Noyade à Saint-Cyr Coëtquidan en 2012 : "Je ne plaide pas la relaxe", l'un des prévenus assume ses responsabilités

Deuxième jour de procès à Rennes pour sept militaires, anciens élèves ou encadrants à Saint-Cyr Coëtquidan. Ils sont poursuivis pour homicide involontaire après la noyade de Jallal Hami en 2012. L'un deux a exprimé ses regrets et assume sa responsabilité morale et pénale dans cet accident. 
© V. Chopin - France Télévisions
Les auditions des militaires se sont poursuivies ce mardi après-midi au tribunal correctionnel de Rennes. Sept prévenus (anciens élèves et encadrants) sont jugés pour homicide involontaire, à la suite de la mort de Jallal Hami, en 2012, lors d'un bahutage, un exercice organisé à l'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. 

"J'aurais dû davantage contrôler" explique Marc A., un ancien élève dit "père système". Au sein de sa promotion, il devait préparer cette transmission des traditions et à ce titre chapeauter la soirée du 29 octobre 2012. Sanctionné militairement après cet accident, il se présente aujourd'hui devant le tribunal, sans volonté de plaider la relaxe. 

A propos de cette transmission des traditions, il souligne l'importance de ce rendez-vous, qu'il a lui même expérimenté : "On ne veut pas démériter, par rapport à ce qui s’est fait avant (ndlr : les années passées)." Et d’ajouter : "On veut ne pas se mettre en difficulté mais on veut se retrouver face aux réalités." Concernant la préparation de l'exercice en 2012, il reconnaît l’avoir abordé avec sa hiérarchie mais "plus sur l’état d’esprit" que sur sa réalisation. 

Le soir même, le déroulement de la transmission se complique. Le niveau d'eau est plus élevé que l'année précédente, la température ne dépasse pas les 9 degrés. Les premiers élèves peinent à traverser.

"A aucun moment, personne n’a décidé de suspendre l'activité. Je déplore de ne pas avoir eu ce bon sens. Cela ne m’est pas du tout venu à l’esprit", regrette-t-il.

C’est un accident qui nous a tous blessé. Pour moi, à l’époque, le risque était normal dans notre métier. Aujourd’hui, et c’est un de mes principaux enseignements, je me demande toujours avant de décider et d’agir, si le risque est nécessaire pour remplir la mission


"Je viens assumer ma responsabilité morale et pénale dans ce tragique accident"


Alors que le président du tribunal correctionnel n'a plus de questions. Le prévenu tient à prendre la parole, la gorge nouée. Si aujourd'hui Marc A. ne plaide pas la relaxe c'est pour plusieurs raisons : parce qu'il a manqué de clairvoyance ce soir-là. Il a failli, il se dit responsable moralement et pénalement. Marc A. estime aussi qu'il doit payer, parce qu'il a une mort sur la conscience. Père de famille et responsable de plusieurs hommes dans son métier (il est actuellement capitaine, commandant d’un escadron, en charge de quatre pelotons), il souligne qu'il veut être exemplaire, montrer une bonne image. 

Après cette intervention, le Procureur de la République relève cette émotion. "C’est une semaine difficile et importante" souffle Marc A. 

Qu'aurait-on pu faire autrement ? Marc A. répond qu'il a eu le temps d'y réfléchir. Il pense qu'une plus grande implication du commandement est nécessaire pour la transmission de ces traditions, sans ôter l'autonomie déléguée aux élèves qui s'impliquent. Il insiste : "Il faut aider ces élèves qui n'ont qu'un an de formation, pour les aiguiller dans la préparation de la transmission des traditions." "C’est une exigence impérative qu’il existe une note de service pour apprendre aux élèves à s’initier au sens des responsabilités."

"Vous êtes le seul à assumer vos responsabilités", note un des avocats de la défense. Marc A. corrige : il agit par sens du devoir, sans jugement sur l'attitude de ses camarardes qui sont aussi des amis. "En revanche, j’attends de mes chefs qu’ils assument les actes à hauteur de ce qu’ils estiment à avoir à assumer !"

Pour Maître Camille Radot, l'un des avocats de la famille Hami : "On ne peut que s'incliner devant cette prise de responsabilités et devant quelqu'un de visiblement affecté huit ans après, par ce qui s'est passé. On a là un militaire droit dans ses bottes." 

Maître Thierry Fillion, avocat de Marc A. précise : "Je trouve qu'il a eu le courage, depuis longtemps, d'assumer la faute qu'il estime avoir commise. Il a toujours voulu cela. Il en allait de sa vision de ce qu'est l'Armée, de ce que cela représente pour lui." 

A la barre, ce sont maintenant deux cadres militaires qui doivent être entendus par le Tribunal correctionnel de Rennes. Le procès se poursuit jusqu'à vendredi. 

 
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