Gaspillage alimentaire : la lutte s'organise dans les cantines scolaires

Les chiffres sont terribles. Dans les cantines françaises, un tiers des plateaux part à la poubelle. Pour un restaurant qui sert 200 repas à 500 enfants, cela représente 15 à 20 tonnes par an, une facture de 30 à 40 000 euros ! Depuis 2015, les écoles sont sommées de lutter contre ce gaspillage. 
 

Comment lutter contre le gaspillage alimentaire ? Les cantines scolaires mettent en place des solutions
Comment lutter contre le gaspillage alimentaire ? Les cantines scolaires mettent en place des solutions © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

Les chiffres sont terribles, dans les cantines françaises, 1 tiers des plateaux part à la poubelle. Des plats préparés dont les élèves n’ont pas voulu, ou de la nourriture servie dans les assiettes, mais qui n’a pas été mangée. Un tiers des plateaux, c’est 70 grammes d’aliments non consommés en primaire, 135 g au collège, 150 au lycée. Pour un restaurant qui sert 200 repas à 500 enfants, cela représente 15 à 20 tonnes par an et une facture de 30 à 40 000 euros !

C’est vrai, on a tous de vilains souvenirs, les endives au jambon, les choux de Bruxelles sauce à l’eau !  Mais ça, c’était hier,  les menus ont changé ! La seule chose qui ne bouge pas, c'est la quantité qui traîne dans les assiettes à la fin du repas.

La loi de transition énergétique de 2015 a rendu obligatoire pour les écoles des actions de lutte contre le gaspillage. Le collège Saint-Pierre de Plérin, dans les Côtes d’Armor, a décidé d’essayer de changer les choses.
 
Au collège de Saint-Pierre de Plérin, on ne veut que des assiettes vides !
Au collège de Saint-Pierre de Plérin, on ne veut que des assiettes vides !

Ne plus gâcher, cela commence par de petits détails. Dans tous les selfs, la corbeille de pain se trouve au tout début, juste après les verres et les couverts. Quand on arrive d’une matinée harassante de cours, qu’on a l’estomac dans les talons et qu’on ne sait pas trop ce qui vient ensuite, la tentation est grande de prendre plusieurs morceaux, ça rassure ! 

Lionel Le Moine, le responsable de la restauration du groupe Armor a choisi de placer cette corbeille à la fin du self, quand le plateau est plein, que les collégiens savent qu’ils vont pouvoir se sustenter. La consommation de pain, et surtout, le volume de pain jeté, ont soudain diminué.

On se lève de bonne heure pour cuisiner, on achète des produits frais que des agriculteurs ont fait pousser, ça a un coût, on ne fait pas ça pour que ça parte à la benne, explique Lionel.

Alors, désormais, les crudités et les légumes sont en libre-service, il sait bien qu’il est absolument inutile de mettre des brocolis dans l’assiette d’un collégien allergique au vert ! Et ceux qui en veulent vont se servir, à volonté !
 
Les crudités et les légumes sont en libre service. On en mange que ce qu'on aime...
Les crudités et les légumes sont en libre service. On en mange que ce qu'on aime...

S’appuyant sur cette même philosophie, le collège a mis en place des assiettes « petite faim » pour les appétits de petites souris, et des morceaux de fromage de toutes les tailles à la place des portions emballées qui génèrent des déchets. 

On n'a qu’une planète, balance Yann, un élève, on a besoin d’elle, si elle n’est plus là demain parce qu’on a fait n’importe quoi, on ne sera plus là non plus. 

Sasha s’approche de la table de troc, un élève y a déposé un yaourt au caramel, il n’avait plus faim, Sasha est ravi, lui, il adore ! D’autres yaourts, des friands passent sur la table, aussitôt repérés, ils seront dévorés, et seront bien mieux dans un ventre que dans une poubelle.

En France, un millier d’écoles et de collèges se sont engagés dans cette lutte contre le gaspillage, en moyenne, ils ont réduit leurs déchets de 20% ! 

Evidemment, à la fin du repas, malgré tout, les assiettes ne sont jamains totalement vides. Heureusement, Tom, Léa et Julie veillent. 
 
