Portrait. "Sa plus belle victoire, c'est quand il a réussi à faire du vélo sans petites roues". Alexandre Léauté paracycliste sacré champion des champions Français par le journal "L’Équipe"

Il aura tout raflé en 2023 : 5 médailles d'or lors des championnats du monde de cyclisme 2023 à Glasgow et aujourd'hui, le titre de champion des champions para France décerné pour la première fois par le journal l'Équipe. Originaire de Saint-Caradec dans les Côtes-d'Armor, Alexandre Léauté est surtout l'un des plus grands espoirs de l'Équipe de France pour les JO paralympiques de Paris.

C'est une coutume que le groupe l'Équipe fait perdurer depuis 1946 : chaque année, ses rédactions élisent par un vote à bulletins secrets leurs champions des champions. Pour la première fois cette année, le journal a aussi sacré un champion et une championne parasportifs. 

Et c'est le Breton Alexandre Léauté, 23 ans et sûrement l'un des meilleurs espoirs de l'équipe de France pour les JO paralympiques qui a remporté ce premier titre. 

La récompense d'une année pleine de victoire : Lors des championnats du monde de cyclisme à Glasgow, il réalise une razzia, décrochant pas moins de cinq médailles d'or sur la piste (poursuite, kilomètre, omnium) et sur la route (course en ligne et contre-la-montre).

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Cette année, à Rotterdam, aux Pays-Bas, le para-cycliste français a aussi conservé ses deux titres européens en ligne et contre-la-montre.

Porte-drapeau de l'équipe de France aux JO de 2021

C'est en 2021, lors des Jeux Olympiques de Tokyo que cette graine de champion s'est véritablement révélée. Il y décroche quatre médailles : en argent pour le kilomètre, en bronze sur le contre-la-montre et la course en ligne et surtout, une en or sur la poursuite individuelle où il bat le record du monde. L'équipe de France le désigne comme porte-drapeau pour la cérémonie de clôture.

Pendant cette compétition, en août 2021, nous avions rencontré ses parents, très émus de voir briller leur fils au plus haut niveau après un parcours semé d'embûches. "Sa plus belle victoire, c'est quand il a réussi à faire du vélo sans petites roues, se souvenait alors Ralph son papa. C'est le souvenir que je garderai, parce que ce n'était pas gagné."

Car à sa naissance, Alexandre a été victime d'un AVC entraînant une atteinte partielle de sa motricité et le privant de 95% de la puissance de la partie droite de son corps.

"Je me rappelle de lui dans la cour à côté, il avait enlevé ses petites roues. Là, je me suis dit que tout était possible." 

Ralph

Père d'Alexandre Léauté

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En 2021, Alexandre Léauté Le para-cycliste de 20 ans offrait à la délégation française paralympique son premier titre des Jeux de Tokyo. ©FTV

Malgré ce lourd handicap, le pisteur commence les entraînements à 13 ans avec les valides. 

"Il a toujours été battant, se souvenait encore Karine, sa maman. Même quand il faisait du vélo avec les valides quand il était plus jeune, pour moi, c'était déjà un champion."

"Jamais il n'abandonnait une course. Il prenait un tour, deux tours, mais jamais, il n'abandonnait. Et ça, c'était déjà pour moi une belle victoire et un beau champion."

Karine

Mère d'Alexandre Léauté

Dans la cour de l'école aussi, le jeune sportif doit redoubler d'effort. À cause de son handicap, il est victime de harcèlement scolaire. 

"Quand je suis rentré au collège, [...] j'avais des chaussures orthopédiques, j'avais une attelle qui montait jusqu'au genou, du coup, je n'avais pas les dernières Nike, les dernières Adidas à la mode, raconte le sportif. J'étais un peu différent des autres et quand tu es différent au collège, tu subis des moqueries.

Alors aujourd'hui, pour lutter contre le harcèlement scolaire, le champion n'hésite pas à donner de son temps. Nous l'avions suivi en mars 2023 à l’école Sainte-Anne de Loudéac, où il était venu témoigner auprès des jeunes élèves. 

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À cause de son handicap, le champion Alexandre Léauté a été victime de harcèlement scolaire lorsqu'il était enfant. ©Fabrice Leroy et Jean-Marc Seigner

Désormais, le champion costarmoricain vise les JO 2024. Il espère imprimer sa marque sur le vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, et sur le bitume de Clichy-sous-Bois en conservant sur titre sur la poursuite, et pourquoi pas, en en décrochant un ou deux supplémentaires.

Avant cela, il lui faut encore se qualifier aux jeux Olympiques en marquant des points au Brésil au printemps prochain lors des Mondiaux sur piste, puis en Italie et en Belgique lors des deux Coupes du monde sur route.