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Elle a été la troisième ville de Bretagne, après Nantes et Rennes. De ce haut lieu du pouvoir breton, il reste de nombreuses traces que la ville de Dinan cherche à conserver. Mais la ville est tournée vers le futur également, avec des artistes comme Erwan Péron.
 

Dinan, ville d’histoire


Fondée au XIème siècle, Dinan a connu son âge d’or deux siècles plus tard en devenant une prestigieuse cité ducale dominant la vallée de la Rance. C’est alors la troisième ville de Bretagne, après Nantes et Rennes, un haut lieu du pouvoir breton qui du fait de sa position stratégique a été doté d’un château, de près de 3km de remparts et d’une dizaine de tours.

De cette histoire riche, elle conserve un patrimoine exceptionnel, plus de 70 monuments historiques répertoriés sur lesquels la municipalité doit veiller, aux côtés des services de l’Etat et de la région Bretagne.

Parmi les chantiers en cours, celui du château qui longtemps  a souffert d’une image un peu négative. Depuis 1906, il était cantonné à accueillir des collections hétéroclites du musée de la ville.

Il devrait d’ici l’été prochain dévoiler aux visiteurs une toute nouvelle scénographie révélant qu’il fut un véritable palais, et pas seulement un donjon. La cour basse qui permettait d’accéder à la tour de Jean IV est en cours de restauration, ses soubassements ont été rétablis. Un mur va être remonté pour que le public visualise cet espace historiquement destiné à impressionner les visiteurs.
 
Les toits de Dinan vus du ciel / © Fabrice Leroy
Les toits de Dinan vus du ciel / © Fabrice Leroy

La ville recèle également d’un patrimoine religieux très riche que la municipalité doit aussi entretenir, à l’image des vitraux de l’Eglise Saint-Malo. Ces baies historiées des années 1920 qui représentent les grandes heures romancées de l’histoire locale ont été confiées à un atelier de vitraillistes du sud de Rennes, l’atelier Helmbold.

Charge à eux de réparer les verres cassés, de remplacer les motifs manquants, avec la contrainte de se glisser avec humilité et précision dans l’œuvre de l’auteur des vitraux.

Un patrimoine auquel les Dinanais sont également très attachés comme en témoigne l’importance d’un rendez-vous initié il y a 35 ans, la Fête des Remparts. A l’origine, il s’est agit pour quelques passionnés de réagir à l’effondrement d’une des tours médiévales qui avait eu lieu dans l’indifférence générale en 1981.
 

En quelques années, la simple "journée des remparts" s’est institutionnalisée pour devenir aujourd'hui un événement estival, organisé tous les deux ans, pendant lequel la cité replonge le temps d’un week-end  au cœur du Moyen Age.

Il attire 100 000 visiteurs sur quatre jours. D’ores et déjà, l’édition 2020 se prépare autour du thème du regard contemporain que l’on porte sur le Moyen Age. Comme pour chaque édition, le programme sera à la fois festif et pédagogique.
 
Dinan, ville chargée d'histoire
Nathalie Rossignol, Fabrice Leroy. Intervenants: Yves Lecoq, Architecte du patrimoine; Simon Guinebaud, chef du service patrimoine, ville de Dinan; Cassandre, maelle et Audrey Helmbold, vitraillistes.

 

Dinan et son port


La cité médiévale a été bâtie sur un promontoire dominant la Rance, ce petit fleuve côtier qui relie la Manche à la Bretagne intérieure. Cette situation idéale a contribué à sa richesse à l’époque médiévale, grâce à son port qui a conservé son pont de pierre, vieux de 1000 ans…

Aujourd’hui,  celui qui fut longtemps la cheville ouvrière de l’essor économique de la ville est désormais un port de plaisance paisible, récemment réaménagé. Avec des pontons  tout neufs, de l’eau et l’électricité toute l’année, des tarifs attractifs comparé aux ports de la côte nord, ce havre conquiert ceux qui souhaitent vivre sur leurs voiliers. Ils sont actuellement six, une petite communauté très solidaire qui apprécie le rendez-vous du café matinal chez le maître du port Damien Vincent ou les coups de main partagés en cas de besoin.

La famille Jacoby est à quai depuis 17 ans. Dominique et Gaude ont choisi d’y vivre mais aussi d’y travailler puisque dans la cale de leur barge, ils ont installé leur atelier de confection de vêtements en tissus polaires. Ils écrivent ensemble un nouveau chapitre de la vie déjà bien riche de cette barge centenaire.

Elle a été construite pendant la première guerre mondiale sur base secrète de Richborough près de Douvres par le Royal Engineer, régiment de génie. Elle a même été labellisée dans le cadre du centenaire de l’armistice, ce qui a été l’occasion d’une cérémonie et d’une exposition importante pour rendre hommage aux 20 000 ouvriers volontaires qui ont fabriqué 264 barges comme celle-ci.