Un petit groupe de collégiens en coupe-vent vert forme le club Développement durable.
Un petit groupe de collégiens en coupe-vent vert forme le club Développement durable.

À la sortie du self, ils sont en charge du tri. Un sac pour le plastique, les pots de yaourt, un autre pour les restes…

« C’est bien que ce soit les élèves qui s’en occupent, raconte Elise Jourdain, la conseillère principale du collège, ça donne davantage à réfléchir à leurs copains que quand ce sont des adultes que l’on soupçonne toujours d’être des gendarmes. Là, ils savent que les efforts sont pour la planète. Et si on veut être cohérents, leur expliquer qu’il est important de ne pas gaspiller, il faut que nous aussi on fasse des choses.  »

Pour ne pas encombrer les poubelles, le collège a imaginé d'autres solutions. Les morceaux de pain seront pour les poules. Une douzaine de gallinacées vivent derrière l’établissement. Les restes de semoule et de poulet au soja iront nourrir… le compost !

Un petit groupe de collégiens en coupe-vent vert forme le club Développement durable. Tous les midis, ils se retrouvent pour mélanger ces restes du self avec des déchets végétaux. Bientôt, le compost servira pour leur potager.
 

Il y a des gens qui ne mangent pas à leur faim, et nous on gaspille, ça fait mal, assène Sarah.

        
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, avec le seul gaspillage des pays européens on pourrait nourrir un milliard d’êtres humains et faire disparaître la faim dans le monde.

Le syndicat Kerval gère une partie des déchets des Cotes d’Armor :  200 000 tonnes par an,c’est beaucoup, beaucoup trop ! Alors régulièrement, Amélie Rebours organise des ateliers pour apprendre aux enfants à ne pas gaspiller. Un magasin et une maison ont été créés :  Amélie invite les enfants à faire les courses puis à les ranger. Quels fruits acheter en cette saison ? Dans quelle quantité ? Et pour faire des crêpes, est-ce que c’est mieux de prendre une grande bouteille de lait, ou une petite ?
 
Amélie Rebours, chargée de la prévention des déchets dans les Côtes d'Armor, anime des ateliers auprès des enfants pour leur apprendre à ne pas gaspiller.
Amélie Rebours, chargée de la prévention des déchets dans les Côtes d'Armor, anime des ateliers auprès des enfants pour leur apprendre à ne pas gaspiller.

Amélie ne répond pas aux questions à la place des enfants : « on a tous une vie différente, des façons de manger différentes, explique t’elle, évidemment, ce n’est pas pareil si dans une famille tout le monde prend du lait au petit déjeuner, ou s’il n’y a qu’une personne. Dans un cas, une grande bouteille sera consommée et cela fera moins d’emballage… Mais si c’est juste pour un bol, une petite bouteille fera l’affaire, une grande pourrait s’abimer et finir à la poubelle. »

Amélie apprend aux enfants à lire les étiquettes des produits, à regarder les dates de péremption, à ranger le frigo pour mettre les aliments à manger vite en évidence.
Il n’y a pas une solution, mais des dizaines, et c’est à nous de les trouver pour moins gaspiller !
 
Le gaspillage alimentaire dans les cantines scolaires

 
La gaspillage à tous les étages
Dans le monde, 1 milliard 300 000 tonnes d’aliments sont gaspillés chaque année. Soit 41 tonnes jetées chaque seconde. Un tiers de la production alimentaire mondiale. 
  •  Cela commence dès le champ, les fruits ou les légumes qui ne sont pas ramassés parce qu’on les juge, trop petits, trop gros, trop moches :  32 % des aliments perdus !
  • 21% des denrées sont détruites par les industriels au moment de la transformation. Parfois, c’est encore une histoire de calibrage, ou un incident sur une ligne de fabrication.
  •  Viennent ensuite les phases délicates du transport et de la vente, une chaine du froid interrompue, un paquet cabossé dans le magasin et c’est direction la poubelle : 14% du gaspillage !
  • Quant à nous, entre notre frigo et notre table, nous sommes responsables de 33 % du gaspillage…  
  • Chaque français jette en moyenne 20 kilos d’aliments par an… Dont 7 encore emballés !
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