Bretagne. Les candidats aux Régionales soutiennent Diwan après les propos du ministre de l'Education

Dans une interview à nos confrères d’Ouest-France, le ministre de l’Education nationale met en cause l'existence de l’enseignement immersif, ce samedi matin. En Bretagne, Diwan utilise cette pédagogie, alors qu’en pensent les candidats aux élections régionales en Bretagne ? 

Les candidats aux Régionales en Bretagne condamnent les propos de Jean-Michel Blanquer visant Diwan.
Les candidats aux Régionales en Bretagne condamnent les propos de Jean-Michel Blanquer visant Diwan. © Florence Malésieux-France Télévisions

Suite à une saisine de 61 députés de la majorité (LREM, Modem et Agir) sur la loi Molac, le Conseil constitutionnel a déclaré inconstitutionnels les signes diacritiques et l’enseignement dispensé entièrement dans une langue régionale ce vendredi 21 mai.
Ce samedi, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, dont le cabinet a aidé à la rédaction de la saisine, enfonce le clou. Dans un entretien avec nos confrères d’Ouest-France, il appuie : "Le Conseil constitutionnel rejette le mot 'immersif ', mais consacre le bilinguisme."

Une manière de mettre sur la sellette la pédagogie immersive, utilisée dans des écoles associatives sous contrat avec l’Etat, telles Diwan en Bretagne. L’enseignement y est entièrement dispensé en breton. Le français y est bien entendu étudié, donnant des élèves parfaitement bilingues et compétents dans les deux langues. Oui, mais voilà, la langue de la République, c’est le français. C’est inscrit dans l’article 2 de la Constitution de 1958.

Déjà en novembre 2002, le Conseil constitutionnel avait rejeté l’intégration des écoles Diwan au sein de l’Education nationale, pour la même raison. Le débat "immersion en langue régionale versus langue nationale" n’est donc pas nouveau. Mais c’est la première fois qu’un ministre de l’Education remet si nettement en question l’existence des écoles en langues régionales.
"Elle ( NDLR : la décision du Conseil constitutionnel) va sans doute conduire à des évolutions, mais elle ne condamne en rien Diwan, qui n’est pas menacé dans son existence. Il y a même là une opportunité pour passer à une nouvelle phase de son développement. Je resterai très attentif à ce que nous puissions continuer à appuyer Diwan," poursuit le ministre.

Qu’en pensent les candidats aux élections régionales ? A un mois du premier tour, nous leur avons demandé de réagir aux propos de Jean-Michel Blanquer.

"L'enseignement par immersion pratiqué en Occitanie, en Aquitaine, en Bretagne ou en Corse pour nos langues régionales est un choix de nombreuses familles et n'a jamais empêché nos enfants de maîtriser le français, ainsi que d'autres langues ! La décision du Conseil constitutionnel met en danger les réseaux appuyés sur cette méthode, comme Diwan en Bretagne. C'est grave et inacceptable de voir le ministre confirmer dans Ouest-France tranquillement que cette décision va entraîner des changements, alors que nous attendions a minima d'être rassurés face à ce risque fatal pour Diwan. Ce qui se passe n'est pas anecdotique, et c'est exactement le contraire de la volonté des parlementaires qui ont travaillé sur la loi Molac (NDLR : Paul Molac est candidat aux élections régionales sur la liste conduite par Loïg Chesnais-Girard). Ceux qui pensent sauver la République depuis Paris, du haut de leurs principes centralisateurs, ne voient pas qu'ils abîment notre unité et qu'ils dénigrent notre manière de vivre."

"Quand les Républicains ont peur, ils abîment la République sans même le réaliser. Ce vendredi, le Conseil constitutionnel a rejeté l’immersion telle que la pratique Diwan ainsi que les signes diacritiques, comme celui du petit Fañch. Cette décision va à l’encontre des préconisations du gouvernement, elle est très grave pour les langues régionales.
Mon inquiétude reste intacte à la lecture de l’interview du ministre de l’Education, ce matin dans Ouest-France : il propose à demi-mots d’abandonner l’immersion linguistique. On sait bien que le breton ne met pas en danger le français, que l’immersion ne sépare pas les Français les uns des autres. C’est une vue de l’esprit.
La Constitution doit être respectée évidemment. Mais si elle bloque, je ne vois qu’une solution, une solution urgente, la faire évoluer pour que les langues régionales soient reconnues dans l’article 2. Ça peut sembler un chemin difficile, mais nous en sommes là. Je vais donc demander deux choses aux parlementaires bretons : déposer une proposition de loi en ce sens et proposer un calendrier. Je m’engage aussi à aborder ce sujet avec Emmanuel Macron qui a le pouvoir de proposition pour modifier la Constitution.
Je ne manquerai pas de demander instamment au ministre de l’Education nationale de confirmer que l’enseignement du breton à Diwan, ou de l’alsacien, du basque ou du corse puisse continuer dans les conditions actuelles de l’immersion, dans le cadre des écoles sous contrat, qui je le rappelle, n’excluent nullement la langue française des enseignements.
La France est un Etat unitaire, mais rien de l’empêche de donner un statut à nos langues régionales. Nos voisins d’Italie et d’Espagne sont aussi deux Etats unitaires et leurs langues régionales sont protégées en même temps que leur langue officielle commune. Pour moi, c’est ça être Breton : se sentir aussi bien breton, que français, qu’européen."

