Voyage au cœur de la cinémathèque de Bretagne. L’association est née en 1986 à l’initiative de quelques pionniers. Elle a pour vocation de collecter, restaurer, conserver et valoriser le patrimoine audiovisuel de la Bretagne. En 30 ans, elle a rassemblé près de 28 000 œuvres réalisées par près de 1700 déposants. Des particuliers dont les films recèlent de véritables pépites.

Les pionniers

Au cours des années 70 déjà, plusieurs personnalités bretonnes réfléchissent à l’intérêt de créer une cinémathèque en Bretagne : en 1974, René Vautier, dans le cadre de l’UPCB (Unité de Production Cinématographique Bretonne), s’active pour la création d’un Musée audiovisuel Bretagne et Mer qui intégrerait une cinémathèque et réaliserait, entre autres, un collectage de la mémoire ouvrière.

Jean-Yves Veillard, conservateur du Musée de Bretagne, collecte dès 1975 des films pour la section contemporaine du musée et en assure la diffusion. Cela l’amène lui aussi à réfléchir et à envisager l’embryon d’une cinémathèque bretonne.

A l’origine, le livre « Panorama de l’audiovisuel en Bretagne »

Dans les années 80, André Colleu est animateur Jeunesse et Sport pour le département des Côtes d’Armor (Côtes du Nord). Dans le cadre de ses activités il s’intéresse à l’audiovisuel et dresse avec Mathilde Valverde un inventaire des œuvres tournées en Bretagne. Ils en font un livre intitulé « Panorama de l’audiovisuel en Bretagne".

Forts de cet ouvrage et convaincus de l’intérêt historique et patrimonial de ces œuvres, ils vont convaincre les élus de la nécessité de retrouver et de rassembler ces films. Ainsi nait la Cinémathèque de Bretagne en 1986.

Depuis 1995 ses bureaux sont installés à Brest.

Un travail d’enquêteur

Le premier travail a donc consisté à retrouver les films. Et c’est dans les magasins de photo et auprès des vendeurs que les deux fondateurs de la Cinémathèque vont trouver les noms des familles qui achetaient des pellicules dans les années 20-30,  et qui sont aussi les cinéastes amateurs de l’époque.

En quelques mois, ils vont ainsi retrouver pas moins de 400 films dont quelques pépites : une course d’ânes chevauchés part des goémoniers hilares à Pordic en 1925, une cavalcade à Châteaulin en 1937 où défilent des hommes grimés en Hitler, Staline et Mussolini et trainant le cercueil de la SDN, ou encore une pièce de théâtre filmée en 1956 par M.Réaubourg à l’hôpital de Bégard où les aliénés internés là jouent devant le cardinal Roncalli et des militaires venus visiter l’institution.


 

Les films amateurs

La cinémathèque de Bretagne est une des premières cinémathèques de France à s’intéresser tout particulièrement aux films amateurs. Ils composent désormais plus de la moitié de son fond d’archives. Les plus anciennes archives remontant au tout début du siècle.

Ces films nous donnent à voir la Bretagne et la vie des Bretons, ici et ailleurs. Parmi ces heures de films on trouve de nombreux films de familles, de vacances, de voyage mais aussi les grands évènements qui marquent la vie des villages. Les cinéastes amateurs, ont aussi beaucoup filmé les hommes et les femmes au travail dans les champs et en mer.

Toutes ces heures de pellicules résultent de l’envie de garder une trace, un souvenir du temps qui passe, d’un mode de vie ou d’un évènement particulier.

Dans les années 70 c’est aussi la conscience du changement d’époque, d’une société en mutation et de la disparition des anciennes mœurs qui poussent les cinéastes amateurs à filmer.

Des documentaires mais aussi des fictions et des animations

A côté de ces films documentaires, on trouve également dans les fonds de la cinémathèque de nombreux films anticonformistes, mais aussi des fictions, des animations et des films expérimentaux dont certains sont distingués dans différents festivals. C’est notamment le cas des films de Jean Fraysse et dans un autre genre de Michel Body (animations).

