Langues régionales : l'Etat et le Conseil régional arriveront-ils a se mettre d'accord sur les moyens à mettre en oeuvre ?

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Écrit par Mathieu Herry
L'enseignement du breton et du gallo sont l'un des axes principaux de la Convention spécifique pour la transmission des langues de Bretagne et le développement de leur usage dans la vie quotidienne.
L'enseignement du breton et du gallo sont l'un des axes principaux de la Convention spécifique pour la transmission des langues de Bretagne et le développement de leur usage dans la vie quotidienne. © Mathieu Herry / FTV

Une nouvelle version de la Convention spécifique sur les langues régionales est en cours de discussion entre les services de l'Etat et le Conseil régional de Bretagne. Les associations de défense de ces langues s'inquiètent du manque d'ambition d'un document de travail qui a récemment fuité. La majorité régionale espère voter un texte ambitieux lors de sa prochaine session, début février.

Alors que les langues régionales ont beaucoup fait parler en 2021, à coups de votes trans-partisans au Parlement, de censures du Conseil constitutionnel et de déclarations d'amour présidentielles, c'est un texte moins médiatique qui occupe les esprits en ce début d'année 2022 : la convention spécifique pour la transmission des langues de bretagne et le développement de leur usage dans la vie quotidienne.

La première version du document date de 2015. Dans le cadre du Pacte d'avenir pour la Bretagne, réponse du gouvernement Ayrault au mouvement des Bonnets rouges, le président du Conseil régional et le préfet de la région Bretagne signent cette convention dans laquelle figurent notamment des objectifs chiffrés en termes d'enfants scolarisés dans les trois filières bilingues français-breton : publique, privée et Diwan.

Depuis plusieurs mois, les deux parties discutent pour mettre à jour ce texte. En pleine campagne pour les régionales, il y a un an, le refus de Loïg Chesnais-Girard de voter les propositions du Rectorat d'académie mettait la thématique au cœur des débats... et retardait d'autant la conclusion d'un accord. 

Depuis, les discussions ont repris mais peinent à aboutir, ce qui inquiète les défenseurs du breton unis au sein du collectif Unanet evit ar brezhoneg. "Le calendrier est très serré avec les échéances des élections, à commencer par la présidentielle, résume Arnaud Goapper, vice président de Div Yezh, la fédération des parents d'élèves du bilingue public. On sait qu’à partir du moment où la campagne va s’ouvrir, le temps de négociation va se refermer."

Un document de travail qui inquiète

Et le document de travail qui a fuité et s'est retrouvé entre les mains n'est pas pour les rassurer. "Dans ce document, le Rectorat d'académie de Rennes censure presque toutes les propositions de la Région", s'inquiète Yann Uguen, président du réseau d'écoles associatives Diwan. 

"Au lieu d’objectifs chiffrés : on revient à des intentions. Nous pensons que pour préserver la langue, il faut fixer des objectifs qu’on peut vérifier, comparer d’une année sur l’autre, pour arriver à un objectif de 50.000 élèves en filières bilingues en 2030. C’est un chiffre qui permettrait de maintenir le nombre de locuteurs en Bretagne, et faire face à la disparition naturelle, malheureusement, des locuteurs."

Arnaud Goapper ajoute même : "La convention c’est la boîte à outils pour mettre en œuvre les textes officiel, comme la nouvelle loi Molac. Elle détermine les moyens que doit mettre en place le Rectorat en termes d’enseignement, en termes de promotion de la langue, en termes d’objectifs aussi. Et cette boîte à outils est presque vide dans la proposition du Rectorat. On a même l'impression d'ambitions au rabais par rapport à la précédente convention."

Les discussions continuent

Du côté de la majorité régionale, on note des progrès dans les discussions depuis le début de l'année. Paul Molac, conseiller régional qui participe aux discussions avec Christian Troadec, le vice-président chargé des langues de Bretagne, indique que "le ton des échanges a changé récemment. Mais rien n'est gagné. Il faut que cela avance dans les quinze prochains jours, sinon nous ne signerons pas."

"Le Rectorat propose, par exemple, la création d'une classe préparatoire pour les jeunes qui se destinent à l'enseignement bilingue. C'est une idée mais nous avons fait de nombreuses propositions pour répondre au problème central du manque d'enseignants pour ces filières. Augmenter le nombre de places réservées au concours de professeur des écoles, créer un mouvement spécifique pour les enseignants ayant la compétence langue bretonne mais qui enseignent hors de Bretagne. Là dessus, il faut encore que l'on discute pour obtenir des avancées."

Manifestation le 19 janvier

Pour peser dans les discussions dans cette dernière ligne droite, le collectif Unanet evit ar brezhoneg a lancé un appel à manifester, le 19 janvier devant le Rectorat d'académie, à Rennes. 

"Pour le nombre de postes au concours de professeur des écoles qui est un élément chiffré, dans la précédente convention on arrivait péniblement à 20% comme objectif final, argumente Arnaud Goapper. Là, le Rectorat repart sur la base de la précédente convention c’est-à-dire 15%, alors que la Région a proposé 50% des postes dédiés au concours bilingue. Nous devons faire pression sur le Rectorat pour que les lignes bougent." 

"Il faut clairement changer de braquet et pour cela il faut mettre les moyens en termes de formation d’enseignants en face de ces objectifs", ajoute Yann Uguen pour le réseau Diwan. 

A l'heure de publier cet article, nos questions écrites adressées au Rectorat d'académie le 4 janvier sont toujours sans réponse.

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