Pour Jean-Louis Etienne, "l'évolution de la santé des océans nous démontre que l'on est au pied du mur"

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Il se définit comme un "entrepreneur d'expédition lointaine". Depuis plusieurs décennies, Jean-Louis Etienne navigue sur toutes les mers du monde et explore les zones polaires. Avant le sommet mondial One Ocean Summit qui se tiendra à partir du 9 février 2022 à Brest et une table ronde diffusée par France 3 Bretagne, il nous livre son regard sur l'évolution des océans, baromètre de notre planète. Entretien

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En 2021, a été lancé la décennie des Nations Unis pour les sciences océaniques au service du développement durable. Il était temps? 

L'océan était jusqu'alors le "grand oublié" des discussions autour du climat. Il est pourtant essentiel dans l'équilibre de notre planète. Il faut mobiliser les recherches scientifiques et encourager l'usage de technologies innovantes pour avancer sur nos connaissances dans ce milieu. Sur l'océan, les effets du réchauffement climatique sont visibles. Prenez par exemple la côte ouest du Groenland. Il ne regèle plus suffisamment l'hiver. A une époque pas très lointaine, on ne pêchait que l'été. Mais maintenant, la période s'est allongée, les pêcheurs ne sont plus bloqués par les glaces et viennent quasiment toute l'année. Les poissons sont plus petits, il y a une surpêche évidente. A terme, cela peut faire disparaitre une à plusieurs espèces. L'océan nourrit la moitié de la planète mais il y a un pillage énorme. A certains endroits, il y a des bateaux, souvent en fin de vie et pas vraiment dans les clous qui pêchent bien au-delà de la zone autorisée. Les satellites nous permettent de voir ces bateaux. Il faut trouver un système efficace de réglementation à l'échelle internationale pour ralentir cette pêche illégale. 

Vous êtes vous même un  témoin direct, lors de vos expéditions, de ce réchauffement des océans ?

J'ai été pour la première fois au pôle nord en 1986. 24 ans plus tard, en 2010, j'ai survolé en ballon la zone que j'avais traversée à pied. Il y avait des zones "d'eau libre" au mois d'avril. On ne peut plus passer par cet itinéraire. 

Même chose en Antarctique où des plateformes glaciaires entières ont disparu. J'ai traversé l'Ice shelf du Larsen en 1989. Je ne pourrai plus aujourd'hui faire la même expédition. Les 600 premiers km de cette plateforme ont fondu. 

Le réchauffement, plus personne ne le conteste et les conséquences sur l’océan, on les paye très cher à terre. Les tempêtes tropicales qui sont classiques en Guadeloupe, Martinique à la fin de l'été quand l’océan est chaud, se sont aujourd'hui aujourd’hui transformées en cyclones, car la couche d’eau chaude est plus importante. Même chose pour les épisodes de grand vent, les "cévenols" en Méditerranée, beaucoup plus fréquents.


Vous avez foi en la nouvelle génération, qui semble plus au fait du réchauffement climatique ?
 

La prise de conscience est là mais les solutions sont complexes. Comment passer de nos besoins énergétiques qui sont carbonés à 80% en énergie décarboné? Il y a un vrai challenge comportemental mais aussi technologique. Je dis à tous les jeunes que je croise dans la rue qui me parlent de réchauffement: "Allez vite à l’école, devenez ingénieur, il faut trouver des solutions. On est au pied du mur, on a besoin d’actions rapides, il y a urgence." On a besoin de l’intelligence des jeunes. 


Un sommet comme le One Ocean Summit peut faire avancer les choses ?

Quand dans une conférence on me demande: "Et vous trouvez M. Etienne que le gouvernement en fait assez… ? " je réponds: "Et vous, que faites-vous ?"

Il n’y a pas un bouton "ON" et "OFF" à l’Elysée où l’on appuie sur le bon bouton. C'est à chacun de devenir acteur… au lieu de mettre de l’argent sur des livrets à la banque qui n’apportent rien, soyons les investisseurs. C’est cette maturité, cet entreprenariat qu’il faut avoir. 

Vous avez remarqué comme on a dans la vie des références en matière d’économie. Si l'on donne un chiffre en euro ou en dollar, ça parle à tout le monde. Par contre, lorsque l'on évoque la mesure du kilowattheure ou du terrawhattheure, il n'y a pas de référence, on ne sait pas. Et pourtant, on en consomme beaucoup des terrawattheures. C'est à chacun de changer son comportement pour réduire le réchauffement, ça commence aussi par là. 

La navigatrice finistérienne Anne Quéméré et Jean-Louis Etienne répondent dans cette vidéo à trois questions sur le One Ocean Summit. 

durée de la vidéo : 03min 04
3 questions à Anne Quéméré et Jean-Louis Etienne sur la préservation des océans ©FTV


A noter que le fond de dotation Océanopolis Acts organise à Brest, en marge du sommet One Ocean Summit, une rencontre retransmise intégralement en direct sur le site de France 3 Bretagne et sur france.tv

"Regards croisés d’explorateurs sur l’océan : du ciel à la mer" le 9 février de 17h à 18h30 à l'auditorium d'Océanopolis Brest

Avec Jean-Louis Etienne, les navigateurs François Gabart, Roland Jourdain et Thomas Rouxel, les explorateurs de Under the pole Gislain et Emmanuelle Bardout et le spationaute Jean-Lou Chrétien. 

Inscription gratuite pour participer à la rencontre sur le site de OCEANOPOLIS ACTS