Confinement : ces petits gestes qui font beaucoup pour rompre la solitude dans les EHPAD

Une pensée pour les résidents de l'Ehpad / © Les enfants de la petite section de l'école de Logonna-Daoulas (29)
Une pensée pour les résidents de l'Ehpad / © Les enfants de la petite section de l'école de Logonna-Daoulas (29)

Confinés dans leurs chambres en EHPAD, nos anciens souffrent d'isolement et de solitude. Les initiatives se multiplient pour garder le lien avec les résidents confinés. Ces petits riens, des gestes essentiels.

Par Bruno Van Wassenhove


Aujourd'hui c'est le 1er avril, Marie Stéphan, l'animatrice coordinatrice de l'Etablissement d'hébergement des personnes âgées (Ehpad) du Pays de Daoulas ne chôme pas: "On a un pot-pourri de blagues du 1er avril, on court de chambres en chambres pour faire des vannes, on rigole bien".

Des moments de détente essentiels, salutaires, dans la période très difficile que traversent les résidents des EHPAD, confinés dans leurs chambres. 
 

"L'imprimante va chauffer"


Et du travail, Marie ne va pas en manquer non plus dans les prochains jours. Pour égayer les couloirs et les chambres de son Ehpad, elle a demandé par mail à ses contacts professionnels de lui envoyer des dessins, des vidéos, des photos... De quoi ? du printemps à l'œuvre... juste là, dehors.

Le résultat ne s'est pas fait attendre : des écoles du pays, des associations, des partenaires socio-culturels, des contacts professionnels lui ont répondu. Massivement. "Je ne sais pas... je ne compte plus, depuis hier j'ai peut-être reçu une centaine de mails, des vidéos, des photos, des dessins, beaucoup de dessins... l'imprimante couleur va chauffer !"
 
"J'ai fait un dessin avec un poisson et des vagues. Gros bisous les papys mamies" (sic) / © Eleves de petite section de l'école de Logonna-Daoulas
"J'ai fait un dessin avec un poisson et des vagues. Gros bisous les papys mamies" (sic) / © Eleves de petite section de l'école de Logonna-Daoulas

L'Ehpad de Daoulas connait sa chance dans son isolement. Aucun malade parmi les 61 résidents, et aucun malade non plus parmi la petite cinquantaine d'employés. Moyenne d'âge, 88 ans. "Pas de malade, c'est vraiment une chance, nous dit Marie, mais nos résidents souffrent énormément du confinement".


Ici, beaucoup ont noué des liens d'amitié, et comme ils sont confinés chacun dans leur chambre, c'est très dur pour eux de ne plus se voir. Savoir qu'on pense à eux, recevoir ces petites attentions, c'est primordial.  Marie Stéphan


Bénéfique pour tous

 
Marie raconte. "Marcelle a 94 ans, elle a été vraiment touchée par le dessin qu'elle a reçu : un beau champ de fleurs, très coloré,...  'Accrochez-le sur la porte de ma salle de bains, comme ça tout le monde pourra l'admirer!' m'a-t-elle dit. C'est un dessin fait par l'un des enfants du personnel de la micro-crèche de Daoulas, il est vraiment super joli!" insiste-t-elle.
 
Le champ de fleurs de Marcelle / © Les enfants du personnel de la micro-crèche de Daoulas
Le champ de fleurs de Marcelle / © Les enfants du personnel de la micro-crèche de Daoulas

Car l'effet est multiplicateur. Ces attentions pour les résidents font aussi beaucoup de bien aux équipes. D'ailleurs Marie entend bien continuer de placarder partout dans les couloirs de l'Ehpad tous les selfies qu'elle a reçus des enfants des écoles du pays. "ça nous fait énormément de bien, nous nous sentons soutenus, entourés. L'extérieur vient nous aider, nous qui sommes confinés, on a besoin de ce soutien".
 
Tulipes de saison, façon fourchette / © Les enfants du personnel de la micro-crèche de Daoulas
Tulipes de saison, façon fourchette / © Les enfants du personnel de la micro-crèche de Daoulas
 

Le défi de la maîtresse


Ou plutôt, "les défis" des "deux maîtresses" : Céline et Alison. A l'autre bout de la région, elles font la classe à distance aux CP/CE1, une classe mixte de l'école Raoul Follereau à Betton, en Ille-et-Vilaine. Continuité pédagogique à fond, les enfants reçoivent leurs devoirs par mail, et là non plus ça ne chôme pas.

C'est que les maîtresses demandent de relever des défis. Celui de la semaine est d'écrire un mot, ou enregistrer une petite vidéo, ou faire un dessin pour les résidents de l'Ehpad de l'Ille, à Betton. "Les enfants et les résidents se connaissent bien en fait, nous explique Céline, ils se sont déjà vus lors d'une visite à Noël dernier, et chaque élève a un correspondant dans l'Ehpad". 
 

Lien intergénérationnel 


Briac et Marcel, deux fois sept ans, se partagent malgré tout une même correspondante, Denise, 93 ans à elle toute seule. Pour la maman de Briac, "l'expérience est très enrichissante, les enfants sont associés à une action positive".

Ils sont acteurs, ça leur donne la possibilité d'agir, dans ce contexte morose qu'ils ne comprennent pas très bien. Ce genre d'action, c'est très concret pour eux - Céline, professeur des écoles

 
Mise en abyme pour Denise : Briac dessine un bonhomme, qui dessine un bonhomme dans un tableau qui dessine un bonhomme. / © Briac, 7 ans
Mise en abyme pour Denise : Briac dessine un bonhomme, qui dessine un bonhomme dans un tableau qui dessine un bonhomme. / © Briac, 7 ans


"C'est rassurant"


Trente résidents à l'Ehpad de l'Ille, et là non plus aucun malade. "Le confinement dans les chambres a commencé lundi dernier explique Flavie Mazure, aide-soignante et animatrice. Nous faisons le lien avec les familles, nous nous occupons des liaisons Skype, ou tout simplement par le téléphone. Nous y passons beaucoup de temps, mais c'est très important."
 

Nous avons encore assez peu de dessins pour le moment, il faut le temps que ça se mette en place, mais ce genre d'attentions vers nos résidents est très bénéfique, on pense à eux, on s'occupe d'eux. Les temps sont troublés, ces contacts avec l'extérieur les rassurent énormément - Flavie Mazure

 
L'attestation de pensées affectueuses de Marcel, 7 ans
L'attestation de pensées affectueuses de Marcel, 7 ans


Ces petits mots, ces petites attentions, qu'elles soient collectives, individuelles, organisées ou spontanées, sont indispensables pour nos aînés. Ils sont confinés comme nous, et comme nous ils ont besoin de savoir, de connaître ce qui se passe dehors, comment va le monde, comment vont ceux qui leur sont chers. Ces petits riens sont des gestes essentiels à la vie.


On se quitte avec Briac, droit comme un "i", impeccable, et on se rappelle bien vite, d'accord?

 

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