"Toute ma vie est ici", menacé d'expulsion malgré une intégration réussie, Alhassane s'en remet à la justice

Le tribunal administratif de Rennes s'est penché, ce 17 avril 2024, sur la menace d'expulsion qui vise Alhassane, un jeune Guinéen de 21 ans arrivé en France en 2018. Il a construit sa nouvelle vie près de Morlaix, au sein d'une famille qui est devenue la sienne.

Alhassane Kaba partage la vie d'une famille bretonne depuis 5 ans, près de Morlaix. Le jeune Guinéen de 21 ans est menacé d'expulsion, après que la préfecture du Finistère lui a refusé son titre de séjour et signifié une obligation de quitter le territoire (OQTF).

Le tribunal administratif de Rennes a examiné, ce mercredi 17 avril 2024, la légalité de l'arrêté d'expulsion, à la demande de l'avocate d'Alhassane, Me Lucie Clairay, laquelle réclame l'annulation de cette OQTF et la délivrance d'une carte de séjour temporaire.

"Une intégration qui sort du lot"

Le jeune Guinéen n'est pas seul dans son combat. Sa famille d'accueil et sa petite amie le soutiennent et l'ont accompagné à cette audience devant la justice. "Il fait partie de notre vie, raconte Sandrine Corre, sa mère adoptive. C’est notre enfant aussi. Il a une influence incroyable dans la maison. Il est bienveillant, protecteur envers nous. On a tellement partagé de chose que l’imaginer en Guinée, ça nous angoisse".

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Après avoir grandi dans la rue, en Guinée-Conakry, Alhassane est arrivé en France en 2018. Il a traversé seul la Méditerranée pour rejoindre Paris. C'est dans le Pays de Morlaix qu'il a trouvé refuge et construit sa nouvelle vie.

Bac professionnel microtechnique en poche, il est, depuis septembre 2023, en BTS au pôle formation de l’Union des industries et métiers de la métallurgie à Brest. Une formation qu'il doit mener en alternance dans une entreprise avec, à la clef, une promesse d'embauche.

Devant les juges du tribunal administratif de Rennes, son avocate a insisté sur la capacité d'intégration du jeune homme, "qui sort du lot" selon elle. "Il se retrouve dans une situation aberrante où il doit démontrer que ses parents biologiques l'ont abandonné, a-t-elle expliqué. Dans son pays d'origine, il ne connaît personne. Ce serait un désastre s'il était expulsé".

J'ai toute ma vie ici, en France. Ma copine, ma famille, mes amis qui m'ont redonné le sourire

Alhassane Kaba

Alhassane a pour sa part rappelé qu'il avait "toute [sa] vie ici, en France". "J'ai ma copine que j'aime énormément, ma famille, mes amis, des personnes qui m'ont redonné le sourire et dont je n'imagine pas me séparer" a-t-il témoigné, ajoutant qu'il vivrait son expulsion comme "une double peine".

Le représentant du préfet du Finistère a campé sur ses positions, soulignant que le jeune Guinéen était "arrivé irrégulièrement sur le territoire. Il n'existe pas de droit automatique de séjour et il ne suffit pas de passer par voie de presse ou d'élus pour mettre l'État au pied du mur" a-t-il martelé.

En attendant la décision du tribunal administratif de Rennes, qui devrait être rendue d'ici un mois, Alhassane garde espoir. La pétition lancée en février 2024 pour dénoncer son expulsion et le soutenir a recueilli près de 33.000 signatures.

(Avec PressPepper)