Les films professionnels

La Cinémathèque de Bretagne collecte également des films réalisés par des professionnels. Depuis 2006, dans le cadre du dépôt régional du FACCA,  le Fonds d’Aide à la Création Cinématographique et Audiovisuelle du Conseil Régional de Bretagne dépose à la Cinémathèque un support de l’œuvre soutenue, accompagné de ses éléments de productions.

Cette mission permet d’anticiper sur l’avenir, car bien évidemment ces œuvres audiovisuelles contemporaines deviendront à long terme, elles-mêmes, des archives patrimoniales, témoignages d’une époque.

De nombreux autres films professionnels sont également déposés occasionnellement par des sociétés de production régionales, soit afin de trouver une solution de sauvegarde de leur propre patrimoine, soit dans des cas de disparition d’associations ou de sociétés, lors de liquidations par exemple.

 

La famille Beauvais

La cinémathèque compte aujourd’hui plus de 1700 déposants. Derrière chaque film amateur se cache une histoire personnelle et familiale.

La famille Beauvais

Le bureau de Jean-Pol Beauvais est une véritable salle de montage qui n’a rien à envier à celle des professionnels. Caméras, visionneuses, ordinateurs Jean Pol a ici tout l’attirail nécessaire pour tourner et monter ses films.

Un travail qu’il a toujours exercé en amateur mais avec une grande ferveur. Ses sujets de film, il les trouve sur ses lieux de vacances, comme cette série de films qu’il a réalisés en Espagne sur la sécheresse ou encore sur le village de Fomentera que les hippies dans années 70 avaient choisi comme camp de base.

Une histoire familiale, devenue histoire bretonne

Cette passion pour la réalisation de films, Jean Pol l’a hérité de son père Corentin Beauvais. Ce dernier, pharmacien de profession, acquit une caméra juste après la guerre avec laquelle il commença à filmer divers évènements essentiellement finistériens : la foire-expo de Brest en 1950, le meeting aérien de Guipavas au début des années 50, la course Falmouth-Aber Wrach dans les années 60, ou encore l’embarquement de chevaux sur l’ile de Béniget en 1956.

Ses films se sont avérés particulièrement intéressants car ils donnent à voir des paysages, des lieux, des évènements dont il ne reste pas grande trace aujourd’hui. En outre la réalisation et les cadres choisis sont particulièrement réussis. Les qualités techniques et artistiques des films de Corentin Beauvais en font donc aujourd’hui des œuvres importantes pour le patrimoine audiovisuel breton.

Des films familiaux devenus patrimoine commun à la cinémathèque

La famille Beauvais a accepté de déposer ses œuvres à la cinémathèque. L’association a donc récupéré les vieilles pellicules qu’elle a dépoussiérées, restaurées, numérisées avant de les stocker dans un lieu sûr prévu à cet effet. La famille, elle, a récupéré tous les films sur des supports DVD et conserve les droits sur ses images. Une convention de cession de droits des films est signée entre les parties qui en spécifient l’ensemble des diffusions possibles.

 

De nouvelles vies pour les archives

La cinémathèque collecte, restaure, conserve les films et vidéos confiés par les déposants mais elle a également pour mission de les valoriser. 

Cécile Petit-Vallaud est la directrice de la Cinémathèque de Bretagne. Elle nous explique en quoi consiste la mission de valorisation : « On est là pour valoriser ce patrimoine cela veut dire faire connaître ces images au public, pour transmettre ce patrimoine, le rendre vivante parce qu’il signifie quelque chose ».

Pour cela la Cinémathèque organise notamment des projections thématiques le plus souvent à Brest, à Rennes ou à Nantes. Mais la valorisation passe aussi par la signature de partenariats avec différents acteurs culturels comme des musées à l’occasion d’expositions, ou avec des compagnies de spectacle vivant qui souhaitent intégrer des images dans leurs spectacles. De nombreux ciné-concert sont par exemple organisés.

Nouveaux défis

Désormais la cinémathèque de Bretagne doit répondre à de nouveaux défis : que garder de l’énorme flux d’images et de vidéos en train de se faire chaque jour ?

Comment trier ? que quels critères choisit on les images ? Combien en conserver ? Pas facile de répondre à ces questions en Bretagne comme ailleurs. En effet ces problématiques et ces questionnements concernent toutes les cinémathèques du monde.