Charge mentale des agricultrices. "Une course effrénée et interminable"

Ce 17 octobre 2023, à l’occasion de la journée « Agriculture au féminin 35 », la Chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine organise une journée d’échanges et de formation dédiée à la charge mentale des agricultrices. Femme, mère, éleveuse, difficile de tout concilier.

"Quand on ferme la porte de l’élevage, témoigne Pascaline Homo, les cochons ne se rangent pas sagement dans un tiroir en attendant qu’on revienne deux heures plus tard ou le lendemain matin. Tout peut arriver. Une maladie, une truie qui écrase ses porcelets, mais il faut réussir à fermer la porte. "

Plus d'un demi-million de femmes travaillent dans le secteur agricole. En 2021, la délégation aux droits des femmes rendait un rapport au Sénat intitulé "Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l'égalité " et résumait, "portées au rang de superwoman, parce qu'elles exerceraient un métier d'homme, ou cantonnées à un rôle de super assistante, les agricultrices peinent à trouver leur place." Elles sont également sous le coup d’une charge mentale de plus en plus lourde. 

Pascaline Homo est à la fois fille, femme, mère, épouse et agricultrice, éleveuse de porcs et bénévole dans des associations. À la question, est-ce que les agricultrices ont davantage de charge mentale que les autres femmes ? "Je ne sais pas, répond-elle, sincère, je ne suis pas dans leur vie". 

Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie, à elle, ne s’arrête jamais. « Mon planning est forcément toujours plein. Du coup, on a parfois l’impression d’être dans une course effrénée et interminable. Parfois, on se sent dépassée."

Pascaline est maman de cinq enfants ; 14,12, 9, 5 ans, 20 mois et un autre est "en route", dit-elle en souriant. "Cinq enfants, c’est un choix. Certains me disent... Oh là, là, le travail... Moi, je dis Oh là, là, le bonheur. Ce n’est pas tous les jours évident, mais c’est mon choix. "

Après son premier accouchement, la jeune femme a connu une dépression post-partum. Ça a été pour elle l’occasion de faire le point et de savoir ce qu’elle voulait faire de sa vie. Elle a suivi les cours d’une coach pour apprendre à organiser son existence. "Elle m’a appris à lâcher prise", glisse-t-elle. La coach lui a posé des questions. "Qu’est-ce que vous voulez faire de votre vie ? Combien de temps voulez-vous pour vous ? Pour votre métier ? Pour votre famille ? " Cela a obligé Pascaline a trouvé ses réponses. 

 Leçon numéro 1 : prioriser

"On organise les choses selon les impératifs, on fixe les priorités sur tous les aspects de la vie. Quand dans l’élevage, nous sommes dans la semaine des mises-bas, où tous les petits vont pointer le bout de leurs groins, c’est eux, la priorité. La semaine d’après, on s’occupera plus des enfants, des lessives et de tout le reste" détaille-t-elle.

 
La jeune femme la sait bien. "Nous avons une grosse responsabilité. On nourrit les gens." Elle a aussi une grosse pression financière et une énorme pression sociale parce qu’"aujourd’hui, il faut être parfait en tout. On n’a pas d’autres choix que de faire tourner la boutique." 

Leçon numéro 2 : prioriser encore 

"Aujourd’hui, les fermes sont de plus en plus grandes et ont nécessité des investissements de plus en plus lourds, constate Marie Sylvestre, chargée de mission relations humaines et animatrice du comité de pilotage Égalité-parité 35 à la chambre d’agriculture. Les agriculteurs et agricultrices ont énormément de travail. "La mécanisation permet d’être plus efficace sur le travail physique reconnait Marie Sylvestre, mais les tâches administratives sont de plus en plus lourdes et puis la solitude pèse. Le passage des techniciens se fait de plus en plus rare. Traditionnellement, les portes de la cuisine étaient toujours ouvertes, on discutait autour d’un café avec le vétérinaire, le laitier. Dans le monde agricole, il n’y a pas de collègues à qui se confier. " 

Leçon numéro 3 : toujours prioriser 

À l’élevage, comme à la maison, Pascaline Homo partage les tâches avec son mari. "On se fait un planning de la semaine pour voir qui fait quoi, qui emmène à l’école… etc… bon, des fois, il y a des ratés, mais nous n’avons jamais oublié nos enfants à l’école, et nous n’avons jamais oublié de leur faire à manger. "

L’agricultrice s’organise, prépare toutes les gamelles de la semaine le dimanche, et s’autorise à vivre en dehors de la ferme et en dehors de la maison en donnant des cours de catéchisme, en faisant partie d’un groupe de scouts. 

Leçon numéro 4 : Prioriser et choisir ! 

"Le degré de tolérance face à la charge mentale est différent pour chacun. Il y a des femmes qui ont un seul enfant, qui sont à 35h et qui estiment qu’elles n’ont pas le temps, et d’autres qui sur le papier semblent avoir des vies plus compliquées, mais qui trouvent du temps un peu partout", résume Pascaline Homo.

Elle a décidé de prendre les choses du bon côté. L’agricultrice le sait, "nos vies bien chargées, mais cela fait partie de notre épanouissement. La sieste sur le transat au soleil, ce n’est pas du tout moi !

Et pour échapper à la charge mentale, elle cherche à capter les petits bonheurs du quotidien. "Le matin, quand j’arrive, il y a le lever du soleil, les champs de colza qui commencent à fleurir. Nous avons un lien particulier avec la nature. La terre nous donne ce qu’elle peut. Nous n’avons aucun pouvoir là-dessus, sur la pluie, le soleil, il faut faire avec. Trop d’agriculteurs l’oublient, mais la nature, c’est le cœur de notre métier ! "

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