Environnement. Alternative aux déchets, le réemploi de coproduits industriels gagne du terrain en Bretagne

durée de la vidéo : 00h07mn00s
Le réemploi de coproduits industriels gagne du terrain en Bretagne où de plus en plus d'entreprises donnent une seconde vie aux produits dont elle n'a plus besoin, parfois en la vendant au voisin... ©V. Chopin / France 3 Bretagne

Que faire du mobilier qui vient d'être changé, de l'échafaudage qui ne sert plus, ou encore des cuves dont on a utilisé tout le liquide ? Tous ces produits prennent de la place dans les entreprises. Plutôt que de les jeter et de les traiter comme des "déchets", de plus en plus de professionnels se tournent vers le réemploi de ces objets.

"Tout le monde y gagne !" Jean-Charles Jego en est convaincu et le répète à l'envi : le réemploi est une solution intéressante à tous les sens du terme. Pour celui qui vend, comme pour celui qui achète. Économiquement comme écologiquement.

Gagnant / gagnant

Cela fait plusieurs années déjà que le dirigeant de l'entreprise Self Signal travaille en ce sens. "C'est parti d'une réflexion au sein de l'association Activ'Est, le réseau qui fédère les entreprises de la zone industrielle située au sud-est de Rennes" explique-t-il. "On s'est rendu compte que les palettes et les caisses de la société voisine (Oberthur Fiduciaire) pouvaient nous servir. Ça les débarrasse eux, et nous : ça nous évite d'en acheter des neuves."

1 euro contre 3,50 / 4 euros la pièce. L'affaire est intéressante d'un point de vue financier pour l'acheteur, comme pour le vendeur : "Eux, ça leur coûtait cher de recycler ces caisses et palettes qui sont lourdes et hors standards parce que spécifiques à leur activité... Avant : ça leur coûtait de l'argent alors que maintenant c'est une ressource !"

Outre l'intérêt économique de ce "réemploi de coproduits", le chef d'entreprise souligne aussi l'intérêt écologique. En trouvant une seconde vie à ces palettes, il évite d'en acheter des neuves et d'en détruire d'autres encore utilisables : "Tout le monde s'y retrouve et on a le sentiment de faire une bonne action !"

Intérêts à faire circuler

La logique gagne du terrain au sein des entreprises qui sont incitées à réduire leurs quantités de déchets. D'autant plus depuis avril 2022 et la loi AGEC, loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, qui veut "accélérer le changement de modèle de production et de consommation afin de limiter les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat". Le "réemploi solidaire" est devenu une priorité.

"Outre les évolutions réglementaires, on note un engouement certain depuis la crise liée au Covid-19" constate Magalie Chesnel, conseillère Développement Entreprises & Environnement au sein de la CCI Bretagne. "L'inflation et les notions de sobriété font aussi avancer les choses : les entreprises se rendent compte que les produits jusqu'alors immobilisés (les stocks dormants, les erreurs de commande...) peuvent devenir des ressources pour les entreprises voisines."  

Durant près de neuf ans en Ille-et-Vilaine et aujourd'hui dans le Finistère, elle tente de créer des synergies entre entreprises. Si l'institut de l'économie circulaire aiguille les professionnels, les CCI aussi, s'impliquent  à leurs échelles : Via les réseaux sociaux notamment, des catalogues, qualifiés de boîtes à ressources sont mis en ligne. Les produits listés ne sont donc pas qualifiés de déchets mais de co-produits.

Coproduits vs déchets

"Dans le cycle de vie de la matière, les coproduits industriels sont des pièces que l'on va démonter, des outils, des équipements, qui vont pouvoir être réutilisés plutôt que d'être mis en bennes de déchets" explique Nicolas Poisson, directeur du technicentre maintenance Bretagne de Rennes et particulièrement sensible aux sujets liés à l'économie circulaire. 

Une fois placés dans les bennes industrielles, les déchets sont soit détruits (incinérés) soit valorisés, partiellement ou en partie. Un tri sélectif qui demande du temps et de l'énergie... Selon Jean-Charles Jego, "une tonne de déchet en DIB (ndlr : déchet industriel banal) c'est environ 100 euros ! Plus les coûts de rotation des camions..."

Le dirigeant de Self Signal ne s'en cache pas : "Ce qu'on met en moins dans nos poubelles, c'est ça de moins à payer !" Son entreprise héberge depuis des années des artistes en résidence. Il a pris le pli de leur ouvrir ses poubelles. Chutes de plexi, PVC, alu, bois, etc. L'école des Beaux-Arts de Rennes, mais aussi des associations et collectifs peuvent y trouver matière... "Ce sont des produits très complexes, des multi-matériaux que je ne peux pas recycler, autant les donner plutôt que de les incinérer ! Tout le monde y gagne !" explique le professionnel spécialisé dans les panneaux de signalisation.

Toutes gammes de déchets confondues, le technicentre maintenance Bretagne de la SNCF, lui, génère chaque année près de 300 tonnes de déchets. "Parmi ces déchets, certains sont considérés dangereux et d'autres non dangereux. Sur cette deuxième partie, plus de la moitié des déchets sont aujourd'hui valorisés. C'est déjà un bon chiffre mais on cherche à l'améliorer" explique Nicolas Poisson qui préfère lui aussi donner, plutôt que de stocker inutilement ou incinérer.

Depuis quelques années, la SNCF mise aussi sur le reconditionnement : "Plutôt que de jeter ou détruire, on démonte de plus en plus de pièces qui sont reconditionnées puis réutilisées. Aujourd'hui, près de 40% de nos pièces sont reconditionnées. Les autres sont soit jetées, soit réemployées."

"Du bon sens adapté à l'industrie"

Non loin de là, le réemploi de coproduits industriels est devenu le cœur de métier de deux jeunes Rennais. Lors de leurs études à l'INSA, Guillaume Vailland et Arnaud Moulin ont fait un triste constat. "Quand on voit le contenu des bennes industrielles, on mesure le gâchis !" s'agacent encore les co-fondateurs de Bluemarket. "Près d'un tiers des objets sont réemployables !!! Ce sont des objets à forte valeur ajoutée, ils sont juste mis dans les bennes parce qu'il n'y a pas d'autres solutions simples pour s'en débarrasser."

Après deux ans de recherches et d'études, ces deux-là ont donc créé en février 2022 une plateforme dont le nom renvoie aux spots industriels utilisés dans l'industrie, mais aussi à l'économie bleue...

Sur "Bluemarket", les détenteurs de coproduits peuvent les proposer à moindre prix à des professionnels sensibles au "seconde main". "Le réemploi, ça n'a rien de révolutionnaire, c'est juste du bon sens" explique Arnaud Moulin. "Par contre dans l'industrie, il y a beaucoup de contraintes logistiques, de normes, d'obligations de traçabilité, d'organisation... Notre idée, c'est de simplifier les démarches des industriels pour qu'ils se tournent vers le réemploi."

Leur petite entreprise, installée dans les locaux de l'incubateur la Villa Atlantique à Cesson-Sévigné, compte déjà six salariés.

Plus de détails dans le "Parlons environnement" diffusé sur France 3 Bretagne ce 11 octobre 2022.