"Les arbres ont leur propre énergie". Symboles sacrés dans la culture celte, les druides en sont les gardiens

Les coutumes ancestrales de la civilisation celtique sont intimement liées à la forêt et à son mysticisme. Ainsi l'arbre est une figure centrale dans cette culture. Relié à la terre mère, il est considéré comme sacré. Il est indissociable des cérémonies des druides. Le morbihannais Pascal Lamour, druide, a fait un long chemin initiatique, à l'ombre des arbres et de leur symbolique.

Non les druides, les vrais, ne sont pas des illuminés. Si ceux-ci ont souvent été caricaturés, comme dans la bande dessinée Astérix, ces gardiens du savoir et de la sagesse officient toujours en Bretagne. Ils sont les tenants d'une civilisation qui a toujours mis la nature au centre de ses traditions et de ses croyances. Encore aujourd’hui, ils héritent du titre de Druide après un long parcours d'initiation. Ils deviennent les intermédiaires entre" les dieux et les hommes". Pascal Lamour est de ceux-là. Pharmacien, né à Vannes, il possède un doctorat de médecine et de pharmacie, délivré après sa thèse consacrée à la phytothérapie. Un sujet qui l'emmène à travers le monde entier pour des conférences.

Musicien, écrivain, il est avant tout un enfant de la campagne. Les arbres ont bercé son enfance. Ils sont aussi au cœur de sa pratique. Il explique:

"Les arbres ont leur propre énergie, différente de celle des humains. Aujourd'hui, c'est la mode de la sylvothérapie, des bains de forêt, on va faire des calins aux arbres et parfois contre rémunération. C'est une démarche anthropocentriste. Les gens imaginent que les arbres ont une âme et nous comprennent. Dans le druidisme, rien de cela."

On respecte l'authenticité de chaque élément, minéraux, végétaux, animaux, humains. Chacun a sa place et fait partie d'un tout.

Pascal Lamour

Druide

"Les Celtes vivaient en harmonie avec la  nature. L'arbre était un élément primordial dans leur vie.  Matériel de construction, utilisé pour fabriquer des outils, bois pour se chauffer ou préparer les repas, abri pour le bétail, remèdes médicinaux," explique Pascal Lamour.

L'arbre de vie, un symbole sacré

Symbole du sacré, de sagesse, d'éternité et d'immortalité, l'arbre est considéré comme un protecteur, qui fait le lien entre le monde des esprits et celui des humains. De ses racines ancrées en terre représentant le monde sous-terrain et que ces civilisations considéraient comme la terre-mère , de son tronc noueux en contact avec le monde des vivants au monde spirituel atteint par ses branches s'élançant vers le ciel, l'arbre est un intermédiaire. Cet arbre de vie était désigné sous le nom de Crann Bethadh : arbre monde chez les Celtes. Sous cet arbre, se déroulent les fêtes et les rituels.

Sur des graphismes ou des bijoux, on le retrouve. il ornait les fourreaux, les épées ou les harpes. L'arbre de vie est représenté dans un enchevêtrement de branches et de racines pour former un cercle parfait. Ce cercle se compose de motifs géométriques entrelacés, représentant le cycle de la vie.

Les Sept arbres essentiels chez les  Celtes 

Aux cours des cérémonies de Samain, chaque 1er novembre, pour le passage de la saison claire à la saison sombre ou durant le Beltaine, les feux de Bel, aux alentours du 1er mai, une fête qui marque, elle, le passage vers la saison claire, les druides allument un feu dans un chaudron et font une chaîne d'union initiatique autour du brasier.

C'est dans une chênaie, un bois sacré, un "nemeton" tenu secret (un mot qui signifie "sanctuaire" en gaulois), que nous pratiquons nos cérémonies. Car le chêne est l'arbre-monde par excellence. Un arbre majestueux et séculaire, qui relie par son axe l'homme aux dieux dans sa verticalité.

Pacal Lamour

druide

Les branches de sept essences spécifiques d'arbres sont utilisées pour alimenter ce feu. Ce sont les arbres les plus symboliques de la culture celtique. Des ramures de chêne, bouleau, pommier, houx, if,  et enfin de gui sont embrasées. 

Le chêne : un pont entre les humains et les dieux

C'est l'arbre le plus important dans le druidisme. Arbre séculaire, résistant, il a une force inouïe. Nombre de cérémonies druidiques se déroulent dans des chênaies, au sein de la puissance de ces arbres à la longévité exceptionnelle. IL était souvent planté au centre du village pour permettre aux habitants de se rassembler et de s'abriter sous son ombre.

Le chêne est un symbole pontife et souverain. Il est le pont entre les humains et les dieux. Il représente l'axe du monde. C'est sous le chêne que les rois rendaient la justice, au nom du divin par exemple.

Pascal Lamour

Druide

Le bouleau : l'arbre de l'origine

Ni pouvoir divin, ni pouvoir d'immortalité pour le bouleau dans la tradition celtique. Avec ces lignes simples et son écorce blanchâtre, il est l'arbre de l'origine et de la pureté. Il représente la fidélité et l'union,  sans quoi les lignées ne peuvent prospérer.

