Accident de travail mortel : "Depuis quand une faute d’inattention peut entraîner la mort ?"

Une soixantaine de personnes a manifesté ce samedi après-midi à Concarneau à l'appel du collectif "Familles, stop à la mort au travail". D'après l’Assurance-maladie, deux accidents du travail mortels sont recensés chaque jour en France. Des "victimes du travail" comme le mari de Danielle Rapha, à l'initiative de cette marche blanche.

"C’était ma moitié, on était très fusionnel..." Cela fait bientôt deux ans que Danielle a perdu son époux. Les mois passent mais le quotidien est toujours très difficile pour cette mère de famille : "Je suis toujours dans la tourmente, je n’arrive pas à faire mon deuil parce que ça n’avance pas."

C'est précisément pour avancer et "briser le silence qui entoure les arrêts de travail mortels", qu'une marche blanche était organisée ce samedi 24 février à Concarneau.

Beaucoup de questions et "une faute d'inattention"

Dans les rangs ce samedi après-midi, beaucoup ont perdu un proche alors qu'il travaillait comme Raphaël, le mari de Danielle. Ce Concarnois avait 53 ans quand il a perdu la vie, le 25 avril 2022, dans une usine de mareyage.

"Il semblerait que mon mari devait intervenir pour enlever de la rouille au-dessus d'un broyeur compacteur. Pour une raison qui nous est inconnue, l’enquête suppose qu'il se serait mis à cheval au-dessus de la machine et qu'elle l'aurait happé entraînant sa jambe dans le compacteur et sectionnant l’artère fémorale. Hémorragie. Ensuite, il est décédé..." explique l'épouse meurtrie.

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Samedi 24 février, une marche blanche était organisée à Concarneau pour dire stop à la mort au travail ©S. Ben Cherifa et B. Leborgne / France 3 Bretagne

Pourquoi était-il seul ? Pourquoi n'a-t-il pas pu alerter ? Où se trouvait le bouton d'urgence ? Pourquoi la machine n'était-elle pas hors tension ?... Les questions ne cessent de tourner dans la tête de Danielle, ainsi que la réponse qu'on lui a faite : "Il semblerait que ce soit une faute d’inattention... souffle-t-elle. Je veux bien, mais depuis quand une faute d’inattention comme celle-ci peut entraîner la mort ?"

Quid du rôle et de la responsabilité de l'employeur

Après des mois de combat, Danielle Rapha a obtenu une première avancée fin 2023 : le procureur a ouvert une information judiciaire au motif d’homicide involontaire et infraction connexe en lien avec le droit du travail. L'instruction est en cours... En parallèle, ses avocats travaillent sur "la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur", précise la Concarnoise.

"Il faut que l’employeur prenne ses responsabilités ! Qu’il soit amené devant le tribunal pour s’expliquer... Sachant que mon mari avait toutes les habilitations électriques pour intervenir et couper la machine." argumente la mère de famille.

Au moins 2 morts au travail par jour

En 2022, l’Assurance-maladie a ainsi dénombré 738 décès parmi les accidents du travail reconnus, soit deux morts par jour ! Mais ce nombre, déjà étourdissant ne concerne que les salariés du secteur privé rattachés au régime général de la Sécurité sociale. Ce qui exclut notamment les secteurs de l’agriculture, de la mer, de la fonction publique, les artisans et autres indépendants... Nos confrères de Politis estiment plutôt qu'au moins 903 personnes sont mortes en 2022 en faisant leur travail, et encore, c'est aussi sans compter la fonction publique et les indépendants.

"C’est énorme ! C’est traité comme un fait divers, c’est banalisé : il y a un accident du travail mortel, un de plus, voilà quoi. Il faut briser tout ça, parce qu’au-delà de ces accidents de travail mortels il y a des familles qui sont détruites. Si vous n’êtes pas bien entouré, c’est très difficile."

Un sujet sur lequel Matthieu Lépine, l'auteur du livre "Hécatombe invisible : enquête sur les morts au travail" a beaucoup travaillé :

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Entretien avec l'auteur du livre "Hécatombe invisible : enquête sur les morts au travail" Matthieu Lépine sur France 3 Bretagne samedi 24 février 2024. ©M. Kerguenou / France 3 Bretagne

La marche blanche a rassemblé ce samedi à Concarneau une soixantaine de personnes. Une première étape, pour briser le silence qui entoure les trop nombreux accidents du travail en France.