Dépistage généralisé en Ehpad - Bertrand Coignec : "Gagner du temps dans la lutte contre l'épidémie"

Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé la généralisation des dépistages dans les Ehpad où un cas avait déjà été testé positif. Une avancée, selon Bertrand Coignec, Président de la fédération nationale de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA) de Bretagne.
7 résidents sont décédés à la résidence Edylis de Lorient
7 résidents sont décédés à la résidence Edylis de Lorient © DR
Entretien
Bertrand Coignec, Président de la fédération nationale de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA) de Bretagne


Cette généralisation va-t-elle dans le bon sens ?

C'est une bonne nouvelle. Cela va permettre d'adapter les mesures et de gagner du temps dans la lutte contre l'épidémie. Ces tests vont être réalisés par des équipes rattachées à des hôpitaux ou à des laboratoires privés de ville dont on a eu la liste cette semaine et qui sont identifiés par l'ARS sur chaque département. Sur le Finistère par exemple il y en a 5 ou 6.

Il y a déjà des moyens, mais il reste à renforcer les équipes mobiles qui vont venir dans les établissements.

Dans mon établissement par exemple, il y a deux semaines on a eu 3 cas suspects, des prélèvements ont été effectués par une équipe mobile du CHU de Brest. Tous les résultats sont négatifs et cela à permis de rassurer. Si les résultats avaient été positifs, on aurait renforcé les mesures auprès des résidents.
 

Quelle est la situation dans les Ehpad de Bretagne ?

En Bretagne, il y a relativement peu d'établissements touchés par le Covid-19. Il y a 45 Ehpad avec au moins un cas confirmé sur les 4 départements bretons [ndlr : on compte 26 décès de Covid-19 dans les maisons de retraite en Bretagne]. Ce sont des chiffres douloureux. On pense tout d'abord aux familles mais aussi aux personnels qui accompagnent ces résidents jusqu'en fin de vie, qui plus est dans une situation liée au Covid. C'est difficile.
 

Comment le dispositif de test sera-t-il déployé au sein des établissements ?

Le dispositif va mettre quelques jours à être déployé sur le territoire. L'annonce du ministre ne date que d'hier soir. J'espère que les établissements qui ont déjà des cas seront prioritaires afin de bénéficier des tests pour l'ensemble des résidents et salariés.

Ensuite, cela se fera au fur et à mesure des nouveaux cas, résident ou salarié. Mais le ministre s'est engagé à ce que tout soit mis en œuvre sous quelques jours.
 

Comment se déroule le soin des personnes contaminées dans les Ehpad ?

Les résidents qui seront dépistés positifs seront confinés et regroupés au sein d'une unité dédiée, si l'établissement le permet, afin de faciliter les soins et de limiter les risques de contagion aux autres résidents.

Aujourd'hui, les capacités hospitalières des hôpitaux en Bretagne permettent de prendre en charge les cas les plus difficiles lorsqu'il y a des complications. Mais les Ehpad sont prêts à accompagner jusqu'à la fin des résidents qui resteraient dans l'établissement, même si leur état se dégrade.


Avant l'annonce du ministre, les prélèvements étaient limités à 3 résidents par Ehpad. Bientôt on procédera à un dépistage généralisé. Que pensez-vous de ce changement de règle ?

Il y a un changement de doctrine. Quand des symptômes étaient présentés par des résidents, au delà d'un certain nombre de cas [ndlr : 3 cas] on considérait qu'ils avaient la même pathologie. Le dépistage améliore l’efficacité. L'ancienne méthode, qui relevait du principe de précaution, permettait aussi de gagner du temps en considérant la personne malade et en prenant rapidement toutes les mesures nécessaires pour la soigner et éviter les contaminations.

La généralisation des tests va permettre d'améliorer la sécurité pour l'ensemble des résidents, car elle va identifier très rapidement les résidents contaminés même s'ils n'ont pas les symptômes, c'est ça le progrès.

La fédération nationale de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées souhaite qu'on aille au delà. C'est-à-dire que l'ensemble des Ehpad de France puissent bénéficier de tests même s'ils n'ont pas de cas positifs. Cela aura peut-être plus de sens quand on va aller vers la levée, sans doute progressive, du confinement.
Les Ehpad vivent un confinement particulier car les visites sont interdites mais les résidents sont confinés dans leur chambre.
 

Comment le confinement est-il appliqué et vécu dans votre établissement ?

Les résidents mangent en chambre et on tolère que certains résidents sortent de leur chambre pour déjeuner dans la salle à manger s'ils mangent un par table, de manière isolée et par roulement, afin qu'ils puissent avoir l'occasion de sortir de leur chambre et de voir d'autres personnes. Cela est possible car nous sommes un établissement qui n'a pas de cas positif.

On commence à ressentir les effets psychologiques du confinement. On est plus préoccupés par des résidents qui paraissent plus tristes même si nous avons mis en place des moyens pour lutter contre leur solitude : des skype avec leur famille, des journaux internes. On leur lit des lettres et mails envoyés par les familles.

On se doit d'être plus attentifs aux résidents qui n'ont aucune famille et pour qui nous sommes les seuls contacts humains.

 La Fédération nationale de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA) regroupe 200 adhérents et 180 Ehpad sur les 4 départements bretons.
En France, 600 000 personnes vivent dans un Ehpad et 500 000 y travaillent.
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