VIDEO. SNCF. Pourquoi ils se mobilisent pour sauver les lignes de trains de proximité

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Les TER circuleront-ils à nouveau entre Morlaix et Roscoff ? La bataille du rail est engagée dans ce coin du nord-Finistère, depuis la fermeture de la voie en 2018. Un collectif a vu le jour et se mobilise pour sa réhabilitation. En Bretagne, le réseau Breizhgo compte aujourd'hui 1.200 km de lignes en fonctionnement.

La ligne ferroviaire entre Morlaix et Roscoff n'a pas vu l'ombre d'un train depuis le 3 juin 2018. Et les violents orages qui ont provoqué une coulée de boue, détruisant une portion de la voie à hauteur de Sainte-Sève. C'est même par camion que le TER, coincé par les inondations, avait été rapatrié à Morlaix.

Depuis, rien. La voie continue de se dégrader. Les usagers se mobilisent mais le dossier, lui, est au point mort. Dans l'intervalle, des cars de substitution ont été mis en place par la Région Bretagne.

"C'est du transport de proximité"

Un collectif a vu le jour dans ce coin du nord-Finistère, en novembre dernier, réunissant associations d'usagers, élus, organisations syndicales et partis politiques. Il réclame la réouverture de la ligne et entend le dire plus haut et plus fort, ce samedi 21 janvier, à Roscoff, lors d'une manifestation. "Il y a des voies ferrées qui ont été abandonnées depuis 30 ans et qui sont remises en activité, relève Loïc Le Gall, membre de la CGT Cheminots. Donc sur Morlaix-Roscoff, cela ne pose aucun problème. Il est bien évident qu'il faudra changer les traverses, les rails et le ballast. Mais, après, ce sera exploitable bien-sûr".

Personne, au sein de ce collectif, n'a oublié la déclaration d'Emmanuel Macron, en juillet 2020, dans laquelle le chef de l'Etat dit vouloir "redévelopper les petites lignes de train". A l'heure de la transition énergétique et de la décarbonation, les défenseurs de la ligne Morlaix-Roscoff travaillent leur argumentaire. L'urgence climatique, le développement et l'attractivité du territoire sont autant de points qui, selon eux, mettent en évidence le retour au transport ferroviaire pour les voyageurs et le fret.

La mobilisation de samedi prochain vise d'ailleurs à peser dans la décision de l'Etat et de la Région Bretagne de rénover ou pas cette infrastructure. Coût estimé du chantier : 50 millions d'euros. "C'est une somme relativement négligeable surtout quand elle est partagée par plusieurs collectivités, par l'Etat et la SNCF, observe Ismaël Dupont, conseiller départemental (PCF) du Finistère. Sachant que derrière, ça peut servir à la fois aux travailleurs, aux étudiants, aux personnes âgées. C'est du transport du quotidien et de proximité". Et d'ajouter : "La France est l'un des pays européens qui investit le moins sur le ferroviaire : 45 euros par an et par habitant, alors que c'est 271 euros en Autriche ou 125 euros en Allemagne". 

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Reportage de Mathieu Herry et Régis Massini ©France 3 Bretagne

 

"La ligne a de l'avenir"

L'avenir de la ligne Morlaix-Roscoff figure bien au contrat de projet Etat-Région qui sera prochainement discuté. "Des études vont d'abord être conduites pour approfondir la démarche, nuance Michaël Quernez, vice-président en charge des mobilités à la Région Bretagne. On va s'assurer qu'il y a une vraie demande et donc un vrai potentiel de développement. Ensuite, on regardera évidemment en termes d'infrastructure quel serait le montant des travaux que nous devrions consentir puisque la ligne est malheureusement très dégradée. Morlaix-Roscoff, c'est une ligne dite fine de territoire. C'est un sujet qui nous préoccupe et nous y travaillons d'arrache-pied ".

Cette étude de faisabilité de 500.000 euros est sur les rails. De quoi revigorer localement les esprits qui militent pour que cette ligne TER reprenne du service. "La manifestation de samedi, ce n'est pas celle de la dernière chance" disent-ils, même s'ils ont conscience que la SNCF, avant le déluge de juin 2018, avait déjà réduit le nombre de trains en circulation et supprimé des passages à niveau. "La ligne a de l'avenir, plaide Ismaël Dupont. Les présidents de Région, dont celui de la Bretagne, ont appelé à un 'choc ferroviaire' dans une tribune récente. Prenons-les au mot et faisons que ces dessertes ferroviaires de proximité soient privilégiées".

En Bretagne, plusieurs collectifs portent d'autres projets de réouvertures de petites lignes de train, comme celles d'Auray-Quiberon, Saint-Brieuc-Auray ou encore Rennes-Fougères.

14 millions de voyages sur le réseau Breizhgo 

Toutefois, où en est aujourd'hui la région dans ses liaisons du quotidien ? Le réseau Breizhgo compte 1.200 km de lignes en fonctionnement, 400 TER et totalise 14 millions de voyages en 2022. En moyenne, 35.000 Bretons prennent le train chaque jour pour se rendre à leur travail, notamment. Comme dans ce TER qui relie Rennes à Saint-Malo. "C'est un temps utile, dit cet homme. C'est 40 minutes où on peut travailler, où on ne perd pas son temps".

Ces liaisons du quotidien sont plébiscitées. "Près de 30 % de fréquentation en plus par rapport à la même période, avant la crise Covid, à savoir septembre-octobre 2019, remarque Michaël Quernez. Avec le revers de la médaille : 15 % de nos trains sont saturés aujourd'hui" constate-t-il.

Plus de trajets et des travaux sur les voies permettraient de résoudre cette saturation. Depuis 2013, cinq lignes ont été rénovées. Une sixième, reliant Dinan à Lamballe, le sera en 2024. Trois autres (Morlaix-Roscoff, Auray-Quiberon et Guingamp-Carhaix) sont à l'étude. Coût de ces travaux : 88 millions d'euros supportés par la Région Bretagne. "Le train coûte 110 millions d'euros à la Région chaque année, souligne le vice-président en charge des mobilités. Notre objectif est de multiplier par deux la fréquentation des TER d'ici 2040 mais cela représentera 180 millions d'euros de déficit. L'équation financière n'est pas tenable. La question des ressources est donc posée".

La Bretagne est la région française où la fréquentation des TER augmente le plus.

(Avec Krystel Veillard et Mathieu Herry)

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