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Côtes d'Armor - Qui se cache derrière Voldis, la société impliquée dans la distribution de faux steaks hachés ?

L'agence "Flèche intérim" de Loudéac (Côtes-d'Armor) est située à la même adresse que le siège social de la société Voldis, impliquée dans la distribution de faux steaks hachés à des associations d'aide alimentaire. / © Thomas Cuny/France3 Bretagne
L'agence "Flèche intérim" de Loudéac (Côtes-d'Armor) est située à la même adresse que le siège social de la société Voldis, impliquée dans la distribution de faux steaks hachés à des associations d'aide alimentaire. / © Thomas Cuny/France3 Bretagne

L'une des sociétés impliquées dans cette affaire indique un siège social à Loudéac, une commune de 10.000 habitants du sud des Côtes-d'Armor. Problème : sur place, pas d'entreprise liée à l'agroalimentaire, l'adresse s'apparente plutôt à une boîte-aux-lettres.

Par Loïc Blache (avec B.L., T.C. et C.C.)

C'est une affaire qui ne fait que commencer et qui est loin d'avoir livré tous ses secrets... Il y a quelques jours, plusieurs associations d'aide alimentaire ont demandé réparation après avoir découvert qu'on leur avait distribué de "faux steaks hachés".

Une affaire qui rebondit aujourd'hui dans les Côtes d'Armor. Parmi les sociétés soupçonnées de participer à ce réseau de distribution alimentaire : Voldis, une entreprise qui indique au Registre du commerce et des sociétés (RCS) une adresse à Loudéac comme siège social.

Sur place, pas d'écriteau "Voldis", ni d'entreprise spécialisée dans l'agroalimentaire. Mais une maison particulière appartenant à une commerçante de la commune. En voyant la photo de sa maison circuler sur les réseaux sociaux et les sollicitations médiatiques, elle commence à perdre patience.
 

"Je suis en colère !"

Il faut dire que tout prête à confusion : une adresse identique et une présidente de la société Voldis, Géraldine Barthélémy, qui porte le même prénom que cette habitante. Mais la commerçante loudéacienne l'assure : "Je ne les connais pas, je n'ai pas affaire à eux !" Cette Loudéacienne qui a acheté cette maison il y a une dizaine d'années poursuit : "Je suis vraiment en colère parce que je vois l'image de ma maison partout sur les réseaux sociaux". Samedi après-midi, son conjoint a déposé une main courante au commissariat.
 

Intérim

Autre bizarrerie : à la même adresse figure une deuxième parcelle de terrain, occupée par Flèche interim. Cette agence est contrôlée par Valéry Le Helloco, également propriétaire de Voldis, selon nos confrères de Libération qui ont notamment retrouvé une déclaration à l'Autorité des marchés financiers en date d'octobre 2017. L'homme était alors président-directeur général de Viktoria Invest, un holding spécialisé dans l'hôtellerie, l'immobilier et les casinos en France et au Cambodge. Il en détenait 25% du capital, selon le rapport annuel de 2017 mis en ligne. Au début de l'année 2019, Viktoria Invest est redevenue Electricité et eaux de Madagascar, son nom d'origine.
  

Boîte-aux-lettres

À Loudéac, Géraldine, la commerçante, recevait parfois des courriers adressés à l'entreprise voisine. Des courriers qu'elle re-transférait dans la bonne boîte-aux-lettres. Si l'agence d'intérim indique bien un "bis" dans son adresse, ce n'est pas le cas de celle que Voldis a renseigné au RCS.

Difficile d'en savoir plus sur Voldis et sur Valéry Le Helloco. "Je n'ai jamais été en contact avec cette personne et cette entreprise n'a jamais été accompagnée par la région Bretagne", affirme Loïg Chesnais-Girard, le président du conseil régional.

Le maire de Loudéac, commune de près de 10.000 habitants, lui aussi, n'en sait pas vraiment plus. "Je n'ai jamais été en contact avec cette entreprise", indique Bruno Le Bescaut. Loïg Chesnais-Girard poursuit : "à ma connaissance, il n'y a pas 30-40-50 salariés qui travaillent pour Voldis, il doit y en avoir 1 ou 2, c'est du négoce".

Visiblement, le siège social de Voldis s'apparente de plus en plus à une boîte-aux-lettres sans réelle activité sur place.
 

Pas de transformation des steaks en Bretagne

Voilà pour l'aspect administratif. Du côté de ces "faux steaks hachés", composés essentiellement de gras et de tissus de mauvaise qualité, les deux élus affirment que jamais elles n'ont transité par la région. Loïg Chesnais-Girard : "À aucun moment, cette matière n'est sortie d'un atelier breton."

"Cette entreprise ne produit pas sur Loudéac et je n'ai aucun rapport avec eux", dit de son côté Bruno Le Bescaut. Le maire de Loudéac s'inquiète que cela impacte "l'ensemble de la filière agricole et agro-alimentaire locale qui travaille bien".
 

Des Côtes-d'Armor au Finistère

Dans le rapport annuel de 2017 de Viktoria Invest, on apprend également que, en plus de La Flèche interim, Valéry Le Helloco "contrôle" également Le Clézio Industrie, une entreprise basée à Trévé (Côtes-d'Armor), à 10 kilomètres de Loudéac.
 
Le Clézio Industrie détenait un abattoir situé à Landrévarzec (Finistère) : les Volailles de l'Odet. Il y a deux mois, la préfecture a fermé définitivement les lieux pour des raisons sanitaires. Dans un communiqué, elle indique la présence de "nombreuses et graves non-conformités dans cette exploitation au regard des normes sanitaires en vigueur et des risques pris en conséquence pour la santé publique". Une décision qui a mis au chômage la vingtaine de salariés.
 

Sur place avant la fermeture, personne ne semblait avoir rencontré Valéry Le Helloco, décrit comme le "financier" du Clézio Industrie. "Il ne nous a jamais répondu au téléphone quand on l'appelait pour savoir ce que nous allions devenir", se souvient l'un de ces salariés.
 

"Tromperie"

Les zones d'ombre sont encore nombreuses dans cette affaire qui ne fait que commencer. La supercherie a été découverte par des bénévoles des associations livrées, qui trouvaient que ces steaks avaient un visuel et un goût anormaux. Des analyses ont ensuite permis d'identifier un "excès de gras", des tissus de "mauvaise qualité" et d'autres "défauts dans la composition". La répression des fraudes (DGCCRF) dénonce "une tromperie sur les qualités substantielles des produits livrés aux associations".

Loïg Chesnais-Girard, le président de la région Bretagne, abonde : "Quand on vend du steak haché -c'est-à-dire du muscle-, on ne met pas du gras, de la peau et d'autres choses ! On n'appelle pas ça steak haché et on ne fait pas de l'argent avec ! Tous les acteurs qui trichent doivent être condamnés".

La viande frauduleuse a été fournie aux associations par une entreprise française s'approvisionnant auprès d'un industriel polonais. Un intermédiaire français a également été identifié. Mais les noms de ces sociétés n'ont pas été divulgués. Dans les derniers rapports d'exécution du Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD) consultés par l'AFP, la société Voldis a fait plusieurs fois partie des entreprises ayant livré des steaks hachés via ce programme, en 2015 et 2016. Selon une source proche du dossier contactée par l'agence de presse, cette société fait partie des entreprises citées dans cette affaire.

Cette "viande" ne serait pas dangereuse pour la santé des consommateurs. Si les faits de tromperie en bande organisée sont avérés, les personnes impliquées risquent jusqu'à 7 ans de prison et 750.000 euros d'amende.

 

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