Brest : "On n'est pas malheureux sur les pontons", paroles de plaisanciers confinés

Leur bateau est leur maison et c'est à bord qu'ils sont confinés. A Brest, dans la marina du Château, ils sont une dizaine à avoir choisi ce mode de vie. Ce deuxième confinement les oblige, comme au printemps, à rester à quai. Rencontres avec ces gens de mer cloués à terre.
Adrien vit sur son bateau depuis quatre ans. A défaut de naviguer, il bricole sur le ponton
Adrien vit sur son bateau depuis quatre ans. A défaut de naviguer, il bricole sur le ponton © Carole Collinet-Appéré/France Télévisions
Pieds nus et en bermuda, Adrien bricole sur un petit établi qu'il a installé face à son voilier. Le jeune homme, marin de profession, vit sur son bateau depuis quatre ans. Et comme au printemps dernier, il est confiné à bord. Alors il en profite, "pour faire ce que je n'ai pas envie de faire d'ordinaire quand il fait beau" dit-il. Lui, il aurait volontiers hissé les voiles et pris le large pour la journée, mais le confinement oblige les plaisanciers à rester à terre.

Malgré ce soleil sur Brest, cette pointe de vent idéale et la rade à portée de regard, Adrien n'a pas d'autre choix que la patience. Alors, il joue de la perceuse sur le ponton en attendant des jours meilleurs. "Je ne me plains pas non plus, raconte-t-il. A part la navigation qui me manque, cela ne change pas grand chose, si ce n'est que je vois moins de monde".


"On n'est pas malheureux sur les pontons"


Dans cette marina du Château, ils sont une bonne dizaine à habiter sur l'eau. Quand d'autres sont confinés dans des appartements ou maisons, eux, ils mesurent la chance d'avoir choisi ce mode de vie. En dépit du contexte sanitaire qui retarde, pour certains, un voyage au long cours.
La silhouette de Thierry s'active un peu plus loin, sur un autre ponton. Il devait prendre la mer le 15 novembre direction les Antilles. "Je sais que je partirai, mais je ne sais pas quand, confie-t-il. J'espère avoir une petite fenêtre en décembre, tant par rapport à la météo qu'au Covid".
 
"Je sais que je partirai, mais je ne sais pas quand" dit Thierry qui s'apprêtait à quitter Brest, direction les Antilles pour un voyage en solitaire
"Je sais que je partirai, mais je ne sais pas quand" dit Thierry qui s'apprêtait à quitter Brest, direction les Antilles pour un voyage en solitaire © Carole Collinet-Appéré/France Télévisions

Solitaire dans l'âme, il aborde ce deuxième confinement avec philosophie. Footing d'une heure sur le port chaque matin, lecture, préparation du voilier, "j'ai toujours des petites choses à faire" souligne ce retraité de 64 ans qui s'excuse du "bazar à bord. Je suis en plein avitaillement" ajoute-t-il.
Et puis, sur le bateau d'à côté,  il y a les voisins, Françoise et Philippe, avec lesquels le lien s'est noué au fil du temps. "On n'est pas malheureux sur les pontons, vous savez" sourit le couple. Ici, la vie s'écoule doucement. Confinée ou pas. "Bon, c'est vrai que l'on préférerait naviguer" finit par dire Philippe. Thierry est du même avis. "Je comprends la nécessité de réglementer pour tout le monde pareil, sans passe-droit, mais moi, je pars seul en mer, je ne risque pas de porter préjudice à qui que ce soit"


Bloqués à Brest


Pour David et Sue, l'histoire est un peu différente. Ces Anglais se retrouvent bloqués à Brest, sur un bateau qui, depuis dix ans, est devenu leur 'home sweet home'. Ils sont arrivés en juin, après le premier confinement passé en Angleterre. Ils s'apprêtaient à repartir dans leur pays. "Et nous voilà confinés à nouveau". Le couple aime voyager "de port en port", à son rythme. "On a mis un an pour faire Vannes-Brest" rigole David. 
 
David et sa femme Sue sont Anglais. Ils sont bloqués à Brest, sur leur bateau, et attendent de pouvoir naviguer à nouveau pour rentrer dans leur pays
David et sa femme Sue sont Anglais. Ils sont bloqués à Brest, sur leur bateau, et attendent de pouvoir naviguer à nouveau pour rentrer dans leur pays © Carole Collinet-Appéré/France Télévisions

Ils ne sont pas pressés de rentrer en Grande-Bretagne mais "il va bien falloir que l'on reparte un jour ou l'autre puisque nous ne pourrons de toute façon plus rester en France plus de trois mois avec ce fichu Brexit". Brest comme ville de confinement ? "On y est bien. Et puis, admet David, mieux vaut être confiné dans un pays et une ville que l'on connaît bien. On sait où se trouvent les magasins pour faire nos courses, on a nos repères"
Un confinement qu'ils acceptent avec un flegme tout britannique. "On n'a pas le choix. Même si c'est parfois fastidieux de devoir rester à la même place, de ne pas sortir ni naviguer, ce n'est pas insurmontable. C'est pas mal aussi de ralentir".


 
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