Ouessant : des îliens vent debout contre le projet d'éolienne

La construction d'une future éolienne sur un site préservé de l'île d'Ouessant fait souffler un vent de contestation. Un collectif d'opposants a vu le jour. Cette éolienne est l'un des trois volets du projet PHARES qui vise à décarbonner la production d'électricité pour les 800 habitants.
Une partie du collectif Vent de Bout sur le site de la future éolienne, à Penn Arlan, au sud-est de l'île d'Ouessant
Une partie du collectif Vent de Bout sur le site de la future éolienne, à Penn Arlan, au sud-est de l'île d'Ouessant © Collectif Vent de Bout

"L'éolienne va côtoyer un cromlech... C'est comme si on mettait une éolienne à Stonehenge ou à Carnac. On s'en prend à l'âme de notre île". Ondine Morin est guide-conférencière à Ouessant, mais également marin-pêcheur. Cette île, elle la connaît comme sa poche, elle y vit, elle y travaille et elle a beau retourner dans tous les sens le projet d'implantation d'une éolienne terrestre à la pointe de Penn Arlan, elle n'en saisit pas l'utilité. "Par rapport au saccage du site, elle est minime" dit-elle.

Levée de boucliers

Cette future éolienne va dominer la partie sud-est d'Ouessant. "Un site classé Unesco" rappelle Ondine Morin. Sa hauteur totale, pales incluses : 67 mètres. "Nos falaises les plus hautes mesurent 65 mètres, je vous laisse imaginer" ajoute la guide-conférencière.

Le dispositif est l'un des trois volets du projet PHARES (Programme d'hybridation avancée poutr renouveler l'énergie dans les systèmes insulaires) mené par Akuo Energy avec Sabella. Les deux autres portent sur l'hydrolienne et le parc solaire photovoltaïque. "Un vrai projet de territoire pour atteindre l'autonomie en énergie renouvelable, indique le maire Denis Palluel. Aujourd'hui, nous avons cette autonomie, mais au fioul. Nous voulons produire de l'énergie propre à Ouessant".

C'était compter sans cette levée de boucliers qui, depuis quelques mois, agite l'île. Un collectif baptisé Vent de Bout s'est constitué et rassemble une centaine de personnes. Il se présente comme "apolitique et bienveillant" et entend peser dans le débat "sur la transition énergétique respectueuse d'Ouessant". Devant leurs maisons, les opposants affichent clairement la couleur : des banderoles fleurissent ici et là. 

 


A Penn Arlan, on est pile-poil dans le couloir migratoire des oiseaux

Gwenaëlle Roth, co-présidente de Vent de Bout


Le maire d'Ouessant garde le cap et ne se montre pas surpris de la fronde. "Je m'y attendais" lâche-t-il. Face à lui, le collectif déroule ses arguments : "le non-respect d'un espace préservé, la menace pour la biodiversité, l'absence de consultation publique". "A Penn Arlan, explique Gwenaëlle Roth, on est pile-poil dans le couloir migratoire des oiseaux. Le lieu est vierge, il n'y a jamais eu de constructions d'habitations dans cette zone-là. C'est la partie sacrée de l'île".

La co-présidente de Vent de Bout estime que l'éolien est "une fausse bonne idée car à Ouessant, il y a trop de vent. Nous avons fait des relevés, précise-t-elle. Il s'avère que sur les mois d'automne et d'hiver où l'éolienne est censée prendre le relais du solaire, elle ne tournerait pas car, ces trois dernières années, nous avons eu 60 jours de vent à plus de 90 km/h  Et ce modèle d'éolienne se met en sécurité dès que le vent atteint 90 km/h".

Une vue aérienne de Penn Arlan, site classé Unesco. La flèche rouge matérialise l'emplacement de la future éolienne d'Ouessant
Une vue aérienne de Penn Arlan, site classé Unesco. La flèche rouge matérialise l'emplacement de la future éolienne d'Ouessant © Collectif Vent de Bout


"On est plus écolos que les écolos ici"

Le collectif Vent de Bout mise sur "la dimension pédagogique" et "la sensibilisation" des habitants. "On ne veut pas entrer dans une guerre et que cela devienne quelque chose de clanique, note Gwenaëlle Roth. On a choisi de démontrer point par point que l'on peut être contre l'éolienne mais pas pro centrale à fioul non plus". A ceux qui les taxent  de "pro nucléaire", les adhérents balaient d'un geste l'argument. "Etre pro-nucléaire à Ouessant, ça me fait rire !, lance Ondine Morin. On est plus écolos que les écolos ici, on a une vie de sous-consommation, on vit avec les richesses de la nature et on demande juste aux amoureux de l'environnement de bien étudier le projet"

La transition énergétique, oui, "mais pas à n'importe quel prix, ni n'importe comment, ajoute la guide-conférencière. Et certainement pas pour permettre aux grosses firmes de vendre leurs produits sur le dos de notre qualité de vie. On nous mène en bateau pour que l'île serve de vitrine à des industriels". "La notion d'autonomie nous tient à coeur, renchérit Gwenaëlle Roth, à condition qu'elle soit cohérente". Et pour Vent de Bout, rien, dans cette construction d'une éolienne sur la pointe de Penn Arlan, ne l'est. Pas plus que le projet PHARES "avec cette hydrolienne qui ne fonctionne toujours pas et qui consomme de l'argent public" remarque Ondine Morin. 


"Le câble sous-marin n'est pas à l'ordre du jour"

Le collectif ressort l'idée d'un câble sous-marin qui relierait l'île au continent "en attendant de vraies énergies vertes, précise sa co-présidente. Il faut avancer sur la transition énergétique sans se précipiter". Denis Palluel est catégorique : "le câble n'est pas à l'ordre du jour. Est-ce qu'un câble serait la solution compte tenu de la présence du parc marin ?" interroge le maire d'Ouessant qui vise une autonomie énergétique de 100 % à l'horizon 2030. "L'enjeu est là et pas ailleurs, souligne-t-il. Même dans le domaine des énergies renouvelables, l'activité humaine a un impact. Et il est clair que la centrale à fioul a bien plus d'impact que le projet que nous défendons".

Quant au choix de Penn Arlan pour l'éolienne, Denis Palluel affirme que "tous les scénarios ont été étudiés. Nous avons eu de longues discussions avec la Marine nationale, notamment par rapport aux radars. Il se trouve que Penn Arlan est un endroit qui ne la gênait pas".

Qu'à cela ne tienne, le collectif Vent de Bout n'a pas l'intention de lâcher le dossier. Une pétition est en ligne et a déjà recueilli près de 2.500 signatures. "On veut juste sauver la peau de notre île" assure Ondine Morin.

 

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