La sève du bouleau, remplace parfois le lait maternel dans certaines civilisations. Dans l'ogham, l'alphabet primitif irlandais, qui compte 25 lettres correspondant à un arbre ou un végétal, le bouleau (Beith) est la première lettre oghamique. Celle du début.

Dans la tradition populaire, des branches de bouleau servaient de décoration durant les mariages. C'était le symbole de l'origine et du début de l'union.

Pascal Lamour

Druide

 Le houx : protection, sagesse et immortalité

Qui ne cède pas à la tradition encore de nos jours, d'accrocher une couronne de houx sur sa porte à Noël en guise de porte-bonheur ? Mais d'où vient cette tradition ? Chez les Celtes, Le houx qui reste toujours vert avec son feuillage persistant, est symbole d'immortalité. Ses baies rouges constituent les dernières nourritures des oiseaux durant l'hiver.

Protecteur des oiseaux, animaux considérés comme messagers, il est aussi le symbole de la protection contre les mauvais esprits. 

Le bâton des druides est toujours taillé dans du bois de houx. Facile à façonner, cet attribut permet aux druides d'accomplir leurs actions dans une plus grande sagesse.

Pascal Lamour

Druide

 Le pommier : l'arbre d'immortalité de l'île d'Avalon

"En langue celtique, la pomme se dit "Aval". Un mot qui a donné son nom à l'île d'Avalon. Dans la légende Arthurienne, c'est là que le roi Arthur blessé et la fée Morgane se réfugient après la dernière bataille de Camlann. Ce lieu est un troisième monde selon la mythologie celtique, un pays duquel il serait possible de revenir après la mort", précise Pascal Lamour. Le pommier est donc le symbole de l'immortalité.  L'île d'Avalon, le verger merveilleux de l'autre monde, peut être comparée aux jardins des Hespérides, jardin d'immortalité réservé aux Dieux dans la mythologie grecque. Un jardin où là aussi se trouve un arbre qui donne des pommes d'or. Le pommier est également considéré comme l'arbre de la science et de la connaissance, bien avant les religions chrétiennes qui ont fait de la pomme le fruit défendu, croqué par Eve chassée du Paradis.

Il y a peu de temps encore se perpétuait la fête populaire de l'arbre à pommes, le 1 er novembre. C'était un rituel commémoratif et funéraire . A cette occasion était présenté un arbre garni de ces fruits. Cet arbre pouvait être une branche de houx, d’if ou un arbre stylisé, garni pour l'occasion de pommes,  symbolisant la connaissance et l’immortalité.

Pascal Lamour

Druide

L'if, symbole double de mort et de longévité

Avec ses feuilles et son bois toxiques, l'if est naturellement symbole de mort. On le retrouve souvent dans les cimetières. Mais c'est aussi un arbre qui peut vivre plusieurs centaines d'années, ses feuilles sont persistantes, ce qui en fait aussi paradoxalement un symbole de longévité.

La chair de ses fruits rouges est la seule partie comestible de l'if car les graines sont également toxiques. Ses fruits rouges sont aussi associés au sang, au sacrifice et à la promesse d'un renouveau après la mort.

Le noisetier ou coudrier: l'arbre du secret

Appelé aussi coudrier, le noisetier a encore aujourd'hui gardé sa réputation magique. Son bois est employé dans la vannerie, en tonnellerie, ou encore pour fabriquer des manches d'outils mais c'est surtout pour détecter des sources que les druides l'utilisaient.

Les baguettes de sourciers sont toutes faites en noisetier. Son bois très souple est facile à travailler. On trouve beaucoup de branches en V qui glissent bien dans les mains et permettent, grâce au magnétisme du sol, de détecter la présence cachée de l'eau et de révéler les secrets cachés de la terre.

Pascal Lamour

Druide

Ses fruits, dont il faut casser la coque pour pouvoir les manger, symbolisent aussi les secrets de la science des druides, protégés par l'enveloppe de la noisette.

Le gui du chêne : l'attribut sacerdotal des druides

Le gui n'est pas un arbre à proprement parler, mais ses particularités et ses fonctions sont primordiales dans les rites celtiques."Ce n'est pas n'importe quel gui" précise Pascal Lamour. "Il s'agit du gui du chêne et l'on en trouve peu en Bretagne, il est rare et donc précieux."

Le gui est sacré ! Il représente l'éternité car il reste vert en toute saison. Pour cela, il représente l'union et la communion entre les êtres et les choses.

Pascal Lamour

Druide

Dans les cérémonies du solstice d'hiver, les druides recueillent encore le gui à la faucille et le déposent dans un linge blanc. Il est doté de nombreuses vertus . L’expression « Au gui l’an neuf »  proviendrait de l’expression en celtique ancien « o ghel an heu » signifiant « que le blé lève" . Les Druides prononçaient cette phrase au solstice d'hiver, pour favoriser les récoltes. D'où la tradition qui perdure, de s'embrasser sous le gui en fin d'année, afin de se porter bonheur.

Les druides ont toujours aujourd'hui mission de transmettre la culture celte traditionnellement orale. Elle se perpétue encore lors des rituels de cette communauté. Bien avant toute conscience écologique, les Celtes avaient déjà compris l'appel de la forêt pour trouver équilibre et sagesse.