Coronavirus : les masques de plongée Décathlon utilisés à l'hôpital de Brest "Un vrai bon outil pour nous protéger"

Des masques de plongée fournis par Décathlon ont été adaptés et sont désormais utilisés par les personnels des hôpitaux, comme à Brest. L'usine Bic à Redon va produire les adaptateurs et pourvoir aux besoins dans l'Hexagone. 

Les soignants au CHU de Brest portent désormais des masques Décathlon adaptés, qui permettent de filtrer l'air inspiré
Les soignants au CHU de Brest portent désormais des masques Décathlon adaptés, qui permettent de filtrer l'air inspiré © Erwan L'Her

"L'équipe qui a fait les premiers tests hier a adhéré au concept et a eu l'impression qu'on avait répondu à l'un de ses premiers besoins, qui est de travailler en toute sécurité." Le professeur Erwan L'Her est le chef de service de médecine intensive et de réanimation au CHU de Brest. Ce dernier vient de recevoir 65 masques de plongée Décathlon, le modèle "Easybreath", pourvus d'un adaptateur spécifique

Ces masques deviennent des équipements de protection individuelle, pour les soignants confrontés aux patients atteints du coronavirus. "C'est une situation particulière qu'aucun professionnel de santé n'avait prévue notamment la pénurie de masques FFP2", souligne Erwan L'Her. Il ajoute : "Nous avons tellement de patients, dans des conditions difficiles, avec de nombreux gestes à risques (intubations, retourner les gens) qui génèrent ce que nous appelons des goutelettes de Pfügle, des micros particules projetées par la toux. En routine, nous avions besoin d'une protection sur tout le visage." 
Infirmières et aide-soignantes à Brest portent un masque de plongée adapté car les plus en contact avec les patients atteints du coronavirus
Infirmières et aide-soignantes à Brest portent un masque de plongée adapté car les plus en contact avec les patients atteints du coronavirus © Erwan L'Her

Cette version du masque couvre en effet le nez, la bouche, les yeux, et filtre l'air inspiré. Il est attribué à titre individuel, utilisable pendant une heure, sans effet buée. Ensuite il faut procéder à sa décontamination, pour pouvoir le remettre. Un autre nettoyage quotidien est recommandé. Quelques ajustements sont à prévoir : pour ceux qui portent des lunettes car leurs branches empêchent l'adhésion totale sur le visage. Autre critère ? Il ne faut pas avoir de barbe. Erwan L'Her qui arborait la sienne depuis 30 ans l'a rasée dès le début de l'épidémie. "Au CHU, la barbe est interdite en ce moment." "Le modèle correspond à l'usage d'une majorité, on ne peut pas avoir un système idéal" explique-t-il. 
 
Avec ses collègues, ils ont d'abord testé le masque, muni d'adapteurs imprimés en 3D, courant mars. Les tests ont eu lieu à Brest, un véritable choix car l'hôpital est connu pour ses compétences sur l'assistance respiratoire et la protection des soignants. L'épidémie de grippe H1N1 leur avait déjà beaucoup appris. 

Ce n'est pas un dispositif médical, mais bien un équipement de protection individuelle, une solution en urgence

Le professeur Erwan L'Her essaie des masques et teste embouts et filtres sur le banc installé dans son bureau
Le professeur Erwan L'Her essaie des masques et teste embouts et filtres sur le banc installé dans son bureau © C. Louet - France Télévisions


Un consortium, pour un combat collectif


Un consortium est à l'origine du projet. Son porte-parole, François Clément Grandcourt en raconte la genèse. Aux Etats-Unis, à l'université de Stanford, le professeur Prakash travaille sur un équipement de protection basé sur des masques de snorkeling : un dessin émerge. Il appartient aussi à un groupe de recherche Plankton Planet, lui-même en lien avec la fondation Tara bien connue en Bretagne. Chacun utilise son réseau pour faire appel à des industriels, capables de produire les adaptateurs. Des profils différents s'impliquent, des scientifiques en passant par les soignants, des "makers" pour l'impression 3D... Le masque a été approuvé par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Un moule est créé. C'est l'usine BIC, à Redon qui se chargera de la production des adaptateurs. François Clément Grandcourt rappelle "26 000 masques ont déjà été envoyés en France, offerts par Décathlon, à la demande des hôpitaux (répartis sur 300 centres hospitaliers et de santé, précise la marque) mais ils n'étaient pas encore adaptés." "Désormais, il s'agit de fournir ces adaptateurs, accompagnés d'une notice d'utilisation et de désinfection aux établissements qui ont déjà ces masques." Des discussions sont aussi en cours avec le Ministère de la Santé pour lancer d'autres expéditions si nécessaire.

L'équipe de Brest a lancé des essais pour adapter le masque aux patients qui sont ventilés. Le dispositif devra recevoir toutes les garanties sanitaires et réglementaires. 

***Le consortium regroupe : Recherche : Stanford University USA, Plankton Planet / Constitution et coordination du consortium pour l’Europe : CNRS, la Fondation Tara Océan / Médical et biomédical : CHRU de Brest, Centre Hospitalier Saint-Malo, Sorbonne Université, Hôpital Armand-Trousseau AP-HP / FabLab: Atelier PontonZ, UBO Open Factory / Réglementation : Evanov, Industriels : Decathlon, BIC / Autres membres du Consortium et partenaires : Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, Elliptika, FM Logistic.

 
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