Le chanteur des Pogues, Shane MacGowan est mort. "Ça fait un putain de coup ! ": l’hommage de la scène musicale bretonne

Shane MacGowan s’en est allé à l'âge de 65 ans et la scène musicale bretonne est en deuil. Avec son groupe les Pogues, le chanteur irlandais avait redonné à la musique celte une nouvelle énergie en mêlant punk et musique traditionnelle.

"Ça m’a fichu un putain de coup d’apprendre sa mort, confie Tristan Nihouarn, le chanteur de Matmatah. Je rêvais de le rencontrer, je n’aurai pas eu cette chance." 

Le groupe faisait les balances d’avant concert quand la nouvelle est tombée. "On s’est dit, c’est un jour particulier et on a repris un morceau des Pogues. "

Pour le groupe brestois, Shane MacGowan, c’était un peu "un héros". "Un des plus grands auteurs de chanson que la planète a connu. Ses textes sont des chefs d’œuvre, des trucs de dingue." 

Une gueule et une voix 

Le petit Shane est né le 25 décembre 1957 dans le Kent en Angleterre de parents irlandais. Il grandit avec la musique traditionnelle de son pays dans les oreilles, et puis un jour, il découvre les Sex Pistols et les Clash, l’explosion punk. C’est une immense claque !

Le jeune homme forme alors un premier groupe punk, puis un second. En 1982, il décide de se retourner vers la musique folk irlandaise avec des copains rencontrés dans un squat : les Pogues sont nés. 

Dans les pubs irlandais, entre les entrechoquements des pintes de Guinness et la fumée des cigarettes, Shane MacGowan promène sa gueule incroyable et sa voix plus rocailleuse encore que la lande de son pays. En 1985, les Pogues reprennent Dirty Old Town, chanson de 1949, le succès est mondial et immédiat. 

En Irlande, la période est difficile. Les attentats se sont multipliés, les grévistes de la faim sont morts mais la première ministre anglaise, Margaret Thatcher refuse toute discussion, "on ne parle pas avec les terroristes", assène-t-elle. Militant pro irlandais, Shane MacGowan chante les déclassés, les oubliés. 

"Sa musique est incroyable et l’histoire de ce mec est liée à l’histoire irlandaise, insiste Tristan Nihouarn. Il a toujours défendu la cause irlandaise et c’est marrant qu’un punk soit devenu ainsi une figure culturelle et politique du pays. C’était vraiment quelqu’un d’important. "

Mélange de sons et de cultures

"Il a fait un subtil mélange de la musique irlandaise et du punk et  cette rencontre entre le trad et le gros son, poursuit le chanteur de Matmatah, c’est un mariage parfait ! Ce sont des sons qui nous parlent ici en Bretagne. "

Quelques années plus tôt, un jeune musicien breton a mêlé la musique celte et le rock. Alan Stivell aime "le son très pur et très cristallin de la harpe", mais il joue à y ajouter parfois des pédales de distorsion, "ça ne me fait pas peur", sourit-il. 

Quand il entend Shane MacGowan et les Pogues, il aime tout de suite. "Nous n’avons pas la même approche mais j’ai apprécié son côté Destroy. Il a participé à relancer la musique celtique." 

"Avant Les Pogues ou Alan Stivell, la musique celtique et les musiques traditionnelles, c’était considéré comme ringard, se souvient Gilles Servat, un truc de ploucs, et en fait Non… Ils ont fait rentrer le folk dans la musique mondiale."

"Un Destroy-sage"

En 1993, par l’intermédiaire de son tourneur, Alan Stivell invite Shane MacGowan à venir chanter sur son prochain album. L’Irlandais accepte et arrive au studio Arpège aux Sorinières, au sud de Nantes.

"J’ai été très impressionné par son côté professionnel, se rappelle Alan Stivell, il était Destroy mais il avait en même temps un côté très sage. Il a répété, répété, répété, jusqu’à ce que ce soit parfait. "

"C’est assez incroyable parce que c’est un chanteur Destroy, je me répète mais c’est vraiment l’adjectif qui me semble le plus exact, explique Alan Stivell, mais il chante très juste. Il aurait pu chanter archi faux, ce n’est pas du tout le cas. Les notes sont très justes, après entre les notes, il y a ce glissement, qui est sa proposition artistique. " 

Les deux hommes enregistrent ensemble trois chansons, dont Tri Martolod.  "Il a chanté en breton, et puis on a fait Foogy Dew, une chanson révolutionnaire irlandaise, ça, c’était plus dans sa farine. "

Il y avait beaucoup d’émotion dans son chant. On entend un peu comme un cri. Le cri de la misère du monde ouvrier irlandais, de tous ceux qui ont été rejetés par la société."