En 1916, les ports Français de Brest et du Havre sont saturés et les alliés doivent trouver des solutions pour les désengorger et pour éviter les sous-marins allemands basés à Ostende. Ces barges automoteur, solides et rapides, capables de traverser la Manche et aussi compatibles avec la taille des canaux français pouvaient transporter 250 tonnes de fret : des vivres et des munitions.

Ce port a été régulièrement immortalisé depuis le XVIIIème siècle par de nombreux peintres, comme Isidore Dagnan ( huile de 1835) ou George Clarkson Stanfield (huile de 1871) dont les oeuvres sont conservées dans les réserves du musée de Dinan. 

Un peintre a même été séduit au point de s’y installer. C’est Yvonne Jean-Haffen. L’élève et amie de Mathurin Méheut est en effet tombée sous le charme d’une grande demeure à l’extrémité des quais, la Grande Vigne. Elle l’a acquis en 1937, y a peint jusqu’à sa mort. Mathurin Méheut y disposait d’ailleurs de sa chambre. Sur le chambranle de sa porte, apparaît son monogramme. Sur les murs sont encadrés quelques exemplaires des lettres ornées que Mathurin Méheut a adressées à son amie.

Cette correspondance vient de donner lieu à une publication signée par Anne de Stoop et Denise Delouche. 
 

L’artiste a légué cette maison à sa mort à la ville de Dinan. Elle est telle qu’elle l’a laissée, avec son atelier, ses meubles et les décors qu’elle y avait peint. Désormais, c’est à la fois un musée mais aussi une résidence pour d’autres artistes qui à leur tour profitent du charme du lieu pour créer.

 
Dinan et son port
Reportage: Nathalie Rossignol, Fabrice Leroy. Intervenants: Damien Vincent, capitaine du port; Jean-François Audren, résident du port à l'année; Ronan Geoffroy, résident depuis 6 mois au port. ENTRETIEN: Dominique Jacoby, propriétaire de la barge Donata. Archive 2012, Louis-René Vilbert, ancien. - Nathalie Rossignol, Fabrice Leroy
© F. Leroy - France 3 Bretagne
© F. Leroy - France 3 Bretagne

Dinan, ville d’artistes


À Dinan, on compte une cinquantaine d’ateliers et de galeries d’artistes, notamment dans une des ruelles les plus fameuses de la cité médiévale,  caractérisée par ses maisons à pans de bois, la célèbre rue du Jerzual qui bruisse de mille ans d’histoire.

Elle fut artère importante jusqu’au XIXème siècle pour relier le port à la ville haute, notamment pour le transit des marchandises. Après la construction du viaduc en 18XX, cette rue commerçante avec ces  boutiques a cédé la place à des tanneurs, des vanniers et des tisserands. Désormais, ce sont les artistes qui ont réinvesti les lieux et ont donné à cette rue un nouvel attrait.

À deux pas de là, se dresse un magnifique hôtel particulier de 1900, le dernier construit à Dinan. Il a été acquis en 2012 par le sculpteur Roger Vène, après un véritable coup de foudre pour la ville, à l’occasion d’une brève visite. L’artiste a donc quitté l’Aisne où il était installé depuis une vingtaine d’années pour la Bretagne.
 
Une sculpture de Roger Vène / © Fabrice Leroy
Une sculpture de Roger Vène / © Fabrice Leroy

Cet autodidacte qui considère que la sculpture a donné un sens à sa vie a l’ambition de faire de cette bâtisse et de ses jardins un musée de son œuvre. Une façon pour lui de se nourrir de cette ville si singulière et artistique. Elle l’a d’ailleurs nommé citoyen d’honneur en remerciement de son travail sur l’esplanade de la Fraternité qui mène à la bibliothèque municipale. Roger Vene l’a redessiné, décoré avec ses sculptures et a même imaginé son mobilier urbain.

Dinan est également une ville musicale si on en croit l’attrait des rencontres internationales de harpe celtique qui réunissent des musiciens du monde entier chaque été depuis 36 ans. À l’origine de cet événement, Myrdhin, une figure du renouveau de cet instrument, avec en 30 ans d’une carrière internationale et 45 albums enregistrés. C’est lui qui est également à l’initiative de l’ouverture de la maison de la harpe en 2003.

Prochaine édition du  festival, du 10 au 14 juillet 2019 avec un programme qui promet d’être riche.
 
Video Dinan ville d'artistes
Reportage: Nathalie Rossignol et Fabrice Leroy. Intervenants: Florence Rocaboy, Guide conférencière; Jean-Patrick Poiron, sculpteur habitant le Jerzual depuis 43 ans; Roger Vène, sculpteur. Entretien: Myrdhin, fondateur de la Maison de la harpe.

