"C'est l'aboutissement de la politique de francisation de la Bretagne", une association appelle l'Unesco à protéger les noms de lieux-dits en breton

L'association Koun Breizh, "Souvenir breton" en français, demande l'inscription en urgence des lieux-dits bretons au Patrimoine immatériel de l'Unesco. Elle estime qu'ils sont menacés par le formatage des adresses postales imposé par la récente loi 3DS. Une loi destinée à faciliter la distribution du courrier, des livraisons et des secours.

Une association bretonne a adressé une requête à l'Unesco afin d'obtenir l'inscription "en extrême urgence de la toponymie bretonne (...) sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente", estimant que les lieux-dits en langue régionale sont menacés par le formatage des adresses postales imposé par la loi.

En vertu de la Loi 3DS ("différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification"), adoptée en février 2022, les communes "doivent dénommer les voies et les lieux-dits, donner un numéro à chaque usager et fournir l'adressage au format Base Adresse Locale dans la Base adresse nationale", écrit l'association Koun Breizh ("Souvenir breton") dans un communiqué. 

Pour l'association, cet adressage "conduit de manière silencieuse à la débretonnisation" de nombreux lieux-dits, parfois sans que les élus ne le mesurent. 

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L'article 169 de la loi 3DS concernant l'adressage est destiné à simplifier les échanges de données. "Bien des petites communes ne disposaient d'aucune adresse, ce qui pénalisait les services, au premier rang les administrés et les communes elles-mêmes", peut-on lire sur le site data.gouv.fr.

En mars 2024 déjà, le village de Plouégat-Guérand, près de Morlaix, dans le Finistère, s'est battu pour garder les noms bretons de ses 140 lieux-dits. La petite commune de 1065 habitants avait obtenu gain de cause auprès de La Poste qui s'est engagée à s'adapter aux décisions de la commune.

Des lieux-dits qui disparaissent

Cependant, selon l'association, "pour des raisons techniques, il arrive que les lieux-dits disparaissent au moment de la saisie dans la Base Adresse Locale gérée par La Poste" car "les règles fixées par le logiciel informatique privilégient les noms de rue et prennent le pas sur une toponymie ancestrale en langue bretonne, occasionnant une perte inestimable", considère Koun Breizh.

Avec la loi 3DS (...) c'est l'aboutissement de la politique de francisation de la Bretagne.

Association Koun Breizh


"Il n'existe plus aucun lien entre le nom et la parcelle de territoire ainsi nommée, alors que le nom en langue bretonne indique toujours une caractéristique liée à l'histoire du lieu, à la nature du sol ou à sa situation dans son environnement", souligne l'association.

"Avec la loi 3DS (...) c'est l'aboutissement de la politique de francisation" de la Bretagne, assure-t-elle.

La langue bretonne  "gravement menacée" pour l'Unesco

Dans ce contexte, Koun Breizh "sollicite un moratoire sur l'application de la loi 3DS, le temps que l'on puisse dresser un bilan fiable et précis des atteintes infligées" à cette toponymie bretonne "millénaire".

Les opérations d'adressage doivent se poursuivre jusqu'en juin pour les petites communes de moins de 2.000 habitants, rappelle l'association.

Avec un peu plus de 200.000 locuteurs actifs, dont près de 80% de plus de 60 ans, la langue bretonne est considérée comme "gravement menacée" par l'Unesco.