Cette année, le GR 34 fête ses 50 ans d’existence. Ce sentier de grande randonnée fait le tour de la Bretagne (et déborde sur la Loire-Atlantique). Près de 2000 km de sentier balisé de difficulté moyenne. L’occasion de découvrir des paysages époustouflants et un patrimoine très riche. Le GR34 a d’ailleurs été élu sentier préféré des Français en 2017. Il accueille chaque année de plus en plus de randonneurs. Balade entre Pays des Abers et Côte des légendes dans le nord-Finistère
 

Du côte de l'Aber Wrac'h / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Du côte de l'Aber Wrac'h / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Autour de l’Aber Wrac’h


C’est l’un des joyaux de la Bretagne ! L’Aber Wrac’h, un fleuve côtier long de 33 km qui serpente tel un fjord au milieu des prairies et des collines pour se jeter dans la Manche. A l’embouchure, une multitude d’îlots. On les découvre de loin ou de plus près, en kayak ou en bateau grâce à la vedette des Abers qui propose de jolies balades commentées aux touristes. L’île aux Américains ? Elle a été nommée ainsi car les Américains y avaient établi une base d’hydravions durant la première Guerre Mondiale.

L’île Stagadon ? Elle a appartenu autrefois au peintre Bernard Buffet. L’île Cézon ? Son fort a fait l’objet d’une belle restauration ces dernières années. Parfois, au pied des rochers, on peut apercevoir une colonie de phoques qui a élu domicile à l’entrée de l’Aber. A condition que la marée et la brume de mer ne viennent pas jouer les trouble-fêtes.

Un peu plus à l’ouest, l’Aber Benoit et l’Aber Ildut viennent compléter le trio des Abers. En passant, on peut admirer les dunes de Sainte-Marguerite sur la presqu’île du même nom, une zone protégée  bordée d’une longue plage de sable blanc. La mer, comme partout ici, oscille entre le bleu marine et le vert turquoise quand le soleil est au rendez-vous. Il flotte  comme un petit  air de Caraïbes…
 
GR34 : autour de l'Aber Wrac"h
Un reportage d'I. Rettig, JM. Piron, L. Decarsin, T. Descamps / avec Jean-Yves Jaouen, président du Comité de la randonnée du Finistère - David Kervarque, matelot et guide - Michelle et Françoise, touristes lyonnaises - Yoann Prigent, patron des Vedettes des Abers

C’est dans ce décor de carte postale que l’on peut cheminer à son rythme en empruntant le GR34, le fameux sentier des douaniers, crée en 1791 pour lutter contre les contrebandiers. Un chemin qui s’aventure au milieu des oyats, descend sur les plages, serpente au milieu des rochers ou des fougères, c’est selon.

Élu sentier préféré des Français en 2017, le GR34 est aussi le sentier favori de Jean-Yves Jaouen, le président du comité de la randonnée du Finistère. Un marcheur invétéré qui connaît son sentier sur le bout des orteils et s’émerveille à chaque virage. Et il n’est pas le seul. Si les Bretons sont nombreux à cheminer sur le GR34, les randonneurs viennent de toute la France pour découvrir des paysages de toute beauté qui changent en fonction des saisons et des lumières, une nature protégée qui ravit les amoureux de la flore et de la faune. C’est le cas de Martine et Roland, deux alsaciens qui viennent ici pour la 5 eme fois. A chaque fois, un bout de chemin à parcourir. Cette année, ils sont partis de Lochrist et marchent jusqu’à Lilia : "un petit entraînement avant d’aller randonner dans les Alpes", confie Roland, qui précise que le GR34 est très bien entretenu et balisé.

De quoi faire plaisir aux 133 baliseurs du Finistère qui, tout au long de l’année, entretiennent le chemin et apposent les repères nécessaires aux promeneurs : une marque rouge et blanche que l’on trouve tout au long du chemin et qui évite d’emprunter une mauvaise direction. Dans le Finistère, le GR34 court sur 891 km et ne présente pas de grosses difficultés, si ce n’est du côté de Morlaix avec quelques montées et descentes un peu plus périlleuses.
 
