Langues régionales. "Cette loi, c'est la victoire de la France girondine sur la France jacobine" Yannick Kerlogot (LREM)

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Écrit par Robin Durand
Yannick Kerlogot,député LREM des Côtes d'Armor,a bataillé pour l'adoption de la proposition de loi sur les langues régionales.
Yannick Kerlogot,député LREM des Côtes d'Armor,a bataillé pour l'adoption de la proposition de loi sur les langues régionales. © Y.Kerlogot

Avec le député morbihannais Paul Molac ( libertés et territoires), le député des Côtes d'Armor Yannick Kerlogot (LREM) est un des artisans du vote de la loi sur les langues régionales adopté ce jeudi. Une victoire historique gagnée au sein même de la majorité présidentielle. Entretien.

247 voix pour. 76 contre.  La proposition de loi sur les langues régionales a été largement adoptée ce jeudi à l'Assemblée nationale. C'est un vote historique ? 

C'est une victoire historique pour tous ceux qui pensent que les langues régionales sont une richesse pour notre pays. Je veux saluer le travail de Paul Molac qui a été le rapporteur de cette loi. Je salue aussi l'intelligence collective, transpartisane des parlementaires. N'oublions pas que c'est le Sénat qui a proposé le forfait scolaire et l'immersion. Deux avancées majeures validées ce jeudi.

Dans l'histoire de notre République, c'est une victoire de la France girondine contre la France jacobine.

                                                                 

C'est aussi une bataille que vous avez dû mener aussi au sein même de la majorité présidentielle ? 

C'est clair que j'ai du faire un travail en sous-marin. Je suis d'abord aller chercher les députés concernés par les langues régionales pour leur faire comprendre les enjeux.
Cela a été pour eux l'occasion de mesurer les richesses qu'ils ont dans leur propre circonscription. Il fallait rappeler que l'on devait se donner les moyens de protéger les langues régionales, faire en sorte qu'elles survivent. On en est là aujourd'hui. Il n' y a que 100 000 jeunes locuteurs aujourd'hui. Il y a urgence.

Des maires sont inquiets car la loi prévoit le versement d'un forfait scolaire à des associations enseignant les langues régionales. Certains estiment que l'argent public doit aller uniquement  à l'école publique. D'autres craignent du coup une baisse mecanique des effectifs dans des écoles communales ? 

Ce versement du forfait scolaire ne va concerner en moyenne que quatre élèves maximum par commune et ne va bénéficier qu'à 133 écoles associatives. Certes, ces dernières vont pouvoir financer des Atsem (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles). Elles seront donc plus attractives.

Mais regardons aussi les pratiques sur les terrains. Est-ce que les maires s'interrogent lorsqu'il s'agit d'apporter des subventions aux associtaions sportives des autres communes qui accueillent aussi leurs jeunes ? 

On doit faire les parallèles, apaiser les choses. Les maires doivent prendre leurs responsabilités. Certains le font. Il faut que tout le monde le fasse. 

La loi inscrit également l'immersion dans le code de l'éducation nationale. Le gouvernement était contre craignant que l'apprentissage des langues régionales se fasse au détriment de l'apprentissage du français...

Moi je me rejouis que le méthode immersive portée par exemple depuis 40 ans par Diwan soit enfin reconnue officiellement. Comme l'a été auparavant le bilinguisme. Ca permet aussi de légitimer le versement du forfait scolaire à toutes les associations qui pratiquent cette méthode. 

Elles suscitent encore des craintes pour ce qui concerne les classes maternelles. Mais les élèves qui fréquentent ces écoles et qui ne maîtrisent pas le français sont très peu nombreux. Une chose est sure, apprendre tout petit une nouvelle langue est un plus pour la confiance en soi. Avec la méthode immersive, dès le CE1, l'apprentissage du français est très efficace.

Au Pays basque, dans les écoles immersives, la langue française est d'avantage maîtrisée que la moyenne. Le taux de reussite au bac est également supérieur. Et surtout il faut rappeler que l'immersion n'est pas seulement choisi par les catégories sociales favorisées. 

                                                                       

Le combat pour les langues régionales est encore à mener au sein de l'Education nationale, au sein de l'Etat ? 

Je n'ai pas peur de dire que les ministres se succèdent mais que les hauts fonctionnaires, eux, restent. Aujourd'hui c'est toute une culture et un logiciel au sein de l'Education nationale qu'il faut assouplir. On a encore une tradition républicaine très jacobine. 
Avec le vote de cette loi, j'espère que l'on entendra l'appel des Régions et des associations. 

Cette loi pourrait faire sauter un dernier verrou : la Ratification par la France  de la Charte européenne des langues minoritaires ? 

Pour moi c'est un combat ancien, dépassé. Mobilisons-nous sur des mesures concrètes. Aujourd'hui, l'important c'est que le Ministère de l'Education nationale accepte de déléguer aux Régions la formation quand il s'agit des langues régionales. On a une belle loi 4 D ( Différenciation, décentralisation, déconcentration, decomplexification) qui arrive. Ce sera l'objet de belles discussions.

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