Camille Lecointre, entre grossesse et Jeux olympiques. Portrait d'une femme de haut niveau

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Écrit par Carole Collinet-Appéré (avec Sarra Ben Cherifa)

Enceinte de six mois, Camille Lecointre a mis sa vie d'athlète de haut niveau sur pause. Comme en 2017, pour la naissance de son fils. La médaillée de bronze de voile olympique aux JO de Pékin entend participer aux Jeux de Paris en 2024. Cette deuxième maternité freine sa préparation. Mais pas son envie de revenir plus forte.

Quand elle remontera sur son 470 cet été, Camille Lecointre n'aura pas navigué depuis presque une année. La médaillée de bronze de voile olympique aux JO de Pékin a mis sa vie de sportive de haut niveau sur pause, une longue pause, pour donner naissance à son deuxième enfant. "C'est vrai que la fenêtre la plus facile pour être enceinte, c'est la période entre deux Olympiades, dit-elle, car cela laisse du temps pour revenir".

"Mon corps doit être au top niveau"

La maternité, dans le cas de la sociétaire du Pôle France voile de Brest, c'est une question de timing. Pas le choix quand on veut concilier sa vie d'athlète et celle de mère de famille. D'autant qu'à 37 ans, Camille Lecointre n'a pas l'intention de prendre sa retraite. Et entend bien participer aux Jeux de Paris en 2024. "Il y a toujours cette idée des JO qui guide aussi la manière dont je vis ma grossesse" confie-t-elle.

J'essaie d'entretenir mon endurance par de la marche et de la natation".

Camille Lecointre

Si elle a arrêté la musculation il y a peu - elle est enceinte de 6 mois -, elle se fixe "des petits objectifs" pour ne pas perdre la forme. "Ça n'a évidemment rien à voir avec ce que je fais habituellement, rigole-t-elle, mais j'essaie d'entretenir mon endurance par de la marche et de la natation"

Elle sait que le retour sera compliqué. Elle est déjà passée par là après la naissance de son fils Gabriel en 2017. Ce qui ne l'a pas empêché de décrocher une médaille de bronze à Pékin.
Les moments de doute, le corps qui doit réapprendre l'effort physique à haute dose. La fatigue. Elle s'y attend "Je n'étais pas certaine de tenir toute une préparation pour Pékin. Les premiers mois ont été très difficiles. Mon corps, c'est mon outil de travail, il doit être au top niveau". 

"Rester patiente"

Quand Gabriel est à l'école, la navigatrice file au Pôle France pour avancer dans la préparation du bateau. "J'espère que je vais pouvoir me baisser " s'amuse-t-elle. Ce tout nouveau 470 est "encore sous plastique". Camille Lecointre doit l'accastiller pour elle et son coéquipier, Jérémie Mion. Pour Paris 2024, la discipline devient mixte.

Le duo commencera à naviguer plus tard que les autres équipages, comme celui formé par son ancienne partenaire Aloïse Retornaz et Kevin Peponnet. Des paramètres qu'elle a bien en tête surtout que les sélections pour les Jeux arriveront vite. "La maternité, ce n'est pas quelque chose que l'on peut compresser dans le temps. Donc je dois accepter, garder la tête froide et rester patiente. Et puis, Jérémie, il a très bien compris mon projet de deuxième enfant. Il en a d'ailleurs profité pour s'essayer à d'autres supports et à la course au large".

Les "child rooms" des JO de Pékin

Camille Lecointre constate que la maternité et la parentalité sont des sujets peu abordés dans le sport de haut niveau. "Mais ça progresse" reconnaît-elle. Elle évoque le Japon "où ils sont plus avancés sur la question".
A Pékin, elle se souvient des "child rooms" aménagées pour les enfants des athlètes, "avec des nounous pour veiller sur eux. C'est peut-être une chose à laquelle la France devrait réfléchir, remarque-t-elle. On aurait tous à y gagner. Savoir que son enfant est entre de bonne mains, c'est de la sérénité en plus pour faire ce que l'on a à faire à 100 %".

Selon une étude publiée par le Ministère des sports en février dernier, 61 % des sportives interrogées pensent qu'il est difficile de devenir mère tout en continuant sa carrière.
Un guide "sport de haut niveau et maternité, c'est possible" a donc vu le jour pour les accompagner et les aider. "Ce guide a vocation à éclairer leur choix et à faire en sorte qu’elles vivent sereinement ce moment clé de l’existence, déclare la ministre chargée des sports, Roxana Maracineanu. Il montre qu’on peut en ressortir plus forte, plus sereine".


A deux ans de l'échéance des Jeux de Paris, Camille Lecointre a conscience que le timing sera court. Mais, la naissance de son fils avant les JO Pékin lui a montré qu'elle pouvait relever le challenge. 

Elle espère reprendre la navigation fin août. Entre temps, elle aura emballé ses cartons et quitté Brest avec sa famille. Direction Marseille puisque c'est dans la cité phocéenne que la préparation et les épreuves de voile des JO 2024 auront lieu. "J'ai hâte, finit-elle par lâcher. Mais pas question de brûler les étapes et de risquer la blessure. Mon corps aura fonctionné autrement pendant neuf mois. Je serai vigilante".

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