Une digue de l'île de Sein endommagée par les grandes marées. L'usine de désalinisation menacée par les eaux

C'est un vrai coup dur pour l'île de Sein et les Sénans. Suite aux grandes marées de ce mercredi 22 et jeudi 23 mars, la digue qui protège le phare des assauts des vagues a en partie lâché. Déjà endommagée en 2019, la digue ne peut plus remplir complètement sa fonction de protection. L'usine de dessalement d'eau et les groupes électrogènes pourraient être menacée par les eaux. Les travaux de consolidation tardent à être réalisés.

C'est un tweet d'Anne Jouan de ce samedi 25 mars qui nous a alerté sur les dégâts provoqués par les grandes marées de cette semaine sur l'île de Sein. Elle y poste une vidéo de la digue communale qui sert de protection au phare et qui est en partie détruite. On y voit des blocs de béton désolidarisés les uns des autres et certains jonchant sur la grève.

Anne Jouan s'émeut du fait que l'eau puisse entrer et endommager cette usine de dessalement et son osmoseur, qui se situe à moins d’une cinquantaine de mètres de la digue détruite. 

Des travaux de consolidation qui se font attendre

Contacté, le maire de Sein, Didier Fouquet, précise que la partie de la digue qui a cédé date de 2011. L'infrastructure a déjà été endommagé en 2019. "Jusque-là, les blocs de béton tenaient encore les uns sur les autres, mais là, lors des gros coefficients, ils se sont écroulés sur la grève" constate le maire.

Et la situation ne s'arrange pas au fil des marées et des années. Alors qu'il aurait fallu envisager des travaux de consolidation rapidement, les démarches en sont encore au stade d'étude.

Pointé du doigt par certains Sénans, le maire se défend derrière le fait que la décision de réparation ne peut venir que de la seule commune.

"Dernièrement, on nous a dit qu’avant d’envisager les travaux, il fallait maintenant faire une étude d’impact. Mais avant de parler des impacts sur la faune, la flore et les courantologies, il faudrait comprendre avant tout que cette digue, c'est nous qu’elle protège et plus particulièrement notre usine d’eau potable" explique l'édîle. Et de rajouter "À la prochaine tempête, les galets auront encore avancé".

Des administrations qui se renvoient la balle

Quant à savoir pourquoi les travaux de consolidation de la digue, si importants pour la sécurité de l'usine de dessalement, tardent à être réalisés, Didier Fouquet évoque la complexité administrative de l'affaire : "Tous les ouvrages portuaires sont de la compétence de la Région. Mais cet ouvrage ne protègent pas le port, donc il est de la compétence de la commune. Refaire cette digue de 50 m, c’est 800 000 euros de travaux. Nous ne sommes pas rattachés à une communauté de communes. L’eau et la gestion des déchets coûtent déjà très cher. Là, je ne peux pas faire plus" se lamente le maire. Il en appelle au préfet "Nous avons de bonnes relations avec le préfet, mais là, il est important que la situation soit écrite. La mer, c’est fort, on ne peut pas rigoler avec ça".

Une usine d'eau potable vitale

Une inertie administrative qui pourrait coûter cher aux Sénans si l'usine d'eau potable était envahie par l'eau de mer, l'approvisionnement en eau potable étant une priorité sur l'île.

Surtout qu'en février dernier éclatait un scandale sur d'importantes fuites constatées depuis deux ans sur le réseau d'eau potable de l'île. L'installation étant en état de marche, le maire venait de porter plainte contre X, car ces fuites, tout aussi mystérieuses que pénalisantes pour les Sénans, auraient pour origine une intervention humaine.

Avec une altitude moyenne de 1,5 mètre et des endroits situés sous le niveau de la mer, cet îlot de 58 hectares hors du temps, que ses habitants nomment le caillou, s'avère particulièrement vulnérable aux assauts de la mer. Les trois kilomètres de digues qui l'encerclent sont régulièrement endommagées.