Plouguerneau / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Plouguerneau / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Plouguerneau et l’île Vierge


Le GR34 fête cette année ces 50 ans d’existence et depuis 1968, il a bien changé. A l’époque, seule une toute petite partie du chemin était entretenue et balisée. Aujourd’hui, grâce au  travail des randonneurs mais aussi des collectivités, c’est l’ensemble du parcours qui est fléché.
 
GR34 : balade à Plouguerneau
Un reportage d'I. Rettig, JM. Piron, L. Decarsin, T. Descamps / avec Bernard Simon, Trésorier Association sentiers de Brest - Joël Grall, randonneur écolo - Jean-Yves Jaouen, président du comité de la randonnée du Finistère - Nicole, randonneuse du Mans - Gilbert Ogor, Breizhenson


C’est le cas par exemple tout le long de la presqu’île qui part de l’Aber Wrac’h et se termine près de la Grève Blanche, au nord de Plouguerneau. Ici le chemin emprunte des sentiers, des plages et des petites portions de routes secondaires. Gérard, Armelle, Michel, Jean-Yves et Nicole viennent du mans et de Paimpol parcourir le GR34 pour la quatrième fois. Cette année, ils randonnent sur le tronçon qui va de Roscoff à Brest. Et si le temps et leur état de santé, ils espèrent bien faire tout le tour de la Bretagne dans les années à venir. Ici, la balade est bucolique et l’arrivée au port de Lilia d’où l’on voit bien l’île Vierge est toujours un grand moment pour les marcheurs.
 
Les randonneurs profitent du GR34 / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Les randonneurs profitent du GR34 / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Le phare de l’île culmine à 82 mètres 50 de haut, sa lanterne, elle, se trouve à 77 mètres et sa lumière est visible à 52 km à la ronde. C’est le phare le plus haut d’Europe, l’un des plus hauts du monde. Construit entre 1897 et 1902, il est depuis 2011 classé monument historique. A l’intérieur, 392 marches permettent d’accéder au sommet. Les murs sont tapissés de 12500 carreaux d’opaline qui permettent à la fois de réfléchir la lumière tout en atténuant l’humidité. A côté, on trouve l’ancien phare, une tour carrée de 33 mètres de haut construite 50 ans plus tôt. Elle servait avec le phare de l’île Wrac’h sa voisine, à signaler l’entrée de l’Aber. En 2010, le dernier gardien a quitté les lieux et le phare a, comme tous ses congénères, été entièrement automatisé.

Après Lilia, le GR34 poursuit son chemin vers le port de Kelvert, Pors Guen et la Grève Blanche, immense plage de sable blanc battue par les vents ou viennent parfois s’entraîner quelques surfeurs lorsque les conditions le permettent.
 
Balade en calèche avec Gilbert / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Balade en calèche avec Gilbert / © I. Rettig - France 3 Bretagne

C’est aussi une balade que l’on peut faire en calèche, grâce à Gilbert Ogor et à Ness son cheval Henson, une race rustique originaire de la Baie de Somme. Durant les vacances, Gilbert propose des balades dans tout le secteur pour découvrir nature et patrimoine au pas lent du cheval. Il offre aussi des hébergements, gîte et chambres d’hôtes aux touristes et randonneurs de passage.
 
Meneham / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Meneham / © I. Rettig - France 3 Bretagne

Sur la côte des légendes


Plus à l’est, la Côte des Légendes s’offre au regard émerveillé des randonneurs et des touristes : une côte sauvage, parsemée de gros rochers de granit aux formes insolites : monstres, animaux, visages humains… Des blocs très prisés des amateurs d’escalade (fin juin le site accueille Blokuhaka, un grand rassemblement de grimpeurs à main nue  venus de toute l’Europe). Annick, une randonneuse lilloise est séduite par les paysages mais aussi par ces gros blocs de pierre qui servent, dit la légende, d’abris aux korrigans.
 
