelles générations qui se sentent concernées par cette cause-là. C’est la relève. On le voit dans les écoles Diwan, il y a des quantités d’enfants qui apprennent le breton. Mais il n’y a pas que la langue. C’est aussi la culture, on se reconnaît Breton."
 

Des militants fidèles et convaincus


Du coté de Nantes, nombreux sont ceux aussi qui militent pour la Bretagne à cinq. A l’image d’Ewan Thebaut, un jeune homme de 29 ans, qui bien qu’ayant appris la langue tardivement, a toujours baigné dans la culture bretonne et milite depuis le lycée. Il est aujourd’hui membre du collectif Coordination démocratique de Bretagne.

Pour le jeune militant, il s’agit aujourd’hui d’une question de démocratie : "il y a une volonté populaire de vouloir réunifier la Bretagne. Les gens veulent qu’on les écoute et que leur avis soit pris en compte. La réforme territoriale a été un rendez-vous manqué pour la Bretagne, les gens ont été décus et cela a relancé leur envie de faire bouger les choses. Mais il y a une fracture réelle entre les élus et la population. Ca alimente la défiance envers les institutions et c’est très dangereux. Aujourd’hui, il faut que les habitants des 5 départements bretons décident de leur avenir. Là on avait l’opportunité de sonder la Loire-Atlantique. Le Conseil Départemental n’a pas choisi cette voie-là car il savait que la Région PDL aurait mis son veto. Mais c’est dommage. Maintenant, la balle est renvoyée dans le camp de l’Etat alors il faut continuer la lutte. Il va falloir continuer à mettre la pression aux élus."
 

Un avenir incertain


En mars prochain, le droit d’option prévu dans la loi de 2015, prendra fin. Il permettait à des départements et des régions de redessiner leurs limites géographiques moyennant toutefois un processus assez contraignant. Désormais, les militants attendent donc un hypothétique référendum qu’organiserait l’Etat. Quelle en sera la question précise, qui sera amené à voter (Bretons et Ligériens, Bretons et habitants de Loire-Atlantique ?), quel destin attend les Pays de la Loire, les régions voisines sont-elles prêtes accueillir la Sarthe, la Vendée et le Maine-et-Loire ? Autant de questions pour l’instant sans réponses.
 

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