Crise de l’énergie. Pour sauver une boulangerie, un client achète ses deux baguettes 500 euros

A l’hiver 2022, quand les prix de l’énergie et des matières premières se sont envolés, les propriétaires de la petite boulangerie de Saint-Suliac en Ille-et-Vilaine ont commencé à trembler. L’hiver, la petite commune des bords de Rance compte mois d’un millier d’habitants. Pas facile dans ces conditions de s’en sortir. C’est finalement la solidarité des clients qui a sauvé la boutique.

"Un jour, un monsieur est entré dans la boulangerie. Il m’a demandé deux baguettes tradition. Puis il m’a dit qu’il voulait nous donner un coup de main. Il m’a fait un chèque de 500 euros. J’ai cru qu’il avait fait une erreur je luis ai dit, c’est beaucoup trop. Il est parti. Je suis restée bouche bée", raconte Céline Zemmouche, qui tient avec son mari la boulangerie "La P'tite Chouquette",à Saint-Suliac.

Les boulangers ont commencé à se faire du souci quand ils ont vu le tarif de l’électricité doubler puis le prix de la farine, celui du beurre, de la poudre d’amandes s’envoler à leur tour.

Des factures qui gonflent

"Moi, je suis toujours à la caisse en train de sourire, le but ce n’est pas de tracasser la clientèle, explique Céline. Mais on commençait à se poser des questions, à se demander si cela valait le coup de se battre. On a même pensé à partir. Si c’est pour se bouffer la santé, se lever le matin alors qu’on a des factures qui trainent à quoi bon continuer de se battre."

"Mon mari, lui, ne disait rien. Il bossait, il bossait. Mais avec tout cela, il a perdu 17 kilos. On se tracasse toujours pour sa petite boutique. Il ne se paye plus depuis des lustres. Moi je ne me suis pas versé de salaires pendant plusieurs mois, poursuit Céline. La priorité c’était de payer les salariés, nos fournisseurs".

"A Saint-Suliac, l’hiver, il n’y a pas 1 000 habitants. On a même pensé à partir. Si c’est pour se bouffer la santé, se lever le matin alors qu’on a des factures qui trainent à quoi bon continuer de se battre."

Le coup de pouce des habitants

Et puis, un jour, dans l’hiver, une collègue commerçante est passée prendre des nouvelles de la Boulangerie. "Je lui ai dit que c’était compliqué, comme pour tous les collègues, il n’y a pas de honte à avoir."

J’ai dit, je ne veux pas demander de l’argent à me clients. Elle m’a dit : Mais ce n’est pas toi qui va faire la cagnotte, c’est moi

Céline Zemmouche, boulangère La P'tite Chouquette

Quand sa collègue lui a proposé de faire une cagnotte, Céline a d’abord refusé. mais Cela a permis de récolter 5 000 euros. "Ça nous a sorti la tête de l’eau," résume Céline.

"Parfois, des clients me disaient. Je suis désolé, je n’ai pu mettre que 20 euros, je disais, merci, c’est énorme et même si vous n’aviez rien donné, le fait de nous rester fidèle, c’est déjà beaucoup".

Des clients sont venus proposer d’aider à refaire la vitrine qui était très énergivore. "Ils ont fait les travaux, se souvient la boulangère. Certains ont amené la peinture, d’autres de l’éclairage. Le chantier commençait le matin, nos clients venaient parfois le matin, d’autres l’après-midi. C’était incroyable."

Il y a des gens qui sont venus nous voir pour nous dire, on ne veut pas perdre la boulangerie, mais on veut aussi vous garder vous. On veut les deux !

Céline Zemmouche, Boulangère La P'tite Chouquette

"C’est une grande chance d’avoir une grande solidarité autour de nous", conclut-elle. "Ce sont les clients qui nous ont prouvé que oui, ça vaut le coup de se battre jusqu’au bout. Nous sommes des gens assez discrets, on n’aime pas faire parler de nous, mais la chose qui nous tient vraiment à cœur, c’est de remercier tous ces clients. Ils nous ont vraiment redonné le sourire."