Idée de lecture : « Chanson bretonne », le nouveau livre de JMG Le Clézio

En ces temps de confinement « Chanson bretonne suivi de l'enfant et la guerre » de J.M.G. Le Clézio est à savourer, à écouter, à lire. Le prix Nobel de littérature livre ici ses souvenirs d’enfance en Bretagne, puis son ressenti, petit garçon, dans la fureur de la dernière guerre.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature
Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature © Kiko Huesca/(EPA) EFE/Newscom/MaxPPP

Dans son dernier livre, « Chanson bretonne suivi de L’enfant et la guerre », J.M.G Le Clézio nous dévoile la Bretagne de son enfance durant les vacances. Il nous relate aussi comment, petit garçon, il  a vécu la dernière guerre mondiale dans l’arrière-pays niçois.


"Chanson bretonne"


La mutation économique et sociale de la Bretagne après-guerre nous est contée ici mais de façon poétique sans nostalgie : « Non il ne faut pas regretter le temps de la paysannerie traditionnelle bretonne, même si cette mémoire laisse un goût doux-amer de ce qui ne pourra plus jamais revenir : les toits de chaume si bellement tressés, (…) les bois flottés récupérés pour les voliges, la terre battue mêlée au sang de mouton pour les sols durs et brillants (…) et tous ces meubles extraordinaires venus du fond des âges… »

J. M. G. Le Clézio nous dévoile une Bretagne qui palpite sous le soleil d’été. Il a vécu la chaleur, la douceur,  et l’innocence de l’enfance à Ste Marine. Les paysages bretons en Armor ou Argoat sont sublimés par une écriture délicate et bienveillante. De la plage où il fait connaissance avec un poulpe aux champs de pommes de terre où il passe des heures à étudier les doryphores, le petit garçon qu’il est alors parcourt le pays bigouden avec plaisir et délice. Et les récits de J.M.G. Le Clézio nous ramènent à notre propre enfance en Bretagne où nous avons, pour certains, nous aussi tenté l’élevage du petit insecte à maillot rayé, (si si) et la magie et l’innocence de l’enfance nous reviennent comme autant de bouffées d’oxygène dont nous avons tant besoin ces temps-ci.

Avec « Chanson bretonne » J. M. G Le Clézio assume et chante ses origines bretonnes avec grâce et élégance. Avec une écriture française sans frioritures et des mots bretons semés ici ou là à bon escient, le prix Nobel de littérature nous révèle en majesté son amour de la Bretagne et son admiration pour la langue bretonne.  

« La Bretagne est infinie, la langue bretonne est une musique » déclarait-il sur le plateau de l’émission de François Busnel, « La Grande Librairie » sur France 5 le 11 mars 2020.

Ses origines bretonnes et son amour du breton sont assumés et il n’hésite pas à les faire vivre dans ce premier conte. Même s’il ne le parle pas, il comprend la langue et c’est un héritage qu’il abrite dans son cœur. Et c’est une bien jolie manière de la défendre monsieur Le Clézio.


"Un enfant dans la guerre"


Mais d’autres souvenirs bien moins plaisants viennent aussi entacher cette souvenance du jeune âge. Ce deuxième récit « L’enfant et la guerre » vient comme se fracasser sur la vie paisible de son enfance. Cette bombe qui explose dans le jardin de l’immeuble de sa grand-mère dans l’arrière-pays niçois le marquera pour toujours.  Mais c’est aussi les souvenirs d’une famille unie et sécurisante. Une mère, des grands-parents, un grand frère très présents : « Si je pense à ces années de guerre à Roquebillière, c’est l’image du sein maternel qui m’imprègne. »

Mais pourtant le vide, la peur, la faim sont bien réels. « Quand on parle de faim, la plupart du temps ceux qui en parlent l’ont connue de l’extérieur. Moi, je l’ai connue de l’intérieur. Avoir faim, ce n’est pas juste ce petit creux délicieux avant de revenir chez soi, au sortir de l’école. »

Cette souffrance et cette peur ressenties petit garçon, J. M. G. Le Clézio la distille au fil des pages avec les mots. Le ressenti d’un enfant avec les mots d’un adulte. Et cette fureur de la guerre que l’auteur a connue, il l’a fait sienne, l’a intégrée et l’a ressortie « sans objet et sans raison » afin de la juguler. On peut alors transposer ces mots sur le ressenti des enfants qui endurent les guerres actuelles et entrevoir les souffrances qu’ils éprouvent.


Deux contes


Pourquoi des contes alors que ce sont des souvenirs ? D’aucuns pourraient être surpris. « Dans une guerre, les enfants ne savent rien de la réalité, ils écoutent des mots, ils construisent leurs histoires. » Le ressenti d’un petit enfant n’a donc rien à voir avec ce que peut verbaliser un adulte. La  mémoire serait parfois embrumée par toutes ces années qui ont passé. Cette brume ou ce « latar » viendrait peut-être modifier ces souvenirs enfouis ?  « C’est étrange parce que ce monde-là, cette bulle, ne me protège pas vraiment contre la dureté extérieure. C’est ma mémoire qui me trompe, qui m’oblige à cette régression ».

C’est avec élégance et humilité que J. M. G. Le Clézio nous révèle une partie de son enfance. Ces deux contes sont une ode à la nature et la vie simple, à l’émerveillement de la vie. Philosophie ô combien d’actualité en ces temps bouleversés. 
 
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