La Vilaine est un fleuve qui ressemble à une rivière. Longtemps, elle fut exploitée, très tôt aménagée, et un jour, on lui a tourné le dos, on l'a boudé. La Vilaine est pourtant un allié précieux pour ceux qui savent l'écouter et l'observer. Embarquement de Bourg-des-Comptes jusqu'à Rennes.

La Vilaine, un long fleuve aujourd'hui tranquille

À Bourg des Comtes, près du moulin, quelques pêcheurs taquinent le poisson dès potron-minet, tandis que s’avance la « Gabelle », prête à passer l’écluse de Gai-lieu. Cette toue de 10 mètres de long et 3 de large, équipée d’un moteur, servait autrefois pour la pêche au saumon, l'extraction de sable et le transport.

Un bateau traditionnel de la Loire qui connait une seconde vie, sur un autre fleuve : la Vilaine. A son bord, Steeve Perraud et Jean-Paul Baconnais remontent son cours en direction de Rennes. Jean-Paul est intarissable sur ce cours d’eau et sa vallée. Avec un père employé aux carrières de Malroche, une mère éclusière et un grand-père marinier, il se plait à dire qu'il est né sur la Vilaine. Pour lui, remonter le fleuve, c'est comme remonter le cours de sa vie et il en a coulé des jours heureux sur la Presqu'ile de la Bouexière, son terrain de jeu enfant ! Ses parents habitaient la maison éclusière.
 
© Marcel Mochet - AFP
© Marcel Mochet - AFP

La pêche, les agriculteurs qui venaient porter leur blé au moulin aujourd’hui transformé en habitation privée, Jean-Paul ne manque pas d’anecdotes sur cette écluse qui voyait passer jusqu'à quinze péniches par jour surtout l’hiver quand il y avait assez d'eau. Aujourd'hui, à la belle saison, elles se comptent sur les doigts d'une main.

S'il cède volontiers la barre à son ami Jean-Paul, le vrai capitaine à bord c'est Steeve. Ancien boulanger, il a changé de cap en 2012 pour se lancer dans le tourisme fluvial et le transport en toues. Il apprécie la compagnie de Jean-Paul qui partage volontiers ses histoires de cahotiers, ces bateaux bretons spécialisés dans le transport de la pierre sur la Vilaine depuis les carrières notamment de Cahot, près de Pont-Réan jusqu’à Rennes.

A moins de 10 km/heure, les rives de la Vilaine révèlent un riche patrimoine bâti et naturel. Son faible débit a permis aux moulins de s'installer à même le lit principal. Celui du Boël, en forme d'étrave, est certainement le plus connu. Abandonné en 1936, il est devenu la promenade champêtre préférée des Rennais. Mais peu le savent : un moulin puise toujours sa force de la Vilaine. Il fournit plus de 200 artisans boulangers dans la région : le moulin de Champcors. Emmanuel Pivain, meunier comme son père et son grand-père avec lui, en parle avec passion.
 

 

Un fleuve devenu désirable

Il est loin le temps où la Vilaine faisait fuir ou se pincer le nez. Les promoteurs immobiliers l’ont bien compris : le fleuve est devenu un atout pour la ville et avec de vieux bateaux dessus, c’est encore plus joli !

Sur le Quai Saint-Cyr, les péniches font partie, depuis quelques années, de la carte postale rennaise. Mais ces embarcations servent avant tout de lieux de vie. Une vie en ville mais avec vue imprenable sur la Vilaine que seuls quelques courageux – un peu « toqués », si on les écoute – ont sauté le pas.
 

C’est le cas de Jean-Pierre Le Bozec. Voilà plus de dix ans que ce célèbre peintre pastelliste, ancien professeur aux Beaux-Arts de Rennes, travaille et vit sur la Vilaine. Il nous ouvre la porte de son bateau et nous laisse entrevoir le quotidien des pénichards.
 

Allez, on se jette à l’eau !

Dans ce numéro, nous partons à la rencontre de ceux qui n’ont pas peur de se « mouiller » dans la Vilaine !
 
© BLEGRAND - maxPPP
© BLEGRAND - maxPPP

Ce ne sont pas quelques gouttes d’une eau bien plus propre qu’il n’y paraît qui feraient reculer les amateurs d’aviron et de pêche urbaine. On découvre en leur compagnie qu’un canoë centenaire baptisé le « Cigogne » glisse sur les eaux de la Vilaine depuis 1923 ou encore qu’on peut pratiquer la pêche sans avoir l’air ringard et ça s’appelle le « street-fishing ».

Equipé d’un float-tube et son permis de pêche en poche, il est possible de s’initier à la pêche sans faire des kilomètres, dans un cadre inédit et même étonnant.
 

A l’Ouest, il y a du renouveau

Saviez-vous que la Prévalaye était connue jusqu'à la cour des rois grâce à son beurre, le fameux « beurre de la Prévalaye » dont Madame de Sévigné raffolait ?

Après trois siècles d’élevage et de cultures maraîchères, ce territoire situé à l’ouest de Rennes a perdu sa vocation agricole - dans les années 1980 - pour devenir un espace de loisirs.

Perdue pour toujours ? Pas pour tout le monde. Mickaël Hardy y a planté sa ferme ou plutôt deux jardins en permaculture, de 5000 et 3000 m2 où il cultive des légumes bio et des graines pour semis. Au milieu des plantes aromatiques et des feuilles de pommes de terre, le fermier naturaliste transmet aussi les bases de la permaculture. Une méthode de culture très ancienne qui permet de belles récoltes sans pesticides, sans même bêcher ou arroser.
 

Les 450 hectares de terres de la Prévalaye sont inondables mais cela n'a jamais été un frein au maraîchage, bien au contraire ! L’expérience menée par Mickaël Hardy et d’autres fermiers intéresse depuis des années Valérie Chable, ingénieur agronome et chercheur à l'INRA. Elle suit de près cette reconquête de la Prévalaye, « un laboratoire vivant ».

C’est aussi un lieu d’ébullition musicale depuis qu’une guinguette - le « MEM » - s’est installée non loin de là, sur les berges de la Vilaine. Agriculture et culture redonnent vie à la Vallée de la Vilaine.