Eolien en baie de Saint-Brieuc. Le référé suspension déposé par le comité des pêches examiné ce jeudi

Ce jeudi 7 octobre, le tribunal administratif de Rennes a examiné le référé déposé par le comité des pêches des Côtes d’Armor. Les pêcheurs demandent la suspension du chantier des éoliennes dans la baie de Saint-Brieuc. La décision sera rendue la semaine prochaine. 

Fatigué ! En sortant de la salle d’audience, Alain Coudray, le président comité des pêches des Côtes d’Armor se déclarait fatigué. Il faut dire que le bras de fer contre le chantier de construction des 62 éoliennes dans la baie de Saint-Brieuc dure. Et comme les manifestations sont devenues compliquées et sévèrement réprimandées, les pêcheurs utilisent la justice pour ralentir voire interdire ce chantier.

On a trouvé un moyen de les embêter, on va y aller.

Alain Coudray

"On a trouvé un moyen de les embêter, on va y aller", avouait Alain Coudray à la sortie du tribunal. Le 24 septembre dernier, le comité des pêches des Côtes d’Armor a donc déposé un référé suspension, une procédure d’urgence examinée ce jeudi 7 octobre par le tribunal administratif de Rennes. Elle vise un arrêté de la préfecture maritime de l'Atlantique réglementant les zones de pêche sur le chantier. Comme les précédentes actions des opposants, celle-ci espère mettre un coup d'arrêt aux installations d'éoliennes en mer.

Au regard des risques environnementaux, nous demandons la suspension de ce chantier.

Vincent Brengarth

Avocat du comité des pêches, Vincent Brengarth pointe les risques de pollution du chantier, s’appuyant sur deux précédentes fuites d’huile venant du bateau de forage : "Malgré l’existence de risques, malgré l’absence d’une véritable concertation, il y a une persistance de ce chantier (…) Au regard des risques environnementaux, nous demandons la suspension de ce chantier." Et l’avocat de réclamer une application rigoureuse du principe de précaution.

Il y a des espèces qu’on ne voit plus depuis que le chantier a commencé.

Sylvie Frelaut

Alors que la saison de la coquille Saint-Jacques a démarré le 4 octobre, les professionnels s’inquiètent d’une nouvelle pollution. "S’il y a une autre fuite, on fait comment ?" interroge Sylvie Frelaut, armatrice du Fury Breizh à Saint-Quay-Portrieux.

"Concernant la pollution, c'est une requête qui apparaît disproportionnée au regard de la quantité déversée", a estimé le représentant de la préfecture, faisant valoir qu'il s'agissait d'une huile (le Panolin) "dégradable à 90%".

Au-delà de ces fuites, les nuisances des travaux, entre autres sonores, envers la faune et la flore sont aussi dénoncées par les opposants. Les quantités de poissons auraient diminué. "Il y a des espèces qu’on ne voit plus depuis que le chantier a commencé", dénonce Sylvie Frelaut.

Des manquements dans les études préalables aux travaux que rapporte aussi Alain Coudray, s’amusant des argumentaires des avocats d’Ailes Marines lors de l’audience. "On savait que la roche était dure en baie de Saint-Brieuc. Pour nous, les pêcheurs, ce n’est pas une surprise", tacle-t-il.

L'Aeolus quitte la baie de Saint-Brieuc fin octobre pour l'hiver

La préfecture a mis en garde contre les conséquences d'une suspension de l'arrêté sur la sécurité maritime, rappelant les risques pour les personnes sur ces chantiers, et demandé le rejet de la requête.
Yael Cambus, avocate d'Ailes Marines, a soulevé le "coût extrêmement important" d'une suspension, jusqu'à 600 000 euros par jour. 

Fin octobre, l’Aeolus devrait quitter la baie de Saint-Brieuc pour des questions de météo. Son retour est prévu au printemps. Le tribunal administratif de Rennes, lui, rendra sa décision la semaine prochaine. 
 

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