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Gilets jaunes et Bonnets rouges même combat ? Réactions et analyse.

Des "gilets jaunes" sur un pont de la RN 12 à Saint-Brieuc (13/11/2018) / Des Bonnets rouges (août 2014) / © F. Leroy - France 3 Bretagne / J.S. Evrard - AFP
Des "gilets jaunes" sur un pont de la RN 12 à Saint-Brieuc (13/11/2018) / Des Bonnets rouges (août 2014) / © F. Leroy - France 3 Bretagne / J.S. Evrard - AFP

Cinq ans après le mouvement spontané des Bonnets rouges c'est au tour des Gilets jaunes de manifester. Pour autant ces deux mouvements sont-ils comparables ? Qu'en disent les anciens Bonnets rouges ? Des réactions et une analyse.

Par Maylen Villaverde

A Carhaix, le fief d'un des leaders des Bonnets rouges, des gilets jaunes sont bel et bien visibles. Mais pas plus qu'ailleurs. Christian Troadec, le maire régionaliste de la ville ne souhaite pas s'exprimer sur le sujet.

D'autres anciens Bonnets rouges ont, quant à eux, fait leur choix. Ils nous l'expliquent.
 

"J'attends de voir comment le mouvement évolue"


En 2013 Matthieu Guillemot avait porté le bonnet rouge. A quelques jours du 17 novembre il reste partagé sur le mouvement des "Gilets jaunes". La seule revendication du prix du carburant lui paraît trop réductrice :

 " Aujourd'hui les gens n'en peuvent plus. On a jamais vu autant d'écart de classe sociale dans ce pays. On voit que les riches sont deux fois plus riches que les pauvres deviennent encore plus pauvres et donc c'est une goutte d'eau qui fait déborder le vase. Maintenant j'attends de ce mouvement là qu'il s'élargisse. Je ne condamne pas les Gilets jaunes. Je leur donne toute ma sympathie mais j'attends de voir comment ils évoluent". 


Matthieu ne sera donc pas dans la rue samedi.  Pour lui la grande différence entre les Gilets jaunes et les Bonnets rouges c'est que "nous [les Bonnets rouges] on avait eu l'intelligence de condamner de suite la tentative de récupération de l'extrême droite".. Matthieu attend donc, avec impatience, que ce mouvement citoyen mettent dehors "cette graine fasciste qui veut pénétrer dans le mouvement".
 

"Nous on est obligés d'avoir à minima deux voitures"


Thierry Méret, ancien leader du mouvement breton n'a pas encore mis son Gilet jaune sur le tableau de bord de son camion mais il soutient sans condition l'appel à manifester de samedi. Le Président de la FNSEA 29 y participera "en tant que citoyen" dit-il. "Aujourd'hui j'estime qu'il y a deux France. Une France qui décide qui est une France urbaine, qui méconnaît complètement les territoires ruraux et ça c'est un vrai problème. Qu'on soit paysan, artisan, simple salarié ou autre, nous on est obligés d'avoir à minima une voiture voire deux [...]"

Pour l'agriculteur finistérien les deux mouvements ont à ce stade quelques similitudes.

"C'est encore une décision de Paris qui est prise et on ne tient pas compte des différences. Aujourd'hui habiter Paris c'est la possibilité de prendre le bus, le métro, le tram. On est pas obligés de prendre sa voiture. A la campagne on peut pas le faire".
 

"Une France périphérique qui contribue aux mutations sans voir ses conditions de vie s'améliorer"


Romain Pasquier est Directeur de recherche au CNRS, au laboratoire Arènes et titulaire de la chaire « Territoires et mutations de l'action publique" de Sciences-Po Rennes. Pour lui les deux mouvements ont cela en commun que ce sont "des gens des classes populaires qui se lèvent tôt, qui travaillent loin, qui ont des revenus modestes et qui voient cette hausse des prélèvements comme une très mauvaise nouvelle".

Pour le politologue la spontanéité de la réaction des Gilets jaunes et comparable à celle des Bonnets rouges

"c'est sans doute la petite goutte d'eau qui fait déborder le vase comme la fermeture d'Harvest  avait été une des gouttes d'eau pour les Bonnets rouges. On est sur une grogne, une colère. Moi je lis cela comme un déclassement territorial c'est -à-dire des territoires ou des populations se sentent oubliés, pas pris en compte dans le récit de modernisation que veut nous donner le gouvernement et le Président de la République. Une France industrielle qui a besoin de travailler et qui voit ses revenus stagner [...]."


Quelque soit leur position et leurs analyses du mouvement du 17 novembre, ces intervenants estiment que le mouvement des Gilets jaunes va devoir se structurer et s'organiser s'il veut perdurer et peser sur les décisions gouvernementales.


Reportage de Murielle Le Morvan et Aurélie Janssens
Intervenants:
-Matthieu Guillemot, ancien Bonnet rouge
-Thierry Merret, co-leader des Bonnets rouges
-Romain Pasquier, Directeur de recherche au CNRS, au laboratoire Arènes et titulaire de la chaire « Territoires et mutations de l'action publique" de Sciences-Po Rennes
 

 

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