A la question sur son sentiment vis à vis de sa propre famille politique à l'origine de la saisine du Conseil constitutionnel, Thierry Burlot répond : "La position de quelques députés et très probablement du ministre est regrettable. Pour autant, je leur reconnais de la constance dans la peur qu’ils semblent entretenir sur une lecture partielle et partiale de l’immersion, en Bretagne et ailleurs."

"La loi Molac a été votée dans les mêmes termes au Sénat et à l’Assemblée nationale. Elle est le fruit d’années de soutien de personnalités bretonnes comme Marc Le Fur et d’autres. Elle a rassemblé au-delà des clivages. Personnellement, je soutiens les trois réseaux d’enseignement du breton : Div yezh, Divaskell et Diwan. L’école immersive a prouvé son utilité et son efficacité, au Pays basque, en Alsace, en Corse ou en Bretagne avec Diwan. Je ne comprends toujours pas le procès qui lui est fait. Et je me demande quelle est la sincérité d’un candidat soutenu par LREM qui accueille sur sa liste l’ex-présidente de Diwan ( NDLR : Stéphanie Stoll, présente sur la liste de Thierry Burlot). La loi a donné espoir à tous les défenseurs des langues régionales, singulièrement aux Bretons. Je vois dans ce triste épisode les limites du "en même temps". Il est inopérant au niveau national et nous nous ne souhaitons surtout pas l’adopter au niveau régional. Clarté et courage sont plus que jamais nécessaires. Nous continuerons à soutenir nos langues régionales et avons annoncé vouloir y consacrer 1,5% du budget régional. L’école immersive y jouera tout son rôle."

"Les déclarations de Jean-Michel Blanquer sont la preuve qu’il s’agit d’une position politique du gouvernement avant d’être un sujet juridique. C’est une atteinte majeure à l’enseignement immersif en général et à Diwan en particulier.
Un projet de révision constitutionnelle est maintenant une priorité pour intégrer les langues régionales à l’article 2 de la Constitution afin de garantir le droit pour Diwan et les écoles immersives de poursuivre leur pédagogie et permettre à tous ceux qui le souhaitent de donner un prénom correctement orthographié à leurs enfants. C’est une question de droits fondamentaux et de démocratie. 
Le président de la République doit annoncer un tel projet de révision dans les plus brefs délais. Si cela n’était pas le cas, l’ensemble des députés bretons membres de la majorité devront en tirer les conséquences."

"Les propos de Jean-Michel Blanquer contre l’enseignement immersif en langue bretonne sont un scandaleux retour en arrière sur plus de 50 ans de développement des écoles Diwan. Le ministre de l’Éducation Nationale démontre, une fois de plus, que La République En Marche (étiquette sous laquelle a été élu le député Molac en 2017) est l’adversaire résolue des identités locales, régionales et donc nationales. 
Le Rassemblement National apporte tout son soutien au réseau Diwan, dont le mode de fonctionnement et l’existence sont gravement menacés par la trahison des parlementaires de la République En Marche et le sectarisme du Conseil Constitutionnel."

"C’est catastrophique. Depuis toujours, il y a une grande fragilité de l’immersion. D’un côté il y a une méthode pédagogique très efficace. De l’autre des gens comme M. Blanquer, jacobins, qui y voient une remise en cause de la république. Le ministre ne veut pas de Diwan et donc il attaque fort. Comment va se comporter un maire conduit à financer une école Diwan si son enseignement est jugé anticonstitutionnel. On est un peu sonnés !"

"Le Conseil constitutionnel se juge compétent sur des questions sur lesquelles il ne l’est pas. Sa décision est une interprétation de l’article 2 de la constitution avec lequel on est en désaccord. Il faut poser le débat de l’intégration de Diwan dans le public.

Sur la pérennité du système immersif utilisé au sein par Diwan, tous les candidats sont donc d'accord. Le clivage semble donc se situer entre l'Etat et les régions. Un clivage qui existe aussi au sein du parti présidentiel. Pour les candidats LREM, la partie, lors des prochaines élections, risque d'être difficile à jouer dans les régions où une langue régionale forte existe."

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