Noyade à Saint-Cyr Coëtquidan en 2012 : "En aucun cas une activité de transmission, c’est une nage commando !"

Après l'audition de cinq anciens élèves-officiers au moment des faits, ce sont deux autres prévenus, des cadres militaires qui témoignent ce mercredi à la barre du tribunal correctionnel de Rennes. Ils sont poursuivis pour homicide involontaire à la suite de la noyade de Jallal Hami en 2012.
Le tribunal correctionnel de Rennes accueille le procès de sept militaires, anciens élèves et encadrants, poursuivis pour homicide involontaire après la mort de Jallal Hami lors d'un bahutage à l'école de Saint-Cyr Coëtquidan
Le tribunal correctionnel de Rennes accueille le procès de sept militaires, anciens élèves et encadrants, poursuivis pour homicide involontaire après la mort de Jallal Hami lors d'un bahutage à l'école de Saint-Cyr Coëtquidan © C. Rousseau - France Télévisions
Droit dans ses bottes. C'est en costume bleu foncé que l’ancien lieutenant-colonel Hervé Wallerand s’est présenté devant la présidence du tribunal ce mercredi matin. Droit dans ses bottes, parce que suite à cet accident qui a coûté la vie à Jallal Hami en octobre 2012, celui qui était alors commandant du deuxième bataillon a quitté l’armée : "J’ai commis une négligence au sens militaire du terme. Si l’honneur c’est d’être en accord avec sa parole donnée, j’avais dit que je quitterai l’armée quand je ne serai plus en phase. C’est ce que j’ai fait."


"Un exercice commando"


Lui qui devait en 2012 encadrer ces jeunes élèves officiers avoue à la barre avoir découvert "a posteriori" ce qui se cachait derrière cette transmission des traditions, dont une séance était prévue le 29 octobre 2012. "Les photos des lieux, je ne les ai jamais vues. Ce n’est pas une activité de transmission des traditions ce qu’ils ont fait ce soir-là, c’est un exercice commando !"

Le lieutenant-colonel, comme juste avant lui le Général Chanson, explique ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Rennes, avoir découvert la réalité après les faits. "Ce qu’ils ont fait je ne l’aurais pas fait faire à mes légionnaires ! Une nage commando, avec casque, rangers, treillis... Cela ne se fait pas ! Je n’ai jamais vu ça !"

L'ancien cadre n’hésite pas à parler de "bahutage sauvage" loin de ce qu’il imaginait. Tout comme le Général Chanson qui lui, pensait la séance "inoffensive". "Je ne l’ai pas su (ndlr : la teneur réelle de cette séance) parce qu’on ne me l’a pas dit !"

"C'est une absolue vérité, la découverte de la réalité de ce qu'a été cette activité s'est faite a posteriori, le général Chanson l'a constamment dit. Je vous rappelle qu'il était arrivé dans cette école 18 mois avant les faits, pour prendre ses fonctions. Son niveau hiérarchique de contrôle de ce type d'activité ne se situait pas dans le contrôle opérationnel, au quotidien, dans la réalisation de l'activité. Il a toujours dit que cette dérive-là dans ce qui a été mis en oeuvre, n'était pas approuvé, n'aurait pas été approuvé par lui s'il en avait connu la teneur exacte"
souligne Maître William Pineau son avocat. 
 
En autonomie pour l’organisation de cette transmission des traditions, les élèves de deuxième année auraient donc, à croire ces deux cadres militaires, caché la réalité à leurs encadrants ?

"Les élèves ne me font pas peur. Je les adore, je les ai adorés. Mais je me suis senti trahi. Je leur en ai voulu de ne pas m’avoir tout dit, souffle le lieutenant-colonel Wallerand. "Aux élèves je pardonne mais je n'oublie pas."

Le contrôle de ces séances de transmission au sein de Saint-Cyr Coëtquidan se faisait donc il y a huit ans encore "à distance." "Un contrôle se fait 'a priori' avec le commandement qui vérifie en effet plus l’esprit que la lettre...", explique Hervé Wallerand. C’est ensuite, après les faits, que les élèves depuis plusieurs années rendent compte de ce qui s’est passé. "Oui, il y a échange. On parle de l’humain à ce moment-là. Mais aucune note interne ne m'a été transmise sur ces séances."


Le rôle de la hiérarchie en question


Comment les cadres de Saint-Cyr Coëtquidan ont-ils ainsi laissé faire ces ateliers de transmission si ardus, durant plusieurs années ? "Monsieur le président, répond le lieutenant-colonel Wallerand, l’acceptation du risque a été définie au plus haut niveau. Mais est-ce au commandant de bataillon ou au DEF (ndlr : le directeur des formations d’élèves) de revenir sur le déroulement de cette transmission des traditions ?"

Lui qui est depuis, parti de l’armée, n'a qu'un regret : "On ne m’a pas donné la chance de réformer. C’est ma plus grande peine. De ne pas avoir participé à cette réforme."

Depuis le décès de Jallal Hami, la transmission des traditions a  évolué. La présence d’un cadre est désormais imposée lors des séances. Et des notes de service systématiques sont dorénavant rédigées etvalidées.

Ce mercredi, le frère de Jallal Hami doit à son tour s'exprimer, il a beaucoup de choses à dire. 

 
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