Brest. Une dictée coquine par amour de la langue

"Un samedi soir au Vauban". Ce fut le thème de la deuxième dictée coquine qui a rassemblé une trentaine de personnes, ce jeudi soir, dans un café de Brest. L'exercice réservé aux adultes allie, selon ses ambassadrices, "goût de la langue française et esprit malicieux". Ambiance.

Quand j'ai reçu cette invitation 'venez participer à la dictée coquine #2 à Brest', elle a forcément piqué ma curiosité. Alors j'y suis allée dans ce bar de la rue Jean-Jaurès, je les ai grimpés, ces escaliers, jusqu'au premier étage où le sourire des deux maîtresses de cérémonie m'a cueillie à l'entrée. "Bonsoir, bienvenue à la dictée coquine, voici pour vous, une feuille pour écrire...". Oui, merci, mais non, je viens faire un reportage, je... oh et puis, je la prends votre copie double, soyons fous !

"Vous êtes venus pour tester votre niveau de français ?"

Dans le décor noir et or, plutôt feutré, de ce café brestois, je me pose devant une table haute et, comme la plupart des participants, je me demande où toute cette histoire va nous mener. A priori dans une chambre au Vauban, si l'on en croit ce qui se chuchote de table en table. Cette fois, le récit serait "local" et imaginé par les deux organisatrices, Cécile Huchet et Christel Bony. Il se raconte aussi que le texte serait plus épicé que la première fois. "Je vais me chercher un verre" annonce mon voisin de droite. "Vous avez bien raison, répond Christel,  parce que ça va monter en température ici". Nous voilà prévenus !

Face à moi, un couple. "Vous êtes venus pour tester votre niveau de français ou pour, enfin vous voyez ?". Lui dit : "les deux". Elle : "Pour mettre un peu de piment dans le couple". Christel prend le micro. "Vous êtes prêts ?". Elle rappelle quelques règles parce que, ne pas se fier aux apparences, il s'agit d'une vraie dictée. Avec des vraies fautes qui font perdre des vrais points. La pression n'est pas que dans les verres.

Dans le vif du sujet

L'histoire commence à la gare de Brest. Je passe sur l'arrivée du TGV en provenance de Paris duquel descend Annaïg - ou Anaïg ou Annaig, c'est libre - qui vient retrouver SilverCrush29 alias Serge avec lequel elle clavarde depuis le premier confinement. Ils ne se sont jamais rencontrés. Bref, c'est leur premier rencart. "Galant, Serge prit son bagage [...] Leurs mains s'effleurèrent"... "Avec deux 'f', c'est ça ? Oh je sais plus" soupire mon voisin de droite. Reprenons : "La tension érotique monta d'un cran, promesse d'une chaude nuit"
Dans la salle, on s'agite. "Ce serait bien d'entrer dans le vif du sujet" entend-on sur la gauche. Cécile, malicieuse, ajoute : "vous voulez dire dans le vit du sujet". Ça rigole, ça rigole ! Surtout que Serge, il avait tout prévu, même le coucher de soleil depuis le cours Dajot. Rires dans la salle. "Le  soleil qui se couche à Brest, il faudrait déjà qu'il se lève". Oh les mauvaises langues !

"Atteindre l'empyrée"

Annaïg, l'héroïne de la soirée, préfère "commencer par la fin". Voilà donc les deux protagonistes de notre histoire bras-dessus bras-dessous en direction du Vauban - qui n'est pas que l'endroit préféré au monde de Miossec mais aussi un hôtel. La chambre. La lumière tamisée. "Et dans cette atmosphère à la fois incandescente et feutrée, tout s'accéléra". "Incandesçante, rhaaaa non, c'est pas ça" s'énerve doucement mon voisin de droite qui barre le mot et recommence.

Donc, Serge et Annaïg se retrouvent sur "un canapé de cuir clair"... La suite ? Il est question de "pénis loin d'être flaccide" sous un boxer. Flaccide. Ce mot-là, il en a laissé plus d'un en sueur. Moi la première. J'ai écrit 'flaxide'. Un point de moins ! 
La fin de l'histoire évoque "l'empyrée" atteint par le couple. Ça rigole moins autour des tables. On a tous une petite idée de ce qui se trame dans cette chambre au Vauban mais de là à briller en orthographe sur un vieux substantif masculin, n'exagérons rien. 


"Plus chaud que la première"

"Il y a autant de personnes qui participent pour le goût de la langue française que pour l'esprit coquin de la dictée" sourit Cécile Huchet qui, avec Christel Bony espèrent bien ritualiser l'événement à Brest. La première est animatrice et formatrice pour adultes certifiée Voltaire. La seconde est sexothérapeute et fondatrice de SexTech for good "Une dictée tous les deux mois, ce serait pas mal. Surtout que ce n'est pas une dictée de champion, ce n'est pas scolaire. Ici, on vient sans complexe".

Le concept de la dictée coquine est né à Paris, il y a cinq ans, sous la plume de deux autrices, Aurore Ponsonnet et Sandrine Campese. A Brest, elle rassemble une majorité de femmes, "mais cela ne veut rien dire" remarque Cécile qui ajoute toutefois que "plus de femmes que d'hommes lisent de la littérature érotique". 

Emmanuelle et Laurène ont laissé maris et enfants à la maison. "Si cette dictée n'avait pas été coquine, j'aurais hésité à venir, avoue Emmanuelle. La dictée de Bernard Pivot, c'est bien mais c'est pas drôle". Les deux amies avaient déjà pris part à la première dictée brestoise en 2020. Alors, verdict ? "Je suis ravie... c'était plus chaud que la première, mais je suis certaine que ça pourrait être encore plus croustillant". A bon entendeur pour la prochaine... 
 

 

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