AGRICULTURE. Comment ces éleveurs réduisent les émissions de méthane de leurs vaches pour lutter contre le réchauffement climatique

Depuis 2011, l'association "Bleu Blanc Coeur" accompagne 700 éleveurs laitiers, notamment bretons, pour réduire les émissions de méthane issues de la rumination des vaches. Une alimentation du bétail plus riche en oméga 3 grâce à davantage d'herbe mais aussi de lin et de luzerne permet de réduire de 20 % les rejets de gaz des animaux tout en produisant un lait de meilleure qualité.

À la place du maïs et du soja d'importation, une ration alimentaire composée d'herbe mais aussi de luzerne et de lin.

C'est le menu que proposent des éleveurs laitiers engagés dans la démarche "éco-méthane" mise en place par l'association bretonne Bleu Blanc Coeur. Le but : réduire les éructations des vaches laitières qui seraient responsables en France de 5 à 10 % des émissions de gaz à effets de serre.

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Du lait anti réchauffement climatique

En tout, 700 agriculteurs partout en France, dont un quart en Bretagne, font analyser chaque mois dans un laboratoire interprofessionnel le lait de chacune de leur vache. Selon Nathalie Kerhouas, directrice de l'association, "l'étude de la population bactérienne dans le rumen, c’est-à-dire une des parties de l'estomac du ruminant, et la teneur en acides gras permettent de prédire le niveau de méthane. La méthode scientifique a été brevetée par l'INRAE."

Conséquences : cette nourriture plus équilibrée et plus riche en oméga 3 permet d'abord d'obtenir un lait de meilleure qualité nutritionnelle mais aussi de réduire le méthane, un gaz à effet de serre, rejeté par les vaches.

"En moyenne, la baisse des rejets de gaz constatée est de 20%." précise Nathalie Kerhouas qui estime que "dans la lutte contre le réchauffement climatique, notre dispositif est une bonne solution avant de penser à réduire les cheptels, comme l'a récemment recommandé la Cour des comptes dans un rapport qui pointait du doigt l'agriculture."

Des agriculteurs plus autonomes 

Parmi les éleveurs, Laurent Cornée, installé à Moutiers en Ille-et-Vilaine. Avec sa femme, il exploite une ferme de soixante vaches laitières avec un quota annuel de 632.000 litres de lait. "Dès 2015, je me suis lancé dans une filière non OGM. Puis en 2017, j'ai poursuivi sur ma lancée en diminuant les niveaux de maïs ensilage et de soja. C'était surtout pour être moins dépendant de cultures d'importations comme le soja et aussi mieux maîtriser mes coûts" précise-t-il.

Ce mode d'alimentation pour mes vaches me permet aussi d'être autonome à 90 % en matière de nourriture animale car je produis l'essentiel sur mes terres.

Laurent Cornée

Éleveur laitier à Moutiers en Ille-et-Vilaine

Petit à petit, l'éleveur diminue ses recours au soja et au maïs d'ensilage pour les remplacer en partie par de l'herbe, du lin ou des cultures de méteil qui consiste en une association de céréales et légumineuses récoltées sous forme de grains ou de fourrage.

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"En même temps que la réduction de méthane de 15 à 20 % sur mon exploitation, j'ai aussi des animaux qui sont en meilleure santé grâce à cette nourriture. Du coup, j'ai moins de frais vétérinaires et aussi une meilleure reproduction" ajoute Laurent Cornée qui n'a pas l'intention de faire machine arrière, bien au contraire. Depuis 2017, il a ainsi évité le rejet de près de 6 tonnes de méthane dans l'atmosphère.

Des aides financières en contrepartie des réductions de méthane

Parce qu'ils contribuent à préserver l'environnement, ces agriculteurs reçoivent, en contrepartie, des "paiements pour services environnementaux". Soit environ quinze euros par tonne de gaz à effet de serre évitée.

Selon les exploitations, entre cinq cents et trois mille euros perçus. Des sommes qui, si elles sont une petite goutte dans le revenu des éleveurs laitiers, permettent de matérialiser un engagement fort des agriculteurs investis dans la démarche.

Le rôle des collectivités locales et des entreprises

Désormais, des collectivités locales mais aussi des entreprises, accordent des aides financières aux agriculteurs lancés dans la démarche "éco-méthane" via l'association Bleu Blanc Coeur.

Exemple notamment avec Vitré-Communauté, via un PCAET, un Plan climat air énergie territoire. "La collectivité a voté un budget de 90.000 euros sur trois ans dédié à ce plan en faveur de la réduction du méthane dans les élevages laitiers. Et d'autres collectivités dans d'autres régions françaises font de même." affirme Nathalie Kerhouas. 

Les entreprises financent également des aides par l'intermédiaire cette fois de leur budget RSE, (responsabilité sociétale des entreprises) que ce soit en interne dans leurs pratiques mais aussi à l'externe.

C'est le cas d'Orange mais aussi du groupe France Télévisions, de banques comme ARKEA-Crédit Mutuel mais aussi de Système U ou encore de compagnies de locations de voitures ou de garagistes.

Chaque année, la filière laitière française pourrait potentiellement éviter le rejet de plus de 220.000 tonnes de méthane

Nathalie Kerhouas

Directrice association Bleu Blanc Coeur

Le "oui mais" de la Confédération paysanne

Le mouvement s'étend même si, pour l'instant, le dispositif ne concerne que 5% de la production laitière française. Selon la directrice de l'association Bleu Blanc Coeur, "si on généralisait cela à toute la production nationale, soit 23,5 milliards de litres de lait par an, nous éviterions le rejet de plus de 221.000 tonnes de méthane dues aux vaches laitières."

Même les syndicats agricoles comme la Confédération paysanne trouvent qu'il y a un intérêt en matière environnementale. "Si cela a été validé par la recherche scientifique publique, on ne voit pas pourquoi on se priverait de cette solution." souligne Jean-Marc Thomas, membre de la commission nationale du syndicat et en charge du dossier PAC et Climat au niveau Bretagne.

Il faut savoir que le méthane a un pouvoir de réchauffement du CO2 de 25 à 30 fois

Jean-Marc Thomas

Confédération paysanne Bretagne

Le syndicaliste, qui est aussi à la tête d'une ferme bovine bio à Rostrenen dans le Finistère, pose toutefois des conditions. "Pour nous à la Confédération paysanne, la priorité c'est d'abord mieux aider le développement de l'agriculture biologique et aussi l'agro-écologie. Il faut aussi réduire les engrais et les pesticides."

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Pour lui, une chose est certaine : la culture du maïs d'ensilage en Bretagne reprend de la vigueur. Beaucoup de fermes n'ont pas encore suffisamment de pratiques vertueuses pour lutter contre le réchauffement climatique. "Il faut savoir d'une part que le méthane a un pouvoir de réchauffement du CO2 de 25 à 30 fois. Et pire encore, les épandages d'engrais et d'effluents ont eux un pouvoir de réchauffement du CO2 de 210 fois. C'est là que les efforts sont à faire en priorité" constate Jean-Marc Thomas.

Des injonctions contradictoires du monde politique

Seulement voilà, sur le terrain, les exploitations biologiques, beaucoup plus vertueuses pour réduire les impacts du réchauffement climatique dans l'agriculture, sont au bord du gouffre. Les prix pour le paysan ne sont pas au rendez-vous.

Pour le représentant de la Confédération paysanne, "nous vivons sans cesse des injonctions contradictoires de la part du monde politique. Les mesures climatiques et agro-environnementales voulues par l'Etat ne sont pas financées à la hauteur des enjeux."

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