 

Dinan, ville de savoirs-faire


Si le nom de Dinan dépasse largement les frontières de la Bretagne, ce n’est pas uniquement pour son patrimoine exceptionnel, c’est aussi grâce à certains des savoirs faire qui y sont maîtrisés.

L’atelier Chronos, des conservateurs-restaurateurs sollicités par le milieu très fermé des musées en France et à travers le monde. 

Depuis 17 ans, Marc Voisot est conservateur-restaurateur, spécialisé dans les instruments scientifiques et techniques avec une prédilection pour l’horlogerie. Il est aussi chargé de restauration de parties métalliques de meubles historiques. Ses principaux clients sont à 80% les musées de France (et d’ailleurs) qui l’ont accrédité, et ainsi que des collectionneurs privés.
 
A l'atelier Chronos, spécialisé dans la restauration d'horlogerie / © M. Le Carrour - France 3 Bretagne
A l'atelier Chronos, spécialisé dans la restauration d'horlogerie / © M. Le Carrour - France 3 Bretagne

Dans son atelier, des milliers de pièces détachées et d’outils lui permettent d’accomplir son travail. Des trésors confiés au fil des ans par des horlogers partis en retraite. Pour que cette mémoire professionnelle se conserve, Marc Voisot a choisi de s’associer avec deux jeunes rencontrés lors de stages dans son atelier.

Conscient de ne pas avoir les compétences d’un patron, mais se considérant davantage comme un « fournisseur d’enthousiasme », il préfère travailler à égalité avec deux autres professionnels aux compétences complémentaires. Leur petit atelier de la rue de la Lainerie va ainsi bientôt déménager hors du centre historique dans les anciens locaux d’Armor Meca sur 400 m2. Une façon d’envisager l’avenir de leur atelier avec ambition.


Erwan Péron, le designer "made in Dinan" et son hérisson vendu au MoMa
 

Son petit hérisson, porte cure-dents, est un des bests-sellers du Musée d’Art Moderne de New York depuis 3 ans. Pourtant c’est bien à Dinan qu’Erwan Péron a conçu et pensé ce petit accessoire des apéritifs, comme un pied de nez à ces 200 000 hérissons écrasés par nos voitures chaque année. Sa coque est donc conçue avec des pares chocs de voiture recyclés et injectés dans un atelier de Quimper.

À l’image de ce hérisson, l’univers d’Erwan Péron allie nature et poésie, comme un autre de ces produits phare, la Lib, un mélangeur de cocktail, imaginé alors qu’une libellule venait de se poser sur son verre en terrasse.

Longtemps designer d’un fabricant de meubles, Erwan Péron a été affecté par la délocalisation de la fabrication des pièces qu’il dessinait vers l’Est de l’Europe ou l’Asie, regrettant que ses créations ne soient pas produites sur le territoire sur lequel elles allaient être vendues.

Lorsqu’il s’est lancé seul, c’est donc avec la détermination de concevoir uniquement des produits qui puissent être fabriqués avec les compétences présentes sur le territoire. Un choix qui pouvait sembler un peu étrange il y a dix ans, quand l’Asie apparaissait comme l’eldorado notamment des objets plastiques.

Pourtant Erwan Péron ne regrette pas du tout ce choix éthique, écologique et économique qui lui offre beaucoup de réactivité et de qualité. C’est ainsi chez Métagraph, à 400m de son agence de design, qu’il fait graver ses couteaux dont le manche a été tourné chez un menuisier près de Rennes. Un vrai militant du "Made in Dinan" et du "Made in France" en général.
 

Les Gavottes, la crêpe dentelle dégustée dans 60 pays
 

Symbole de la ville depuis 1963, les Gavottes sont ces fameuses crêpes dentelles inventées par hasard en 1886 par une certaine Madame Cornic à Quimper.

Depuis Gavottes est une entreprise du patrimoine vivant qui fêtera ses ans en 2020. Elle perpétue ce savoir-faire dans son ancienne usine de Taden, mais aussi  sur le tout nouveau site de Lanvallay qui s’étend sur 12 500m2.

Une centaine de personnes y travaillent. Si les machines ont un peu évolué et que de nombreuses tâches longtemps réalisées à la main sont désormais mécanisées, la recette, elle, est inchangée depuis bientôt 100 ans. 

Un milliard de crêpes sortent de ces fours, elles voyagent dans le monde entier, dans 60 pays, avec 40% des ventes réalisées à l’export (Amérique du Nord, Moyen Orient, Asie, à partir du port du Havre.
 
Vidéo Dinan ville de savoirs-faire