Il y a 30 ans, l'incendie du Parlement de Bretagne. "Ce bâtiment fait partie de ma vie"

Le Parlement de Bretagne, édifice du 17ᵉ siècle, est emblématique de Rennes. Les habitants l'ont redécouvert après l'incendie de 1994, qui a ravagé le bâtiment. Depuis sa restauration et sa réouverture, il s'est ouvert au public. Trente années après le sinistre, des Rennais nous disent leur attachement au lieu.

"Ce bâtiment fait partie de ma vie. J’habite à Rennes depuis quarante ans et sans lui, pour moi Rennes n’existe pas, lâche tout de go Michèle. Quand il a brûlé, je n'étais pas bien. Pour moi, c'est un symbole !", conclut la souriante septuagénaire. "Un peu comme la mairie ou l’opéra, c'est un bâtiment qui est associé à la Ville de Rennes" note pour sa part, Cléo, 20 ans, bonnet vissé sur la tête, assise dans le jardin au pied du Parlement de Bretagne.  

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"Un vrai repère dans la ville"

L'édifice est un vrai repère dans la ville. C'est ce que souligne Philippe, en regardant les quatre allégories, qui ornent le toit : "Ce côté doré là, c'est plutôt chouette et puis c’est un bel endroit, toujours ensoleillé. Je ne sais pas comment il est exposé, mais c’est toujours assez chouette !"

Il est cher aux Rennais, car il a brûlé à la fin du 20ᵉ siècle, dans les années 90, pendant une manifestation de marins pêcheurs. Et je pense que ça a un peu ravivé l’intérêt des Rennais pour le lieu.

Étienne,

Rennais de 23 ans, qui habite à côté du Parlement et passe devant tous les jours

Une histoire du siècle dernier, qui parait très ancienne au jeune homme. Beaucoup moins à Philippe : "Quand il a brûlé, c'était triste, témoigne-t-il et puis l'idée, c'était de savoir s'il allait être retapé et comment. Et au final, c'est beau. Ils ont bien fait ça !" se réjouit le Rennais.

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Tout à la fois cour d'Appel et lieu de visite

Depuis 1999, année marquée par le retour de la Cour d'Appel dans les lieux, après les travaux de restauration, le Parlement de Bretagne est devenu aussi un lieu de tourisme. Chaque semaine, des visites y sont organisées, qui permettent d'apprendre que sa construction a commencé en 1618, sous la direction de l'architecte royal, Salomon de Brosse, très inspiré par les palais de la Renaissance italienne. 

C’est un lieu majestueux. Je ne suis rentré qu’une fois dedans, mais on sent que c’est assez solennel. C’est un très beau lieu !

David, Rennais d'une cinquantaine d'années

Mais avant même la pose de la première pierre, c'est le mariage d'Anne de Bretagne au roi de France et le rattachement de la région au royaume, en 1532 qui a signé l'acte de naissance d'un Parlement, lieu d'administration de la province et déjà Cour de justice. Un édifice, qui en maints endroits associe l'hermine, à la fleur de lys, les emblèmes de la Bretagne et du royaume de France.  

L'endroit renferme des trésors

La visite du Parlement passe par la très vaste salle des Pas Perdus, ou salle des procureurs, de 37 mètres de long. Pièce lumineuse, qui s'ouvre sur la place, peinte en blanc et doré, avec un magnifique médaillon au plafond.

Mais le joyau des lieux est certainement ce qu'on appelle la Grand'Chambre, salle honorifique aujourd'hui. Tout de rouge et boiseries dorées, avec un plafond à caissons, ornés des œuvres de Coypel ou Errard, artistes phares du 17ᵉ siècle. Deux tapisseries de la manufacture des Gobelins se faisant face, l'une représentant la mort de Bertrand du Guesclin, l'autre le mariage d'Anne de Bretagne.

L'incendie va révéler l'aspect patrimonial du Parlement, son côté emblématique, cette architecture et ses décors, qui heureusement ont échappé pour la plupart d'entre eux au feu. Tel le phénix, il va renaître de ses cendres, et retrouver aussi une part de son histoire qui avait été occultée au cours du temps.

Gilles Brohan,

animateur de l'architecture et du patrimoine - Ville de Rennes

Ironie de l'histoire, alors que l'ensemble des décors de la Grand'Chambre, avait pu être sorti des flammes en 1994, la moitié d'entre eux, envoyés dans un atelier en région parisienne pour leur restauration, ont disparu dans l'incendie de celui-ci en 1997. Une des deux tapisseries des Gobelins n'existe plus, c'est donc son carton, c'est-à-dire le modèle dessiné, qui est désormais exposé dans la salle.

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. ©Krystell Veillard / FTV

25 à 28 000 visiteurs par an en moyenne

Puis les visiteurs vont parcourir deux autres très jolies salles, Jouvenet, la première, puis Jobbé Duval. Et là encore, des décors somptueux et des boiseries dorées. "C'est assez extraordinaire, s'enthousiasme Paul, un des visiteurs, le nez levé vers le plafond, C'est d'une richesse incroyable ! C'est assez fantastique d'avoir pu à la fois préserver et restaurer de cette façon-là !" "J'étais très impressionnée par les boiseries, renchérit Marion, étudiante, "je ne pensais pas qu'il y avait autant de fastes, de dorures, je pensais que c'était plus sobre, s'amuse-t-elle.

Chaque année, 25 000 à 28 000 personnes en moyenne visitent le Parlement de Bretagne. Une réappropriation par le public, qui a rendu au lieu sa valeur historique, artistique et symbolique.