La Cabine de Pages avec Annick Cojean: "J'ai vécu une histoire d'amour extraordinaire avec une maman hors du commun"

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Grand Reporter au quotidien "Le Monde", lauréate du prix Albert Londres, auteur de documentaires, Annick Cojean a également publié de nombreux livres d’enquêtes ou de portraits. Dans "Nous ne serions pas arrivées là si..." (Grasset, Le Monde), vous découvrirez une trentaine d'entretiens de grandes personnalités féminines qui dévoilent les moments fondateurs de leur parcours. Rencontre à Carantec, le fief de la finistérienne.

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Vous êtes née à Brest mais c’est ici à Carantec que vous avez désormais vos attaches?

C'est ma base, l'un des endroits que je préfère au monde, tout près de l'endroit où j'ai grandi. J'habitais un petit village à Taulé à 8km d'ici et j'allais à l'école à Morlaix à 10km de Carantec.

Ici où vous écrivez aussi?

Parfois. Beaucoup d'articles, la nuit. Il y a quelques années je venais beaucoup écrire des articles et puis maintenant des portions de livres quelques week-ends volés entre deux allers-retours à Paris.

Votre dernier livre «Nous ne serions pas arrivées là si…» publié chez Grasset en coédition avec le Monde regroupe des entretiens avec des personnalités féminines du cinéma, de la politique, de la littérature, de la musique… Des femmes qui se dévoilent, qui révèlent les évènements, les paroles, les rencontres qui les ont construites… Vous écrivez «Leur vie est un roman». Un roman qui nous parle à tous?

Oui bien sûr. C'est ça, le but du jeu. Plus elles disent JE, plus on entend NOUS. Plus c'est personnel, plus ça nous implique et plus il y a des résonnances dans nos vies personnelles. Je pense que si elles acceptent de se livrer, de raconter leurs ressorts et ce qui les a construites, faites voir détruites parfois, ce qu'il fait qu'elles sont devenues les personnages qu'elles sont, c'est parce qu'elles ont envie de partager et qu'elles pensent que cela peut nous être utile. C'est une sorte de grand chant choral de toutes ces femmes.

 

Comment choisissez-vous les personnalités que vous avez sollicitées?

Il faut que j'ai un élan, il faut qu'elles m'intéressent a priori. J'ai aussi de belles surprises et puis elles ont souvent un lien avec l'actualité, elles sortent un livre, un film, quelque chose qui les rend plus accessible. C'est vrai qu'il faut qu'il y ait un petit moteur qui me propulse vers elles.

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné chez ces femmes?

C'est leur résilience, leur courage, leur force. C'est incroyable ce qu'elles racontent, quand on prend le temps de les écouter et puis c'est incroyable la force dont elles font preuve, toutes, réellement. Elles se sont imposées dans des univers d'hommes, un monde dont les règles ont été construites, par et pour les hommes. A chaque fois, elles ont subi des humiliations, des difficultés, elles ont été rembarrées, ont subi des coups...

Il est beaucoup question de féminisme?

Bien sûr, elles le font spontanément d'ailleurs. Le mot est de plus en plus à la mode, il ne l'était pas quand j'ai commencé ces entretiens et malgré cela, tout nous conduisait à en parler. Elles sont toutes des exemples de vaillance, d'ardeur de courage et donc de féminisme.

Il est question de l’âge aussi: entre une Nancy Houston, une Mona Ozouf ou une Laura Adler qui vivent cette expérience très différemment?

C'est toujours un challenge. Virginie Despentes disait: "Je me demande bien comment on va la construire cette aventure-là": vieillir?" Et pourtant la plupart de ces femmes, quand-même, disent le vivre bien, et je pense qu'elles sont sincères.

D'abord la plupart, cela me frappe aussi, disent comme Paul Nizan qu'elles ne diraient jamais que 20 ans est le plus bel âge de la vie. Elles se sont toutes cherchées, elles ont tâtonné, elles ont vacillé et finalement passé 50 ans, elles arrivent à une maturité, une sérénité qu'elles ont toutes recherchées et qu'elles ont toutes acquises avec le temps.

