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Fougères : un scanner pour résoudre les mystères de la momie chauve !

La momie de Fougères sous le spectre des experts (H.C. Loffet, J. Hérisset et L. Cadot) / © France 3 Bretagne - V. Chopin
La momie de Fougères sous le spectre des experts (H.C. Loffet, J. Hérisset et L. Cadot) / © France 3 Bretagne - V. Chopin

Vendredi matin, une momie ramenée d'Égypte à la fin du XIXème siècle a passé un scanner à l'hôpital de Fougères. Objectif : en savoir davantage sur les origines et l'histoire de ce corps embaumé. Sous les bandelettes, les spécialistes ont fait beaucoup de découvertes, troublantes pour certaines.

Par Valérie Chopin


C'est bien la première fois que le service imagerie du centre hospitalier de Fougères a affaire à un tel patient : une momie à passer au scanner ! Tous s'y préparent depuis plus d'un mois : "Nous ? On est content ! reconnaît Hélène Cochet, manipulatrice au sein de ce service. Comme Katell sa collègue, il finit sa nuit de travail avec ce corps embaumé qui a nécessité quelques réglages préalables : On ne fait pas la même chose à une momie qui est toute sèche, qu'à un patient vivant qui a des tissus, de l'eau, qui respire... Ça demande des paramètres particuliers que nous avons intégré avant dans la machine !"

Un patient bien particulier pour le service d'imagerie de l'hôpital de Fougères / © France 3 Bretagne - V.Chopin
Un patient bien particulier pour le service d'imagerie de l'hôpital de Fougères / © France 3 Bretagne - V.Chopin

Un souvenir ramené d'Égypte


Cette momie, dont on connaît peu de chose, a été ramenée d'Égypte, par un notable fougerais à la fin du XIXème siècle. "C'était très courant à l'époque, explique Jean Hérisset, responsable des archives municipales de Fougères. Eugène Filâtre de Longchamps fut président du Tribunal d'Alexandrie dans les années 1880, poursuit-il. Il est revenu au pays avec de nombreux souvenirs, dont un sarcophage (ndlr : aujourd'hui à Vitré) et cette momie, exposée entre 1898 et 1950 au château de Fougères."

La dentition passée à la loupe / © France 3 Bretagne - V. Chopin
La dentition passée à la loupe / © France 3 Bretagne - V. Chopin

C'est d'ailleurs à partir d'une carte postale de cette momie ainsi exposée, qu'un Fougerais passionné a commencé à enquêter : Thomas Bruneau est membre de la Société française d’égyptologie. Il a enquêté pour retrouver la trace de la famille d’Eugène Filâtre et faire aujourd'hui ressortir la momie de son caveau pour passer au scanner.

Une femme de 45 ans ?


Dès les premières images, de nombreuses indices ressortent de sous les bandelettes. Sa position, les bras croisés sur la poitrine est une première indication pour la restauratrice œuvres d'art Laure Cadot : "La main droite posée sur la main gauche est une position d'inhumation assez classique en Égypte. On voit aussi très rapidement un niveau de résidu dans la cavité crânienne, trace effective d'embaumement selon les techniques égyptiennes !"

Un scanner pour en apprendre plus sur cette grande oinconnue / © FRance 3 Bretagne - V. Chopin
Un scanner pour en apprendre plus sur cette grande oinconnue / © FRance 3 Bretagne - V. Chopin

Étant donné sa dentition, les spécialistes estiment l'âge de la personne embaumée entre 40 et 45 ans. Ils pensent aussi, indices à la clé, que "Momie Eolia" (comme le service l’a surnommé) est une femme qui aurait vécu entre -700 et -1000... "Le décès de cette personne date probablement de la 3ème période intermédiaire, c'est à dire, une période qui se situe entre 1000 avant JC et 750 avant JC… » s'enthousiasme Henri-Charles Loffet, docteur en égyptologie.



Le mystère des cheveux


Le scanner de la momie a permis de lever le voile sur plusieurs points, mais on a aussi découvert des choses "étranges"... Il a ces os absents, ces corps vertébraux qui n'apparaissent sur aucune image, tout comme le pubis... "Je ne me l'explique pas !" constate, perplexe Henri-Charles Loffet. "Ce n'est pas normal, pas anatomique !" poursuit le docteur en égyptologie qui n'a jamais vu d'exemples de ce type.
Les spécialistes ont relevé quelques étrangetés sur la momie / © France 3 Bretagne / Valérie Chopin
Les spécialistes ont relevé quelques étrangetés sur la momie / © France 3 Bretagne / Valérie Chopin

L'autre gros point d'interrogation se situe sur le haut de la tête : pas de traces de cheveu. Ni à l'oeil, ni via le scanner. Caméra en main et loupe vissée sur le nez, Laure Cadot ne peut que constater : "Le crâne est complètement nu ! Est-ce que c'est un effet de la momification ? La surface est perturbée par la présence de salpêtre, donc ça complique la lecture mais c'est quand même assez étonnant !"

La momie de Fougères, le mystère du cheveu
« La momie de Fougères, le mystère du cheveu » tournage à Fougères (35) le 6 avril 2018 / Reportage de Valérie Chopin et Louise Cognard. Intervenants : Laure Cadot, restauratrice d’œuvres d’art - Henri-Charles Loffet, docteur en égyptologie

Peut-être que les analyses approfondies du scanner permettront d'en savoir davantage. Elles seront complétées par une analyse au Carbone 14. Comme le relativisait un docteur du service d'imagerie médicale ce vendredi matin : "Il faut bien, aussi, que la momie garde quelques mystères ! On ne traverse pas des siècles pour tout dévoiler d'un coup !"


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