Alan Stivell

La légende raconte que Shane MacGowan aurait commencé à boire à l’âge de trois ans, qu’il fumait plus que toutes les tourbières du pays et goûtait à tous les produits, licites ou pas ! 

"Il assumait d’être comme il était, témoigne Alan Stivell. Il exprimait ainsi les côtés sombres de l’âme irlandaise et racontait les difficultés de la vie quotidienne en Irlande, du Nord notamment. Avec lui, on était parfois loin du bucolique…  "

"Punk is not dead"

"Il était dans le présent, sans rejeter son histoire et son environnement. La musique irlandaise, c’était sa culture, il la vivait au présent." 

"Évidemment, il ne tournait pas en rond dans sa chambre en se demandant, comment faire pour que les gens ne rejettent pas cette culture, ce n’était pas son genre. Il ne défendait pas pour défendre, il exprimait ce qu’il était avec ces racines à lui et son côté rock. "

L’arrivée des Pogues a participé à la "déringardisation" de la musique celtique

Alan Stivell

"L’arrivée des Pogues a participé à la "déringardisation" de la musique celtique dans les années 90. Une certaine "reringardisation" avait commencé dans les années 80, en rejet des années 70. C’est ainsi, constate Alan Stivell, une décennie ringardise l’autre. Avec eux, un nouveau public est arrivé, de nouveaux groupes sont nés. " 

"Les Pogues, c'est un peu les grands frères des Ramoneurs de menhirs"

"Pour moi, la musique traditionelle, c'est pas que c'était ringard, c'est qu'on n'y pensait même pas, analyse Loran, guitariste et chanteur des Ramoneurs de menhirs, groupe de punk celtique.C'est ce que nos grands-parents écoutaient, donc, nous, on écoutait autre chose."

Puis vinrent les Pogues."C'est un énorme virage dans la musique Punk," s'émerveille encore Loran.   "Leur premier album, produit par Elvis Costello, est Monstrueux. Ils ont fait écouter la musique irlandaise à travers le monde." 

"Ils sont les premiers à avoir marié les musiques traditionelles et le Punk-rock et on s'est rendu compte que l'énergie, ce n'était pas une question de Riffs de guitare, mais que c'était un état d'esprit. Les Pogues, c'est un peu les grands frères des Ramoneurs."

"Les Pogues ont montré que les racines et les traditions sont hyper-importantes, continue Loran. Nous, on n'oublie pas que le rock est né dans un champ de coton". 

On entend les litres d'alcool et les paquets de cigarette qui sont passés par sa gorge

Loran, Les Ramoneurs de menhirs

Et puis, il y a ce son, ce grain de voix. "La voix de Shane MacGowan a aussi amené quelque chose. On entend les litres d'alcool et les paquets de cigarette qui sont passés par sa gorge. C'est vraiment l'esprit des tavernes. Les irlandais s'y retrouvaient parce qu'ils étaient opprimés et les seuls endroits où ils pouvaient jouer leur musique, c'était dans des endroits cachés." 

Les chansons des Pogues ont rythmé les tournées de Matmatah. Pendant les longues heures de voyages où le paysage défile derrière les vitres du bus, ils écoutaient souvent les Pogues." Ils font partie des groupes vers qui on revient toujours par période et qui te font oublier l’instant présent pour t’emmener loin avec eux. "

"Vieille ville de merde"

Gilles Servat avait entendu "Dirty Old Town" faire trembler les vitres des pubs irlandais. En 1996, il a traduit la chanson pour en faire sa version, "Vieille ville de merde."  

"Shane MacGowan, confie-t-il, c’était un chouette personnage, je ne l’ai pas beaucoup connu, je ne crois même pas que j’ai bu un coup avec lui…mais nous nous sommes rencontrés."

"Je suis allé beaucoup en Irlande et j’étais très sensible à sa façon d’être irlandais. Il n’y allait pas de main morte", s'amuse le chanteur breton. Avec tout ce qu’il s’est mis dans le gosier, les poumons et les veines, c’est déjà pas mal qu’il soit arrivé jusqu’à 65 ans. "Je ne croyais pas qu’il vivrait aussi vieux. C’était son côté irlandais, ce côté excessif qui fait qu’on les aime tant." 

"Le plus étonnant, c’est qu’il arrive à faire des choses aussi bien avec tout ça. Si je buvais la moitié de ce qu’il buvait, je ne pourrais plus chanter." 

Plein de sourires dans la voix, Gilles Servat raconte comment il a appris là-bas, en Irlande, à boire du whisky. "Comme il fait souvent froid, on en prend un verre avant d’aller marcher et puis un autre quand on rentre… ça tient chaud ! "

Depuis quelques jours, sans Shane MacGowan, il fait effectivement plus froid sur cette planète...  L'irlandais a fait mentir les clous des Perfectos "Punk is dead !" mais il nous reste sa voix et le whisky… Avec modération ! 

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