Brest. "Sonars Tapes", l'album étonnant des paysages acoustiques sous-marins

C'est à une exploration sonore des fonds marins que François Joncour nous invite avec son nouvel album, "Sonars Tapes". Cet opus est le fruit d'un projet mené avec les scientifiques du laboratoire BeBest, basé à Brest. Art et sciences main dans la main pour alerter sur l'état des océans.
François Joncour en pleine prise de son lors d'une campagne de prélèvement de coquilles Saint-Jacques avec les chercheurs de BeBest
François Joncour en pleine prise de son lors d'une campagne de prélèvement de coquilles Saint-Jacques avec les chercheurs de BeBest © Vincent Malassis

Le monde sous-marin est loin d'être aussi silencieux qu'il n'y paraît. Et ce qu'il laisse entendre est un récit complet de ce qu'il vit et de son état de santé. Le laboratoire franco-québécois BeBest, installé au sein du Technopôle de Brest, dans le Finistère, s'est donc penché sur la question. Dans une approche à la fois scientifique et artistique.

Bâtir un pont entre art et sciences pour "susciter une prise de conscience" sur les dérèglements climatiques et ses conséquences, la méthode est singulière. Elle a tout suite embarqué François Joncour. Le musicien, dont les premières compositions ont été réalisées sous l'alias Poing, aime les expérimentations sonores. Et les collaborations multiples. Entre lui et les chercheurs de BeBest, l'alchimie fut immédiate.

De la rade de Brest au Svalbard

Le projet baptisé Sonars naît en 2018 quand la salle de musique actuelle brestoise, La Carène, décide de mettre sur pieds une résidence de création "au long cours" entre des musiciens et les scientifiques de BeBest. Laurent Chauvaud, le directeur du laboratoire, étudie les écosystèmes marins dans leur aspect sonore. Une matière qui va comme un gant à François Joncour, lequel partage l'expérience avec deux autres artistes : Maxime Dangles et Vincent Malassis.

Que ce soit en rade de Brest ou même très au nord, dans le Svalbard, un archipel de la Norvège situé dans l'océan Arctique, les chercheurs de BeBest écument les mers avec leurs hydrophones pour en capturer les sons, analyser les paysages acoustiques et pointer la pollution sonore.  "Ils plongent leur micro sous l'eau pendant des semaines, relate François Joncour. Ils enregistrent les sons anthropiques, cette activité humaine dont l'impact est important sur les espèces qui vivent là, et les sons de la mer elle-même : les vagues, la houle, les courants, la glace qui se brise sous le coup du réchauffement climatique, les bruits émis par les animaux marins, des crustacés aux cétacés, etc."

Portraits sonores 

Le musicien, qui vit à Landerneau depuis plus de dix ans, ne s'est pas contenté d'écouter cette matière inédite et précieuse. Il a aussi pris le temps d'écouter les scientifiques de BeBest. Ce qu'ils avaient à dire au retour de leurs missions. "C'est ainsi qu'a commencé la résidence de création en 2018 : je leur ai posé des questions pour mieux comprendre les recherches de ce laboratoire et mieux m'approprier ce qu'ils rapportent, souligne François Joncour. J'ai pris en pleine figure la réalité et les données scientifiques sur l'écologie, sans filtre"

François Joncour compose à partir de ces témoignages. Il brosse des portraits sonores entre électro et pop, s'inspire de l'univers quotidien des chercheurs, de leurs goûts musicaux pour écrire textes et mélodies. Il les suit en mer pendant un prélèvement de coquilles Saint-Jacques, sort son micro sur le bateau, triture, malaxe, explore ensuite, entouré de ses synthétiseurs et  ses guitares. Résultat : un album "Sonars Tapes" à paraître à l'automne, dont le premier single, "Pilling underwater" ("pilonner sous l'eau"), au titre évocateur, sort ce 1er juillet.


Boucler la boucle

"Sonars Tapes" fait appel à des chanteurs et instrumentistes finistériens, comme Emilie Quinquis ou encore Mirabelle Gilis, mais aussi à la Suisso-Canadienne Camilla Sparksss et à l'Anglais Ned Crowther (qui pose sa voix sur ce premier single). Cet opus est dans la droite ligne du travail mené par François Joncour depuis plusieurs années. L'homme est un adepte du "field recording". De son road-trip dans l'Ouest américain en 2019, il revient avec des heures d'enregistrements, le bruit des lieux visités, urbains et ruraux. 

De l'album à la scène, il n'y a qu'un pas qui sera franchi en trio à Tregunc (avec Mirabelle Gilis au violon et Bertrand James à la batterie), le 23 juillet, à l'occasion du festival Trég'art & Sciences où Laurent Chauvaud animera de son côté une conférence sur ses travaux en écologie marine.

Et puis, en septembre prochain, c'est décidé, François Joncour partira dans le Svalbard avec les scientifiques de BeBest. Pour boucler la boucle,  à mi-chemin entre le reportage et la pièce musicale. Il veut se mettre réellement "dans les pas de ces chercheurs" qui alertent sur un monde en train de disparaître dans un silence criant.

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