La Cabine de Pages avec Christian Blanchard: "Dans le roman noir, il faut avoir une approche sociale et même politique".

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Longtemps dans le milieu de l'enseignement, il se consacre désormais à l'écriture, encouragé par deux prix décrochés en 2020 pour son roman noir "Iboga". Dans son nouveau livre, il nous entraîne en Syrie sur les traces de deux frères ennemis. Rencontre à Plougastel-Daoulas.

Sur la rive d'en face, le Relecq-Kerhuon, à gauche la silhouette du pont de l'Iroise avec ses haubans élancés... Devant nous, au pied d'une petite bâtisse, souvenir d'un temps où un bac rejoignait les deux rives, la cale voit défiler les amateurs de dériveur, de paddle... C'est dans ce décor du Passage à Plougastel-Daoulas (Finistère) que Christian Blanchard avait choisi de nous donner rendez-vous...

"J'habite ici et c'est le départ d'une de mes promenades préférées, je longe la grève et je remonte par la forêt derrière. Vous avez vu la vue?!"

Si ces premiers romans se déroulaient en Bretagne et s'inspiraient de ses décors, ce n'est pas le cas du dernier "Tu ne seras plus mon frère" publié chez Belfond en février 2021. Cette fois, direction la Syrie de Bachar El Assad. 

 

 

La guerre civile syrienne vue de l'intérieur

 

"J'avais suivi la guerre civile syrienne un peu comme tout le monde assis dans mon fauteuil devant les chaînes d'information en continu. J'ai eu un syndrôme de colère car je trouvais que les occidentaux ne faisaient par leur travail, ils avaient promis des choses qui n'avaient pas eu lieu. Et puis un moment, j'ai vu un reportage qui m'a un peu interpellé, je me suis dit que cela serait intéressant que je puisse écrire sur ce sujet. Mais en prenant un personnage de l'intérieur. Je ne suis pas un journaliste qui vient voir ce qui se passe mais je prends un personnage de l'Armée Syrienne Libre qui va vivre de l'intérieur ce que nous on a vécu assis dans nos fauteuils."

 

 

Un gros travail de recherche

Mais pour que tout soit le plus proche de la réalité du terrain, l'auteur a mené un travail de fond. "C'est le livre où j'ai le plus investi en amont. Gros travail de recherche d'abord parce que je voulais être le plus clair possible par rapport au déroulement des faits et puis la difficulté, c'était de se mettre dans la peau d'un des militaires qui se prenait les bombes, et qui vivait cette guerre-là vue de l'intérieur."

Ce roman suit l’histoire de deux frères franco-syriens qui deviennent ennemis quand la guerre civile éclate en 2011. L’un rejoint la rébellion, l’autre reste fidèle défenseur du régime de Bachar El Assad… 8 ans plus tard, en France, on les retrouve autour d'une assistante sociale chargée d’accueillir les enfants de djihadistes français de retour de Syrie. Une idée née à l'occasion d'un reportage dans lequel un militaire syrien s'inquiétait de l'avenir de ces enfants: seraient-ils des bombes à retardement?

Dans son roman, Christian Blanchard lui aussi s'interroge. "Je pose la question dans le livre, mais je ne donne surtout pas de réponse car je ne l'ai pas. Une chose est sûre, c'est que l'on va avoir un retour de ces enfants un jour ou l'autre. En gros, il y a une trentaine d'enfants qui sont rentrés actuellement, il y en a près de 300 qui sont encore là-bas et on est incapable de dire si ces enfants là, sont des bombes à retardements. De la manière dont ils ont été éduqués par Daesch, est-ce irreversible ou pas? On n'a pas la réponse et pour l'instant, les pays occidentaux, il n'y a pas que la France mais aussi la Belgique, l'Allemenagne ect... ne font rien, laissent pour l'instant l'affaire pourrir mais à un moment ou un autre il faudra s'occuper de ces enfants."

Interpeller le lecteur, poser des questions, voilà une fonction qui semble essentielle à l'auteur finistérien. "Dans le roman noir, il faut avoir une approche sociale et même presque politique du sujet que l'on traite." 

 

 

Pour les jeunes lecteurs

 

Nous parlions de ces frères si différents… Pourtant la différence est le plus souvent une chance, comme en témoigne ces deux livres…

Les bons comptes font les bons amis, de Jean-François Dumont aux Editions du père Castor. C'est l'histoire de ce mouton Robert qui ne ressemble à aucun autre, et que toute la ferme appelle Einstein… car il a une particularité, il passe son temps à compter…Une lubie qui va finir par l’isoler du troupeau… mais qui va finalement aussi tous les sauver…

Je ne m’appelle pas Alfred, Ben Manley, Aurélie Guillerey, Little Urban : Quand la différence est salutaire…C’est aussi le message d’Alfred qui a un fabuleux pouvoir, une imagination débordante…En fait, il est un alpiniste incroyable, ou il est Xélon Sibérion, le chevalier intergalactique, ou le professeur petokasque… Avec les illustrations toujours fabuleuses de la rennaise Aurélie Guillerey.

 

La carte postale du libraire 

 

 

Frédéric Lorand de la librairie Ty Bull Tome 2 à Rennes a choisi  Il partage un de ses coups de cœur. Les amants d'Hérouville de Yann Le Quellec, Thomas Cadène et Romain Ronzeau. (Delcourt).

"Cette bande-dessinée parle des studios d'Hérouville près de Caen fondés par Michel Magne dans les années 70, où se sont cotoyés les plus grands de David Bowie à Elton John, en passant par Johnny Halliday, des dix ans d'existence de ces studios et de la vie personnelle de Michel Magne, intimement mêlée à sa créativité musicale. Une très bonne BD ensoleillée qui vous fera passer un bel été."

 

Le livre de l’été

 

 

Christian Blanchard  a choisi La Vallée des ombres de Xavier-Marie Bonnot (Belfond)

"C'est un roman noir et il y a une histoire entre un fils et un père. On va redécouvrir le milieu social cabossé d'une partie de la montagne, des vallées industrielles beaucoup d'émotion et d'histoire. Je le conseille."

 

Le rendez-vous conseillé par Livre et Lecture en Bretagne.

Prenez le large, pour le 10ème salon du livre de Groix pour rencontrer autour des halles de nombreux auteurs locaux.