Que changent les mesures agro-environnementales dans les élevages ?

Certains agriculteurs engagés dans la transition écologique n'ont pas reçu des aides pourtant programmées. Ces aides, appelées mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), sont distribuées, depuis plusieurs décennies, aux agriculteurs qui s'engagent pour l'environnement. Mais cette année, le gouvernement n'avait pas prévu assez de budget pour elles. Avant de finalement accorder une rallonge. Retour sur cet épisode houleux qui est l'occasion de découvrir les mesures qui encouragent, en agriculture, la transition écologique.

Des éleveurs bretons qui manifestent durant des mois. Des agriculteurs engagés dans la transition écologique, mais qui se voient refuser une partie des aides prévues. La bataille fait rage en Bretagne, portée par la Confédération Paysanne.

Alors, à quoi servent ces aides réclamées, appelées mesures agro-environnementales et climatiques ?

Ludovic élève 50 vaches laitières en bio. Les aides agro-environnementales, appelées aussi MAEC, il en bénéficie depuis son installation, il y a 20 ans. Car il s'est engagé à nourrir ses vaches avec quasiment que de l'herbe : "C'est de l'argent qui rétribue les efforts que l'on fait dans un choix de système qui n'est pas anodin en Bretagne. Un système vraiment herbagé comme le nôtre ou celui de mes collègues, ce sont des choix assez difficiles parfois. En tout cas, pour nous, ils sont satisfaisants et motivants. Et ils rendent service à toute la société", raconte Ludovic Billard, éleveur laitier en bio et membre de Confédération Paysanne.

Minimum 75 % d'herbe et maximum 10 % de maïs

En mai dernier, il a renouvelé son engagement à conserver, pour 5 ans, l'essentiel de ses 62 hectares en herbage : un technicien mandaté par l'État est venu valider avec lui sa demande d'aide sur la plateforme de la PAC, la Politique agricole commune. "Ce qui est le plus parlant peut-être, c'est la surface que l'on va avoir en herbe sur notre ferme. La valeur à atteindre au minimum, c'est 75 % de la surface de la ferme qui doit être en herbe, et puis c'est 10 % maximum de maïs dans la surface fourragère, mais le seuil est très bas par rapport à l'agriculture bretonne actuelle"

Plus d'herbe, pour préserver l'eau potable en Bretagne. Moins de maïs parce que trop gourmand en pesticides : un engagement contre lequel l'éleveur devrait percevoir 14 250 euros / an. Une compensation légitime à ses yeux : "C'est clair que ce type de cahier des charges, ça induit forcément sur nos fermes des systèmes qui sont un peu moins productifs en termes de quantités. On utilise vraiment que ce que l'on a sur notre ferme, donc la productivité est moins forte. On a sans doute moins de volume vendu, donc il faut le compenser quelque part, par les prix quand on peut, mais aussi par des soutiens publics".

Donnant donnant

Un donnant donnant en quelque sorte. Seule une minorité d'agriculteurs se sont engagés dans ces bonnes pratiques. Sur les 26 000 exploitations agricoles de Bretagne, seules 2 900 respectent les critères des mesures agro-environnementales. Un gros effort qui aurait pu ne pas être récompensé. Le ministère de l'Agriculture avait d'abord annoncé qu'il n'avait pas prévu assez d'argent pour financer cette mesure. De quoi soulever la colère. Une colère qu'une rallonge budgétaire du gouvernement est venue finalement apaiser.

Pour Olivier Allain, ancien vice-président de la Région Bretagne en charge de l'agriculture, et lui-même éleveur, s'entêter à restreindre ces aides aurait été incompréhensible : "Ce genre d'exploitation avec de l'herbe, c'est du stockage de carbone, c'est l'absence de pesticides, quelque part, on cumule toutes les vertus par ce genre de dispositif qui encourage une agriculture qui s'inscrit dans l'avenir."

Budget finalement revu à la hausse

L'avenir, pas si sûr. Le service qui représente le ministère de l'Agriculture en région, et qui s'apprête à distribuer les aides, reconnaît avoir réservé les MAEC aux éleveurs les plus "vertueux", sans chercher à entraîner plus d'agriculteurs : "C'est le choix que nous avons fait au niveau des services de l'État et du préfet de Région d'avoir un système un peu plus ambitieux, avec des critères d'accès un peu plus exigeants, mais avec une rémunération plus élevée et pas forcément ouverte sur tout le territoire", explique Michel Stoumboff, Directeur régional de l'Alimentation, l'Agriculture et la Forêt (DRAAF).

D'ici quelques jours, les mesures agro-environnementales et climatiques seront réparties dans les fermes bretonnes, avec un budget revu à la hausse, pour rétribuer l'ensemble des éleveurs qui travaillent à préserver leurs prairies et leurs bocages.  

Avec Myriam Thiébaut