GR34 : le long de la côte des Légendes
Un reportage d'I. Rettig, JM. Piron, L. Decarsin, T. Descamps / avec images aériennes Clément Le Calvé - Annick, randonneuse lilloise - Anthony Isabel, directeur de l'Office de tourisme Côte des Légendes - Françoise Lyvinec, responsable du gite de Meneham

Ici aussi, la mer affiche des reflets marine ou turquoise qui donnent envie de plonger dans l’eau fraîche. Depuis la pointe de Neïz Vran, le GR34 suit le littoral sur une dizaine de kilomètres avant d’arriver à Meneham, un ancien village de pécheurs et de goémoniers devenu aujourd’hui très touristique puisqu’il accueille plus de 100 000 visiteurs par an. Son célèbre poste de garde coincé entre deux rochers est en photo sur les cartes postales et les dépliants touristiques. Complètement délaissé dans les années 90 par ses habitants, le village a été entièrement restauré et a retrouvé sa physionomie des années 50. L’ancien casernement des douaniers accueille des artisans et des artistes. Un restaurant, un gîte d’étape, un point touristique complètent l’offre proposée aux visiteurs.
 
Des pierres imposantes / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Des pierres imposantes / © I. Rettig - France 3 Bretagne

L’été, les animations de la troupe de théâtre Ar Vro Bagan retracent l’histoire du village qui n’a pas toujours eu excellente réputation. De nombreux bateaux se sont échoués sur la côte très dangereuse et la légende raconte que les habitants venaient piller les épaves pour améliorer leur maigre quotidien voire même qu’ils provoquaient le naufrage des bateaux grâce à des lanternes accrochées aux cornes des vaches. Les fameux naufrageurs du pays Pagan, le pays païen en français ! Il est toutefois utile de rappeler que le droit de bris et de naufrage est une tradition ancienne (bien qu’interdite par Colbert en 1681, ce qui explique la présence d’un poste de garde à Meneham), appliquée dans de nombreux endroits du littoral breton, à Ouessant ou dans le pays bigouden notamment.
 
Brignogan / © I. Rettig - France 3 Bretagne
Brignogan / © I. Rettig - France 3 Bretagne

De Brignogan à Plouescat


Quelques kilomètres après Meneham, le GR34 atteint le phare de Pontusval, l’un des édifices les plus photographié de Bretagne. Perché sur les rochers au-dessus de l’eau, il a plutôt fière allure malgré son âge : 150 ans ! Un phare construit en 1869, entre l’île Vierge et Batz, pour surveiller cette côte particulièrement propice aux naufrages. Il est lui aussi classé monument historique depuis 2011.
 
GR34 : de Pontsuval à Plouescat
Un reportage d'I. Rettig, JM. Piron, L. Decarsin, T. Descamps / avec images aériennes : Clément Le Calvé - Chantal, randonneuse du Tarn - Stéphane Chaumont, botaniste et technicien a Léon Communauté


Brignogan est aujourd’hui une petite cité balnéaire paisible avec ses belles plages de sable blanc et son petit port au fond d’une crique qui fut autrefois un lieu de passage important pour les marchandises. A la mode dans l’entre deux-guerres grâce à l’arrivée du train, Brignogan a été délaissée par les vacanciers dans les années 60. Avec ses plages orientées au nord, trop loin des principaux axes de communication, la petite ville plaisait moins.
 

Puis on longe l’anse de Goulven, qui à marée basse découvre son estran sableux et ses prés salés avant d’arriver à la dune de Keremma. C’est l’un des plus longs cordons dunaires de Bretagne, classé Natura 2000 et propriété du Conservatoire du Littoral.

Stéphane Chaumont, botaniste et technicien à Léon communauté nous fait visiter les lieux. Au-dessus de la plage, la dune mobile, couverte d’oyats puis la dune fixe ou dune grise  avec ses multitudes de fleurs et de plantes : des orchidées (les deux tiers des espèces sauvages de Bretagne sont présentes ici), du thym, du lautier corniculé, du sedum, de l’asperge prostrée, une espèce  du sud qui est apparue en Bretagne dans les trente dernières années et  qui est en train de progresser.

Nous parvenons  à Plouescat au terme de notre balade sur le GR34. Une petite sieste sur la magnifique plage de Pors Meur sera la bienvenue. En chemin, nous n’avons rencontré que des randonneurs heureux, venus d’Alsace, de Lyon, de Lille ou du  Tarn, tous emballés par ce petit bout de Bretagne et le GR34 que la plupart parcourt chaque année, tronçon par tronçon.

En septembre, la fédération de la randonnée de Bretagne fête les 50 ans du GR 34. Toutes les festivités ici