MIGRANTS. "Nous ne pouvons plus, seuls, faire face". Cinq grandes villes attaquent l'Etat sur la question de l'hébergement d'urgence

Nathalie Appéré, pour Rennes, avec les maires écologistes et socialiste de quatre autres grandes villes, Strasbourg, Bordeaux, Lyon et Grenoble, a annoncé jeudi poursuivre l'État devant la justice administrative pour dénoncer ses "carences" en matière d'hébergement d'urgence et réclamer "une refonte" d'un système "à bout de souffle".

Le "constat est posé depuis des mois, voire des années, avec des alertes extrêmement claires" sur l'hébergement d'urgence et "un système aujourd'hui inadapté, insuffisant, inefficace et absolument indigne", indique la maire EELV de Strasbourg, Jeanne Barseghian, dans une conférence de presse en ligne avec ses homologues écologistes de Bordeaux, Grenoble et Lyon, et socialiste de Rennes.

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"Le silence assourdissant de l'État" 

Évoquant le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, qui comptabilise 330 000 personnes sans domicile en France, elle dénonce un système "à bout de souffle", réclame sa "refonte" et regrette "le silence assourdissant de l'État" qui "n'a jamais répondu" au courrier qu'ils lui ont adressé en décembre avec Anne Hidalgo, maire PS de Paris.

Deux mois plus tôt, début octobre, ces six villes avaient également intenté des recours gracieux devant leurs préfectures respectives, restés lettre morte, déplorent-ils, expliquant que cinq d'entre elles avaient décidé de saisir cette fois les tribunaux administratifs dont ils dépendent pour y déposer des "recours indemnitaires contentieux". Paris ne se joint pas à cette nouvelle démarche.

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Rennes demande le remboursement de plus de trois millions d'euros 

Symboliquement, "nous demandons le remboursement des dépenses mises en œuvre" par chacune de ces villes pour l'hébergement d'urgence dont l'État est responsable, explique Jeanne Barseghian. Mais aussi pour réclamer "la refonte" d'un système "obsolète", insiste-t-elle.

Les montants réclamés vont ainsi de 130 000 euros pour Bordeaux à plus de trois millions d'euros pour Rennes, dont le recours a été déposé le 9 février. Strasbourg, qui réclame près de 918 000 euros, a saisi le tribunal administratif le 12 février, Grenoble, pour environ 51 000 euros, le 6 février et Lyon, pour 300 000 euros, a déposé un recours le 9.

"Nous ne pouvons plus, seuls, faire face"

"Nous ne pouvons plus, seuls, faire face", déclare Nathalie Appéré, maire de Rennes. "Nous prenons plus que notre part", renchérit le Bordelais Pierre Hurmic. "C'est à force d'essayer et de voir nos demandes restées sans réponse que nous en sommes arrivés à déposer ce recours en carence",  abonde Grégory Doucet, maire de Lyon. Eric Piolle, maire de Grenoble, rappelle "la promesse" du président de la République Emmanuel Macron en 2017, selon laquelle personne ne devait dormir à la rue d'ici à la fin de son premier quinquennat : "Sept ans plus tard, où en est-on de cette promesse ?", interroge l'écologiste.

"Des vies humaines sont en jeu, comme l'avenir de milliers d'enfants"

Aux côtés de quinze autres maires, dont Anne Hidalgo, ils ont adressé jeudi un courrier au chef de l'État dans lequel ils informent, qu'ils saisissent la justice, assurant n'avoir cessé de l'"alerter depuis des mois sur le drame humanitaire qui se joue dans notre pays". "Nous, maires de grandes villes, arrivons au bout des capacités de nos collectivités pour pallier les carences de la responsabilité de l'État", s'alarment-ils. "La fin des plans 'Grand Froid' et les remises à la rue ajoutent encore des difficultés à une situation inacceptable (...) Des vies humaines sont en jeu, comme l'avenir de milliers d'enfants", poursuivent-ils, se disant "déterminés à poursuivre (leur) combat et (leurs) actions pour la dignité".

(Avec AFP)