Sécheresse. Cet agriculteur plante des arbres pour lutter contre l'assèchement des sols

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Écrit par Carole Collinet-Appéré (avec Julie Jeunemaître))

Associer arbres, cultures et animaux, c'est le pari que s'est lancé Jean-Yves Masson. Cet éleveur et producteur de légumes du nord-Finistère a mis l'agroforesterie au coeur de son métier. Les arbres qu'il a plantés sont encore tout jeunes mais il sait qu'à terme, ils seront des boucliers contre l'assèchement des sols.

"Vous voyez, là ? Il est bien parti ce cerisier. Reste plus qu'à le tailler pour qu'il pousse droit". Jean-Yves Masson arpente ses champs, du côté de Saint-du-Doigt, dans le Finistère. L'homme est éleveur de vaches laitières et producteur de légumes. Il vient de planter 350 arbres sur ses terres, "à raison d'un arbre tous les six mètres, ça représente deux kilomètres de rangées" souligne-t-il.

L'agroforesterie, "un pari sur l'avenir"

Cet agriculteur s'est mis à l'agroforesterie. Une pratique qui associe arbres, cultures et animaux sur une même parcelle. Un pari sur l'avenir pour faire face au réchauffement climatique, protéger ses bêtes et les sols qui s'assèchent de plus en plus vite et de plus en plus tôt. Comme c'est le cas en ce moment

Jean-Yves ramasse une motte de terre qui s'effrite. "Il est temps qu'il commence à pleuvoir, dit-il. Il n'y a pas encore péril en la demeure mais si, d'ici une semaine, il ne pleut pas, je vais devoir sortir l'enrouleur et arroser les plants de légumes en puisant dans les retenues d'eau que j'ai constituées avec les pluies de l'hiver".

Planter des arbres est une solution alternative pour lutter contre cette sécheresse récurrente et garder les cultures et les vaches au frais. "Je les ai plantés dans le sens Nord-Sud, explique Jean-Yves. Quand le soleil se lève, on va pouvoir conserver un maximum de rosée sur l'herbe pour qu'elle sèche moins. Pareil au moment du coucher de soleil : l'ombre sera portée le plus loin possible sur les champs".

Symbiose entre l'arbre et les cultures

L'exploitant finistérien a pensé à tout, y compris à planter du mûrier blanc et du frêne au cas où ses bêtes n'auraient plus rien à manger si la terre venait à griller trop fort. "Il suffira de couper les branches et elles pourront se nourrir avec ça".

Jean-Yves Masson s'est beaucoup documenté sur l'agroforesterie qu'ils sont quelques-uns à pratiquer dans le Finistère. "Avant on abattait les arbres pour agrandir les parcelles, indique-t-il. Faire le chemin inverse, c'est une solution durable au profit des générations futures".

L'arbre a cette particularité de conserver l'eau autour de lui. "Il a la faculté d'aller la chercher en profondeur avec ses racines, précise l'éleveur. Elle passe dans ses feuilles qui, en tombant à l'automne, apportent des oligo-éléments au sol".

Une restauration naturelle de la fertilité du sol qui évite l'utilisation d'intrants dans la production. "Cet aulne, par exemple, pointe Jean-Yves, il peut prendre l'azote de l'air et le restituer dans ses racines. C'est bénéfique. Il se crée une symbiose entre l'arbre et les cultures".

L'agriculteur pourrait discuter des heures sur le sujet. En intégrant l'agroforesterie à son exploitation, il revient aux origines d'une pratique ancienne. Il redonne sa place à l'arbre que le modèle agro-industriel des années 70 avait chassé des champs.