Explosion rue de Trévise à Paris : “On a vécu des choses que peu de gens vivront et ça il faut l'accepter”

Julien se trouvait à Paris lors de l'explosion rue de Trévise à Paris. De ce moment, il retient l'incroyable solidarité des Parisiens. / © JM. Seigner - France Télévisions
Julien se trouvait à Paris lors de l'explosion rue de Trévise à Paris. De ce moment, il retient l'incroyable solidarité des Parisiens. / © JM. Seigner - France Télévisions

C'était il y a un an. Début janvier 2019, une violente explosion balaie la rue de Trévise à Paris. Quatre personnes périssent, une soixantaine de personne est blessée. Julien passait le week-end dans la capitale. Il se souvient du bruit sourd, de la générosité des Parisiens. 

Par E.C


"La solidarité des Parisiens, c'est vraiment un élément qui restera gravé. On a vécu un élan de solidarité, au moment où on est sortis de cet hôtel en ruines. Les gens ont pris des risques, à la fois pour nous sauver, nous aider à sortir, à la fois pour nous soigner, avant l'arrivée des secours. Une dame est sortie de sa maison pour venir nous panser. À la cellule de crise à la mairie du IXème, on nous a proposé à manger, un hébergement." Julien, habitant de Saint-Brieuc se souvient de ce 12 janvier 2019. Il est en week-end avec sa femme, à Paris. Une explosion a lieu rue de Trévise. Elle cause la mort de quatre personnes, dont deux pompiers, et fait plus de soixante blessés.

Ce matin-là, vers 9 h, le couple se trouve dans la salle du petit déjeuner lorsqu'il voit les pompiers arriver. Certains clients évoquent une odeur de gaz mais personne ne s'inquiète vraiment. "Les secours positionnent leur camion, préparent leur matériel devant nous." 

On a été pris dans l'explosion, au 6 de la rue de Trévise. C'est pas un bruit énorme, c'est assez sourd.

"En quelques millièmes de secondes, tout votre environnement s'effondre. Quand je dis s'effondre, ce sont les murs, les vitres, les plafonds. C'est un effet de souffle mesuré car le pompiers nous a sûrement protégé en grande partie. Le camion lui a reculé de cinq mètres avec ce souffle." Julien se rappelle que l'effarement, l'incompréhension l'emportent sur la peur, avec cette impression que le temps s'écoule indéfiniment. 

"Je me rends compte qu'avec ma femme, nous sommes mobiles. Beaucoup de gens étaient tétanisés. Moi j'étais blessé au visage. On avait peur d'un attentat, on a décidé d'aller se cacher dans une salle réservée au personnel." À Paris, dans cette période post-Bataclan et après l'attentat contre Charlie Hebdo, c'est le sentiment qui domine.

L'adrénaline fait qu'on ne sent rien

Julien décide de remonter. "On n'avait pas vu l'environnement qu'on avait quitté. Là-haut, c'était une scène de guerre. C'est difficile de mettre des mots sur cette scène. La salle était dévastée. Les gens étaient à terre. La jeune serveuse qu'on avait quittée le sourire aux lèvres, quelques minutes, avant étaient grièvement blessée." Dans la rue, c'est le même chaos, les carcasses de voitures jonchent le sol. 


Les riverains, très solidaires 


Julien et sa compagne finissent par atterrir dans une autre rue, où les riverains leur viennent en aide. "On a mesuré l'ampleur de l'explosion, la situation cauchemardesque qui venait d'arriver." Ce n'est qu'en fin de matinée qu'ils apprennent que l'explosion est dûe à une fuite de gaz. À leur retour de l'hôpital, ils sont pris en charge à la cellule de crise de la mairie du IXème arrondissement. 

On a rencontré Annie, une habitante, qui s'est démenée pour nous. Elle a demandé : 'de quoi avez-vous besoin ?' Moi à ce moment-là, j'ai perdu mes lunettes et comme je suis myope je n'y voyais plus grand chose. Le soir, elle m'a trouvée une paire. Depuis, on l'a régulièrement au téléphone. On devrait la connaître encore très longtemps.

"On ne parle pas de chance, on se dit que le destin n'était pas là pour nous ce jour-là. On est pris dans le rythme, on ne relâche pas la pression, ce qui entraîne une fatigue. Le contre-coup est arrivé plus tard." Énervement, manque de sommeil rythment leur retour en Bretagne et ponctuent encore leur quotidien. 


"On a vécu des choses que peu de gens vivront et ça il faut l'accepter."


"Les blessures physiques ne sont pas douloureuses. Il n'y a que nous qui les voyons. Il faudra faire avec. Elles nous renverront toujours à cet événement", relève Julien. "Il faut apprendre à vivre avec." Le couple a été accompagné par le psychiatre des pompiers des Côtes d'Armor, pendant cinq mois. "Ça a été la difficulté, de trouver quelqu'un ici, capable de mettre des mots sur ce qu'on avait vécu. Paris a vécu des choses ces dernières années qui fait que davantage de professionnels sont formés, face à ce genre de situation."

Julien et sa compagne ne sont pas retournés à Paris depuis. "On a n'a pas réussi à y aller. On n'arrive plus à partir seulement tous les deux en voyage." Le couple échange toujours beaucoup."On a vécu la même chose, même si les conséquences ne sont pas les mêmes. On se comprend quand ça ne va pas. C'est une chance dans notre malchance." 

Julien n'attend pas de chèque. Il attend des réponses de la justice. "On veut savoir pourquoi ça a explosé, pourquoi une explosion d'une telle ampleur à Paris, en 2019, dans une ville aussi moderne ?" "Les réparations ne changeront rien aux préjudices."

 

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