Hôpital de Brest : quand un robot propulse la chirurgie de l'oreille dans le futur

Le 7 septembre dernier, le CHU de Brest réalisait une première mondiale : poser deux implants cochléaires et effectuer une tympanoplastie lors d'une même opération, sur une patiente atteinte de surdité profonde. Une chirurgie de l'oreille moins invasive. Et rendue possible grâce à un robot.

L'opération a duré cinq heures. Le Robotol offre "une qualité constante du geste. Il est plus stable que la main humaine" assure le Pr Marianowski qui a piloté cette première mondiale
L'opération a duré cinq heures. Le Robotol offre "une qualité constante du geste. Il est plus stable que la main humaine" assure le Pr Marianowski qui a piloté cette première mondiale © CHU Brest
"Ca fait bizarre, tout de même, de m'entendre à nouveau". Madeleine, 78 ans, se réhabitue progressivement aux sons, aux bruits après cinq ans d'une vie dans le silence. Retrouver l'audition, "c'est le nirvana" dit-elle en souriant.
Atteinte d'une surdité profonde et sévère, elle a reçu, en septembre dernier, deux implants cochléaires et subi une tympanoplastie au CHU de Brest. Deux opérations en une que le professeur Marianowski, chef du service ORL, et son équipe ont réalisées grâce au Robotol, un robot destiné à la chirurgie de l'oreille. C'est aussi une première mondiale car, jusqu'alors, ce robot avait permis la pose d'un seul implant dans l'oreille interne. C'était en 2019, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.


"Qu'est-ce que ça va me changer la vie !"


Une prouesse de la médecine. Un grand miracle pour Madeleine qui, depuis toutes ces années, ne communiquait plus que par écrit avec sa famille ou ses amis. "C'était devenu compliqué, explique son fils, Lionel. On est vite passé à l'écrit pour éviter les quiproquos. On ne se comprenait plus". La sexagénaire parvenait à décrypter les mots en lisant sur les lèvres, "mais cela me fatiguait beaucoup" confie-t-elle.
Alors, quand elle entend sa propre voix et celle de l'audioprothésiste, trois semaines après l'opération, Madeleine est un peu perdue. "Ca m'a fait tout drôle, se souvient-elle. Mais qu'est-ce que ça va me changer la vie !".
Madeleine, ici avec le professeur Marianowski : "le reste m'importe peu si je peux entendre à nouveau" dit-elle
Madeleine, ici avec le professeur Marianowski : "le reste m'importe peu si je peux entendre à nouveau" dit-elle © Carole Collinet-Appéré/France Télévisions
 

Une patiente comme Madeleine, dont l'anatomie de l'oreille est modifiée, aurait été difficilement opérable sans le robot. Celui-ci assure une qualité constante du geste

Pr Rémi Marianowski
 

Le chef du service ORL du CHU de Brest a pris le robot en mains cet été. "Je me suis entraîné sur des pièces en résine afin d'être à l'aise avec la procédure. C'est un outil qui se maîtrise rapidement". Le Robotol peut couvrir six axes en même temps durant l'opération. "Ce qui est impossible avec la main humaine"
 

La technique est moins invasive et ouvre des perspectives pour la chirurgie de l'oreille. Mais pas seulement. "Ce robot chrirurgical travaille sur des petits volumes, explique le Pr Marianowski, il a été développé pour l'oreille. On peut aussi imaginer qu'il pourra servir à d'autres cavités naturelles telles que le nez, la bouche".

C'est d'ailleurs tout l'enjeu de cette innovation : ouvrir le Robotol à de nouvelles applications. L'hôpital de Brest y travaille, en lien avec le LaTIM (une unité mixte de recherche de l'Inserm, l'UBO et l'IMT Atlantique) et la société Collin ORL (qui fabrique et commecialise le robot). "Cela va permettre de faire des interventions complexes par les voies naturelles, sans passer derrière l'oreille ni ouvrir le crâne, précise le Pr Marianowski. C'est aussi un confort pour le patient".
 
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