Et puis c'est vrai que beaucoup disent que passé un certain âge, les exigences imposées par le genre, de séduction, de beauté, elles s'en fichent et arrivent à être elles-mêmes. Comme le dit Goria Steinem," je redeviens la petite fille qui grimpait dans les arbres et qui s'en foutait bien de savoir comment elle était habillée." A 80 ans passés, elle s'en fout à nouveau. Et je pense que c'est vrai qu'elles acquièrent une liberté qu'elles ont conquises et qu'elles assument entièrement.

J’ose une dernière question: Vous ne seriez pas arrivée là si?

Si je n'avais pas, je pense, vécu une histoire d'amour extraordinaire avec une maman hors du commun, je crois qui était d'une tendresse, d'une joie et qui m'a ouvert tous les horizons et m'a fait confiance. Et d'avoir ainsi l'horizon dégagé, lorsqu'on habite dans un tout petit village en Bretagne, ça propulse et ça donne une grande confiance en la vie

Châteaux de sable, la rubrique des jeunes lecteurs

Voilà la grande saga historique que propose depuis plusieurs années la dinardaise Anne-Marie Desplats-Duc chez Flammarion Jeunesse. Les Colombes du roi soleil.

Elle nous ramène au XVIIème siècle sous le règne de Louis XIV. Madame de Maintenon que le roi a épousé en secret a ouvert un pensionnat pour jeunes filles pauvres de la noblesse aux portes de Versailles.

Dans chaque tome, on suit une de ces jeunes filles qui écrit sa destinée. Pour ce 15ème opus, c’est Diane Courtemanche qui est l’héroïne. Elle sait monter à cheval et enfant elle préférait plutôt jouer avec une épée de bois qu’avec une aiguille. C’est elle qui, au décès de son père, va défendre la propriété familiale qu’un cousin convoite…

Aventure et courage au programme de ce renouveau de la série dont le dernier tome remonte à 2015 ! A lire à partir de 9 ans.

Autre album destiné cette fois aux 3-6 ans. «Les princesses ont les cheveux jusqu’aux fesses» que l’on doit à une autre dinardaise Jules. C’est l’histoire d’une petite fille qui rêve de faire partie du club très select des princesses à l’école… Une contrainte : avoir les cheveux très longs… Alors Louise laisse pousser ses cheveux tout l’été malgré les sacrifices… Mais à la rentrée la petite bande de pestes la rejette malgré tout…jusqu’à un rebondissement inattendu…

Un livre sur la difficulté de se faire accepter mais l’importance de rester soi-même… C’est publié chez Gautier Languereau.

La carte postale du libraire

Frédérique Carêmel de la librairie "Tournez la page" à Combourg a choisi "Marche ou crève" de Stephen King (Livre de poche)

"On va suivre l'histoire d'un jeune homme qui s'appelle Garraty qui s'est inscrit à une course qi s'appelle la longue marche réservée aux jeunes hommes de moins de 18 ans. Le but est de marcher jour et nuit à une vitesse minimum de 6,5km/h, sans jamais s'arrêter. Il y a 100 participants et un seul survivant. Il y a un suspense haletant tout au long du livre et on va être très empathique envers les participants qui ne vont pas la finir. C'est un livre qui vous prend aux tripes et qui vous donne envie de ne jamais le quitter."

Le livre fétiche d'Annick Cojean

Jim Fergus, Mille femmes blanches, Pocket

"C'est un livre formidable. C'est une histoire incroyable, c'est en 1874 le président Grant aux Etats Unis accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf: troquer 1000 femmes blanches contre des chevaux et des bisons, pour favoriser l'intégration du peuple indien. Des tas de femmes, certaines volontaires, certaines prises d'office, vont nous raconter leur intégration dans ces tribus, vot vivre des combats et on va voir la lente dégradation du peuple indien. C'est passionnant de la première à la dernière ligne, j'adore."

Le rendez-vous de Livre et Lecture en Bretagne

La Nuit du livre de Bécherel ,  27ème édition, se déroulera samedi  6 août de 10h à minuit, avec le marché aux livres mais aussi des ateliers, de la musique, des expos. Programme complet sur le site de la Maison du livre!