Alertes à la bombe. "Ils se disent que demain, ça peut être leur tour". L'impact psychologique de ces menaces analysé par une psychologue

Les alertes à la bombe se multiplient ces dernières semaines. Dans les aéroports, les musées, les écoles, ou plus récemment dans les cinémas. Si le climat actuel est particulièrement anxiogène, il peut provoquer, chez certaines personnes, de réelles angoisses, voire des traumatismes. Entretien avec Mathilde Roussel, psychologue à Rennes.

Depuis l'assassinat de Dominique Bernard à Arras le 13 octobre, les fausses alertes à la bombe s'enchaînent en France et dans la région : 168 alertes à la bombe dans des établissements scolaires comptabilisés en France au 16 octobre, et une cinquantaine de plus rien qu'en Bretagne deux jours plus tard. Près de 70 alertes adressées à des aéroports la semaine dernière sur le territoire national. Pas plus tard que ce mercredi 25 octobre, dans le Morbihan, cinq nouveaux signalements ont été recensés. Et depuis quelques jours, les cinémas sont les nouvelles cibles de ces alertes : deux ont été évacués à Rennes ce même 25 octobre, un autre à Concarneau la veille. 

"Depuis la rentrée, le nombre de demandes explose, que ce soit pour moi ou pour mes collègues". Mathilde Roussel, psychologue au cabinet Arbre Beauregard et Pictangram à Rennes, croule sous les demandes de rendez-vous. "Il y a une forte augmentation des demandes de consultations depuis la crise sanitaire. Mais depuis quelques semaines, le besoin est croissant". 

À son cabinet, les appels ont "au moins augmenté de 40% depuis la rentrée". Entre le 1er et le 8 octobre, la secrétaire de Mathilde Roussel et de ses collègues dénombre 15 appels. La semaine suivante, 25 appels, et à ce jour, le mercredi 25 octobre, "on en est déjà à 40 appels en trois jours". Même s'il est difficile d'affirmer que la hausse des appels est exclusivement liée à ces alertes à la bombe à répétition, ce phénomène "y participe en grande partie", reconnaît la psychologue.

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Un sujet de préoccupation pour les jeunes

La guerre en Israël, les attentats, la montée de la violence... "Tout est lié", affirme Mathilde Roussel. Parmi les jeunes patients qu'elle reçoit, "certains vont parler spontanément de situations comme ce qui est arrivé à Arras. Ils peuvent avoir peur que cela arrive dans leurs écoles et à leurs professeurs. Ils se disent que demain, ça peut être leur tour". 

En ce qui concerne les alertes à la bombe, la thérapeute n'a pas reçu de patients directement impactés par des évacuations, pour le moment. Cependant, "certains adolescents me rapportent qu'il y a des alertes dans tel lycée ou tel collège. S'ils l'évoquent lors des séances, ça montre qu'ils ont envie d'en parler. Un de mes patients m'a raconté qu'un de ses copains, dans un lycée différent, lui avait envoyé un message pendant une évacuation en plein cours. On voit bien que c'est un sujet de préoccupation entre les jeunes".

Pour les enfants qui présentent des troubles du développement, "cette atmosphère est décuplée, et peut accentuer leurs difficultés au quotidien", souligne Mathilde Roussel. "Ce type d’événement peut aggraver leur anxiété, qui est déjà présente pour eux. Pour ces patients à la santé mentale fragile, ça peut entraîner des situations de phobies sociales, scolaires, et d'isolement", explique-t-elle.

Un isolement accentué chez les personnes âgées

Les personnes âgées sont elles aussi, pour la psychologue, très impactées par le climat anxiogène actuel. "Il y a un grand isolement des personnes âgées, on le ressent beaucoup. Elles sortent moins de chez elles, et font moins de choses qu'avant", explique-t-elle. 

Avec l'association de santé Villejean Beauregard, Mathilde Roussel et ses collègues mettent en place des activités pour "les aider à retrouver de l'énergie, l'envie de ressortir et de faire des choses" autour de chez eux. Même si l'isolement des personnes âgées est préoccupant depuis la pandémie, "les alertes à la bombe à répétition dans les espaces publics comme les musées ou les cinémas n'arrangent pas les choses", insiste la professionnelle. 

Que faire pour limiter les impacts ?

Dans une interview accordée au Parisien, Laure Beccuau, la procureure de Paris, a annoncé que, pour la première fois, ces menaces allaient être considérées "comme des violences psychologiques sur les personnes avec préméditation". Une décision prise suite à des "traumatismes psychologiques et des malaises" provoqués à cause d'une fausse alerte lors d'une évacuation dans un lycée du 20e arrondissement de la capitale. "C'est bien de punir les auteurs de ces canulars, mais il est indispensable d'accompagner les personnes qui en sont traumatisées", insiste Mathilde Roussel.

Que faire face à cet environnement angoissant ? "Il faut en parler autour de soi, ne pas hésiter à aller voir un professionnel de santé mentale si on n’ose pas en parler à son entourage", conseille la psychologue. Mathilde préconise également de diminuer sa consommation d'informations. "Pour les personnes âgées qui regardent en boucle les chaînes d’information toute la journée, c’est hyper anxiogène. Si c'est trop angoissant, il ne faut pas hésiter à se limiter dans ce visionnage, ou peut-être privilégier la radio si les images sont violentes à regarder".

Pour le jeune public, "c'est la même chose". Les parents peuvent "éviter de confronter leurs enfants face aux violences visuelles. Même dans les mots, on peut expliquer les choses très simplement sans entrer dans les détails". Idem pour les adolescents, qui peuvent essayer de "limiter l'usage des réseaux sociaux", même s'ils représentent un lien social aujourd'hui indispensable pour eux.

"Parfois, quand on est anxieux, on peut se renfermer sur nous-même, c’est là que peut arriver l’isolement. Si on s’isole parce qu’on a peur d’aller au cinéma, d’aller voir ses amis, ça peut être dévastateur", alerte Mathilde Roussel. 

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