Deuils, agressions, phobies scolaires, divorces, "mon métier de psychologue, c'est de réparer les traumatismes"

A 72 ans, Gérard Hugeron a une longue carrière à son actif. Psychologue libéral, son parcours lui a permis d'observer l'évolution de la prise en charge des patients souffrant de mal être ou de douleurs psychiques et morales. Dans son cabinet du centre-ville de Rennes, il  accueille avec bienveillance, pour traiter les troubles post-traumatiques.

Son casque de scooter installé près de la salle d'attente, face à un escalier qui mène à la salle de consultation, l'homme vous reçoit, affable. Il parle d'égal à égal. Les maux de la société, Gérard Hugeron les voit défiler au fil des entretiens avec ses patients. Il pose tout de suite le cadre de sa profession : " on fait partie du secteur médico-social, on n'est pas considéré comme des professionnels de santé, nos scéances ne sont pas remboursées". On perçoit un regret, quand il rajoute "peu de psychiatres ont une pratique psychothérapeutique".

Des traumatismes durables

Le septuagénaire s'est spécialisé dans la prise en charge psychologique des traumatismes. "Dans près de 50%, les consultations portent sur une agression sexuelle (inceste, agression par un tiers) , à tout âge. Autres motifs : les deuils traumatiques, les divorces, les séparations, les difficultés au sein du couple ou une simple agression qui a laissé des traces, cela peut être un simple vol de sac à main dans la rue !" explique-t-il. Je reçois aussi des enfants qui souffrent de troubles de l'adaptation, de harcélement ou de phobie scolaire". Pour ces jeunes, le mal-être est durable. Un jour, on se lève pour aller à l'école et il est impossible de passer la porte de l'établissement. "

Pour un adolescent, il suffit de moqueries à l 'école qui vont pousser à s'isoler ou de renversements d'alliance au sein d'un groupe pour que le traumatisme s'installe et perdure même à l'âge adulte.

Gérard Hugeron

psychologue

Durant le confinement, il a beaucoup été question de mal-être au sein de la population. Le CHU de rennes et la ville avaient mis en place une ligne d'écoute dédiée contre le stress. Gérard Hugeron s'était porté volontaire pour répondre aux appels."Le covid en soi et la crainte de la maladie n'ont pas fait partie des motifs d'inquiétude. En revanche, ce moment exceptionnel a exacerbé certaines situations et certaines pathologies avec des tensions dans les couples et dans les familles. Solitude, précarité, addictions, idées suicidaires : il a fallu être à l'écoute" se souvient-il. Quant au dispositif "mon soutien psy" mis en place par le gouvernement en avril 2022 pour permettre un accès aux soins en santé mentale plus large, le professionnel est réservé. "Il y a une prise en charge pour 8 séances d'une heure seulement avec un plafond de remboursement de 40 euros. Pendant le confinement, certaines mutuelles ne remboursaient plus ! Pour moi, ça ne fonctionne pas !" Le psychologue a ouvert son cabinet en 2011, diplômé, le professionnel doit s'enregistrer auprès de l'Agence Régional de Santé. Parmi les thérapies qui ont fait leurs preuves, il s'est spécialisé dans l'EMDR, une thérapie qui consiste à désensibiliser et retraiter psychologiquement un traumatisme par le mouvement des yeux.

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Durant la séance, le patient suit la main du thérapeute du regard, en repensant à un souvenir douloureux. Grâce à cette gymnastique, l'image traumatisante sera reclassée. En état de stress post-traumatique, l'amygdale qui gère nos émotions est hyperactive. Elle stocke le souvenir dans le cerveau avec la peur. L'EMDR permet de transférer ce souvenir vers une zone où il est stocké, sans la charge émotionnelle." l'efficacité de l'EMDR a été scientifiquement prouvée dans le début des années 90 par différentes études contrôlées. La haute Autorité de Santée et l'Organisation Mondiale de la Santé la préconisent pour le traitement des troubles psychotraumatiques chez l'enfant et l'adulte" tient à souligner Gérard Hugeron. Il se souvient par exemple d'un soldat ayant servi sur des scènes de combat. Il avait des flashbacks avec des images violentes.

Cet ancien militaire avait ces capacités olfactives altérées, avec des odeurs de charniers qui revenaient le hanter. Il ne percevait plus les odeurs de cuisine ou les parfums.

Gérard Hugeron

Psychologue

Après plusieurs consultations, cet homme a réussi à se libérer. "En revanche, certains troubles sont plus résistants. LesTocs (troubles obsessionnels compulsifs), les troubles précoces, les troubles de l'attachement sont plus complexes à retraiter," précise le psychologue.

La bonne attitude avec le patient

"Même si je respecte un protocole strict dans ma pratique, que la méthode est très codifiée, on doit être capable de créer du lien avec le patient, tout en gardant une certaine distance. On doit le comprendre émotionnellement si on veut l'aider. Il faut cependant rester dans le bon équilibre pour ne pas revivre ce qu'on a entendu dans la journée. Quant à la retraite : il n'y pense pas." J'aime ce que je fais. Mon travail, c'est bon pour les neurones." lâche-t-il dans un sourire.

 

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